Ce genre envahit nos rues et s'accroît de façon exponentielle. Facilement reconnaissable à son excroissance métallique entre ses jambes, il a développé, à l'encontre de toute logique phylogénétique, deux roues au lieu des deux pieds et s'enorgueillit à tout bout de champ en l'érigeant publiquement en pleine chaussée et à contresens, défiant le flot de véhicules déboulant face à lui. Le bitume pour lui est son royaume, tout comme pour nous le parquet de notre chambre à coucher. Il a remis en question toutes les lois de la physique et de la physiologie. Crachant plus de décibels que de chevaux, son misérable et unique cylindre à deux temps, monté sur une immonde carrosserie aux pièces maintenues miraculeusement par des écrous grinçant leurs litanies plaintives, consomme davantage d'huile que d'octanes et lui procure une sensation d'invincibilité tel un toxicomane dopé par l'effet du LSD. Il nargue les forces aussi bien centrifuges que centripètes pour se faufiler, dans des trajectoires sinusoïdales, mû par je ne sais quel principe physique, dans un trafic on ne peut plus dense. Pas un interstice ne lui échappe, et aucun d'eux ne constitue de véritable entrave à son élan ininterrompu. À croire que son génome lui a octroyé plus d'articulations que la population normale pour l'avantager par une souplesse qui ferait jaunir de jalousie les plus grands contorsionnistes. Ni chaussée trempée, et moins encore les chaussées détrempées ne handicapent sa progression. Se moquant grassement du casque protecteur, il se jette carrément, tête première, sur le pare-buffle de tous les 4x4 qu'il croise sur le chemin et taquine les enjoliveurs des gros camions qui osent l'approcher. Pour lui, le policier en faction aux intersections n'est qu'un vulgaire épouvantail qui décore la place, et les croisements qu'un terrain de jeux aux sensations fortes. La nuit n'a plus de secret pour lui. Il a cultivé un sixième sens, encore méconnu et mystérieux, rendant désuet l'option du phare. Plus besoin de ce dispositif suranné et encombrant, déjà que les feux arrières et les clignotants ont depuis longtemps été abandonnés par ces mutants évolués. Ils détectent notre chaleur telles les vipères qui embusquent leur proie. Estimons-nous encore heureux que leur semblant de mobylette hurle des pistons pour les entendre venir dans le noir.
L'Homo Mobilus a inhibé son instinct de conservation, et là réside toute sa ruse. Si, contrairement à tout le règne animal, cet instinct si puissant qui nous préserve de tout mal, si ce puissant réflexe inné inconscient mais fortement ancré en notre for intérieur et qui nous prémunit de toute nuisance fait complètement défaut dans le comportement de ce dernier hominidé, c'est parce qu'il a créé chez nous, l'Homo Automobilus, un autre instinct tout aussi prééminent que le précédent, celui de décupler et d'aiguiser nos cinq sens dès que nous nous installons derrière notre volant en vue de détecter et d'anticiper l'Homo Mobilus. Il a réussi à asservir notre instinct de conservation à son seul profit.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef