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Liban - Parution

Wadi Abou Jmil, des histoires sur les juifs de Beyrouth

Nada Abdelsamad est journaliste. Elle vient de signer son livre, « Wadi Abou Jmil, des histoires sur les juifs de Beyrouth », publié par Dar An-Nahar. L'ouvrage retrace, à travers les témoignages de ceux qui les ont côtoyés, les juifs libanais dans leur quotidien et leur départ massif du pays.

Nada Abdelsamad, directrice du bureau arabe de la BBC à Beyrouth, a eu l’idée du livre en faisant une série de reportages sur les communautés libanaises en 2006. (Michel Sayegh)

Nada Abdelsamad est responsable depuis plusieurs années du bureau de la BBC à Beyrouth. Après un reportage pour la station britannique, à la fin de 2006, elle a eu l'idée d'écrire un livre retraçant la vie des juifs de Wadi Abou Jmil, un ouvrage sur la mémoire de Beyrouth.
Le livre retrace une trentaine d'histoires de familles juives qui ont toutes quitté le Liban. Très rares sont celles qui ont parlé de leur départ à leurs voisins appartenant à d'autres communautés. Très rares aussi sont les personnes qui ont gardé le contact après ce départ.
L'ouvrage raconte le quotidien à Wadi Abou Jmil et dans le vieux Beyrouth depuis le début des années quarante. Il retient deux années-clés : 1948, avec la création de l'État d'Israël ; 1967, avec la guerre des Six-Jours, qui a poussé les juifs du Liban à quitter en masse le pays.
Écrit grâce à une cinquantaine de témoignages, le livre met l'accent sur la convivialité qui existait à Beyrouth, décrivant des centaines de personnages, comme ce garçon chrétien qui vient allumer le four des voisins les jours du shabbat, cette petite fille qui rentre souvent de l'école des sœurs de Besançon manger chez les parents de ses camarades juifs, cet épicier musulman qui cotise pour l'enterrement d'un rabbin, ce voisin juif qui donne régulièrement le contenu de son réservoir d'eau aux voisins qui ont des pénuries ou encore cette musulmane qui préfère acheter sa viande halal dans une boucherie kasher...
L'ouvrage dépeint également des notables juifs et des endroits connus de tous les Beyrouthins ayant vécu durant la période qui a précédé 1967. Il y a par exemple le Dr Chams qui auscultait gratuitement tous les patients pauvres de la ville, le commissaire des FSI Eli Bassal, l'une des rares personnes de la communauté à avoir occupé un poste élevé dans la fonction publique, ou encore « Abou Omar » Salmoun qui travaillait à Radio-Liban. Le livre décrit aussi les fêtes et les mariages célébrés à la synagogue Maghen Abraham, évoque la pharmacie Farhi, l'imprimerie el-Man, l'école de l'Alliance, le club Macchabées ainsi que des endroits particuliers au quartier de Wadi Abou Jmil, comme la rue de France où les jeunes se donnaient rendez-vous pour se promener.
On y trouve aussi quelques histoires d'espions, notamment celle de Shella Cohen et de soldats israéliens qui avaient grandi à Wadi Abou Jmil et qui sont revenus dans le quartier de leur enfance sur les chars en 1982. L'un d'eux espérait retrouver les amis de ses parents...
Toutes ces descriptions et ces bribes de quotidiens ont pour fond un départ en masse, un exode qui s'est fait en silence : des enfants partis en Israël avant leur famille, des personnes ayant disparu et qui reviennent, et des maisons que l'on quitte la nuit discrètement pour ne jamais y revenir.
Tout au long des chapitres, l'auteure répète que les israélites du Liban n'ont jamais été persécutés, que le Liban a été le refuge des juifs de la région, que leurs biens n'ont jamais été confisqués et que leur départ était un choix. Le livre décrit brièvement les manifestations antisionistes et les entrées de Wadi Abou Jmil bouclées par la police au moment de ces manifestations dans le but de protéger les habitants du quartier.
Beaucoup ne se sont jamais posé la question avant la lecture de l'ouvrage : quel aurait été le sort des juifs du Liban s'ils étaient restés au pays, avec la guerre interlibanaise, les invasions israéliennes de 1978 et 1982, le soutien accordé aux Palestiniens, la lutte contre l'occupation israélienne... ?

Un travail de mémoire
Nada Abdelsamad, responsable du bureau arabophone de la BBC à Beyrouth, ne s'est pas posé la question en rédigeant le livre ni plus tard. « Après tout, le Liban est une mosaïque de minorités. Nous avons des communautés en voie de disparition. Je n'ai pas rédigé une étude détaillée sur les juifs du Liban, les raisons de leur départ ou leur relation avec Israël. J'ai fait un livre sur la mémoire de Wadi Abou Jmil », dit-elle. Elle ajoute : « On ignore le nombre de juifs qui sont restés au Liban. Ceux-là ne parlent pas en public. C'est une communauté qui a elle-même décidé de mettre fin à sa présence dans ce pays. »
« Mon livre ne porte aucun message, aucun jugement de valeur. J'ai juste voulu dépeindre un coin de Beyrouth qui n'existe plus que dans la mémoire des Libanais. Les habitants du quartier, toutes communautés confondues, ont été obligés de partir avec la guerre. De plus, après les événements, la zone faisait partie de Solidere. Le secteur a complètement changé. Il abritait des citoyens de toutes les communautés, y logent aujourd'hui des nantis libanais et arabes », dit-elle.
« L'ouvrage dépeint la vie quotidienne de Wadi Abou Jmil, les célébrations de mariages et de circoncisions, les fêtes juives, les boucheries kasher, les souks du quartier... Je parle d'une vérité, d'une vie qui a existé ici. Si on ne parle pas de cette période actuellement, ceci ne veut pas dire qu'elle n'a pas existé », poursuit-elle, ajoutant que le livre « raconte des histoires vraies dans un quartier et auprès d'une communauté qui a décidé de mettre un terme à sa présence au Liban sans jamais avoir été persécutée ».
Nada Abdelsamad affirme qu'elle a eu l'idée du livre en faisant une série de reportages en 2006 sur les communautés du Liban. « J'ai découvert qu'il y a toute une génération de Libanais de toutes les communautés qui a vécu à Wadi Abou Jmil. Les juifs résidant encore au Liban étaient très réticents et avaient refusé de parler. J'étais donc entrée en contact avec des juifs libanais vivant au Canada et j'ai été très surprise de voir avec quelle nostalgie ils parlent de leur vie au Liban. J'ai retrouvé aussi cette même nostalgie auprès des Libanais des autres communautés ayant vécu ici dans la convivialité ».
Après la diffusion des reportages, Nada a décidé de poursuivre ses interviews auprès des personnes âgées ayant vécu à Wadi Abou Jmil. « Ce n'était pas facile pour certains de parler de leurs amis et voisins juifs. Ils avaient peur de se mettre en danger en les évoquant et ne savaient pas comment aborder le sujet, fallait-il parler positivement ou négativement de ces juifs ? Je ne voulais pas qu'ils prennent position, ni sur le plan politique ni religieux. Je voulais simplement qu'ils me parlent de leur expérience personnelle avec les juifs du Liban », raconte la journaliste.
Nada Abdelsamad a recueilli une cinquantaine de témoignages grâce auxquels elle a pu reconstruire une trentaine d'histoires. Les témoignages se sont recoupés ultérieurement. « Beaucoup de noms ont été modifiés à la demande des personnes qui ont livré leur témoignage parce que le sujet reste tabou », ajoute-t-elle. « Quand j'ai poursuivi les interviews, j'ai découvert des choses que j'ignorais, j'ai été fascinée par le sujet, par la vie à Wadi Abou Jmil parce que ma génération ne la connaît pas », note-t-elle.
Toutes les histoires de Wadi Abou Jmil, des histoires sur les juifs du Liban ont deux choses en commun : « Pour la plupart, les juifs libanais sont partis sans prévenir et n'ont pas donné de leurs nouvelles une fois arrivés à destination, créant autour d'eux une importante zone d'ombre laissant croire à ceux qui les ont côtoyés qu'il ont quitté leur pays pour vivre en Israël », souligne en conclusion Nada Abdelsamad.

Nada Abdelsamad est responsable depuis plusieurs années du bureau de la BBC à Beyrouth. Après un reportage pour la station britannique, à la fin de 2006, elle a eu l'idée d'écrire un livre retraçant la vie des juifs de Wadi Abou Jmil, un ouvrage sur la mémoire de Beyrouth. Le livre retrace une trentaine d'histoires de familles juives qui ont toutes quitté le Liban. Très rares sont celles qui ont parlé de leur départ à leurs voisins appartenant à d'autres communautés. Très rares aussi sont les personnes qui ont gardé le contact après ce départ.L'ouvrage raconte le quotidien à Wadi Abou Jmil et dans le vieux Beyrouth depuis le début des années quarante. Il retient deux...
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