- Elles n'ont rien de militaire ou de défensif ; elles ne sont pas là pour surveiller une frontière.
Je parle surtout de la grande ruine, la plus grande et la plus ancienne, je crois.
- La largeur et la hauteur de sa porte, les très gros éléments sculptés de sa corniche qui gisent sur le sol, la taille soignée des pierres de construction dans les murs, la superficie du bâtiment sont autant d'indices qui prouvent que c'était un édifice d'apparat, pas nécessairement un temple, mais destiné à influencer par sa somptuosité un grand public, un public qui ne pouvait exister à cette altitude.
- Elle ne pouvait être conçue et réalisée que par une communauté nombreuse, maîtrisant un art ou une technique de construction avancés. Sans savoir comment ces grosses pierres sculptées si pesantes ont été élevées au haut de ces murs pour constituer la corniche, on peut être certain que ce n'était pas du tout un refuge de montagne ou une étable, ni un local utilitaire ordinaire construit comme bastion garde-
frontière.
D'où une série de questions qui, depuis, me hantent à travers mes diverses lectures : pourquoi, pour qui, par qui et comment cette construction a-t-elle été conçue et réalisée à cette altitude et en cet endroit escarpé, dans une solitude totale où rien ne prouve la présence d'une communauté antérieure ?
- De prime abord, il est normal de trouver dans une ruine des gravats résultant de l'effondrement du toit et de tout ce qui pouvait exister dessus. Mais tel n'est pas le cas ici, ce plancher intérieur impossible n'est que le prolongement du terrain accidenté extérieur. Pourtant, tout près, il y a des espaces plats adéquats, et logiquement, rien n'oblige à choisir de construire sur cet encombrement de rochers.
- Nous savons que depuis que l'homme est sorti de sa caverne pour aménager un logis, il a commencé par choisir un plan horizontal plat pour son projet, et le plancher de cette construction est tellement accidenté et bouleversé que l'on ne peut que se demander à quoi sert d'ériger un tel édifice sur un plancher inutilisable.
- Et puis on ne va pas ouvrir une carrière pour en extraire les pierres de taille et les transporter de loin et laisser sous la main, à l'intérieur même du chantier, des rochers qu'on a tout intérêt à extraire pour aplanir le sol.
- La déformation des murs dans les trois sens donne une idée de la violence du séisme qui a causé la destruction. Et pourtant, ces murs sont restés debout. Leurs pierres, qui ne sont pas énormes ni liées par un ciment, auraient dû s'éparpiller sur le sol sous l'effet d'un tel séisme, comme du blé dans un crible.
Quand j'ai cru trouver une réponse qui résout toutes ces énigmes, je n'ai pas osé en parler de peur de passer pour un original. Mais les progrès de la science m'encouragent à le faire et l'état des lieux l'impose.
- Une inscription qui aurait été retrouvée dans ces ruines et qui laisserait croire qu'elles sont vieilles de 2000 ans seulement ne prouve rien au vu de l'état général des lieux : moi aussi j'ai gravé mon nom quelque part là-bas...
- Nous savons qu'aux alentours immédiats de ces ruines, on a trouvé des racines d'olivier. Des oliviers qui ne poussent pas à cette altitude.
- Nous savons aussi que des bancs de mollusques marins pétrifiés existent le long de la côte, près de ces ruines. J'en ai reçu quelques spécimens. Ils sont marins pour sûr.
Et il faut du courage pour dire que cet édifice, comme ces mollusques et ces racines d'olivier, a dû exister en bord de mer et qu'il a été soulevé avec son socle rocheux par un cataclysme très puissant qui a déformé son plancher en le soulevant sans le secouer horizontalement, ce qui a sauvé ses murs de la destruction totale.
On sait que l'érection des montagnes est un phénomène géologique qui n'est plus une théorie discutable. Quelquefois, et pour une cause cosmique, le magma s'est activé dans les profondeurs de la Terre, et là où sa forte densité ne lui a pas permis d'éclater en volcan, il a poussé la croûte terrestre, déjà durcie depuis des millénaires, pour la soulever parfois du fond de la mer et la laisser figée en montagnes.
Mais on croit savoir aussi qu'un tel phénomène n'a pu avoir lieu que deux fois dans la période historique :
- La dernière fois vers les années 750 avant notre ère, pendant les guerres de Sennacherib.
Une autre fois dans la première moitié du IIe siècle avant notre ère, du temps de Moïse et de l'Exode.
Je crois que cette ruine est là depuis -750, sinon du temps de l'Exode de la Bible. Car après cette date, le système solaire s'est stabilisé, comme on le pense, et de tels phénomènes cataclysmiques n'ont plus eu lieu.
La situation portera sûrement des universitaires et des chercheurs à faire des études plus poussées, à commencer par des constats d'experts, des analyses en laboratoire pas très coûteuses, qui diront si ces murs ont été exposés à l'eau de mer ou même aux vapeurs marines, sels, iode...
Cette érosion qui a arrondi les rochers tout autour des ruines ne peut résulter que du brassage des courants marins pendant des millénaires. L'eau de pluie, en passant, ne peut pas faire ce travail si profondément dans la roche, et le gel fait craquer la pierre à angles acérés et non pas arrondis.
Une étude des strates indiquera le mouvement des couches et pourra dire de quel côté sur la côte sont venus ces mollusques et ces racines, et donc cet édifice. Est-ce de la baie de Jounieh creusée par l'arrachement de cette masse rocheuse ?
C'est une vue quelque peu osée mais qui explique tout. Pourquoi ne pas en tenir compte, étant donné l'impact positif d'une telle affaire sur la science, sur ces ruines et sur le pays ? Offrir à la science un vestige singulier qui démontre la mécanique de tels phénomènes et qui pourrait venir depuis les temps bibliques, c'est fantastique !


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