Mary Baskett : adepte et mémoire de la mode japonaise.
Issus des traditions du kimono, du obi et de l'origami, ces artistes avaient produit des vêtements inédits, aux formes et aux textures pouvant paraître en désaccord avec les contours naturels du corps humain. Leur concept - caractérisé par l'asymétrie, les tracés bien marqués, les constructions non conventionnelles, les proportions amplifiées et une palette monochrome - a effectivement renversé les normes existantes de l'industrie de la mode. Et les femmes suivent et s'emballent pour ce nouveau rapport du corps et du vêtement.
La collection de Mary Baskett
Rappelons qu'Issey Miyaké (né en 1938) a mis la haute technologie au service de la garde-robe féminine. Pour sa ligne A-POC, il utilise une machine à tisser unique, dont le secret est bien gardé dans ses ateliers. Pour la ligne de vêtements plissés «Pleats Please», il inverse les procédés habituels de plissage en commençant d'abord par couper et coudre avant de plisser. Yohji Yamamoto, lui, a créé des vêtements féminins dérivés de la garde-robe masculine, taillés dans des formes sobres, des matières vieillies et des couleurs sombres. Une élégance fonctionnelle et discrète. La superposition de vêtements est ce qui définit le mieux sa silhouette. Quant à Rei Kawakubo, visionnaire et cerveau de la griffe «Comme des Garçons», elle a déplacé et exagéré la forme du corps féminin par le biais de tissus rembourrés, créé des vêtements à partir de toile (prototype), des tailleurs où on retourne les vêtements à l'envers pour transformer les entrailles de leur construction en éléments décoratifs. Elle a perfectionné l'androgynie avec ses chaussures plates (elle déteste les talons hauts), ses pantalons « baggy » masculins et ses vestes aux épaules tombantes. Ces trois grands noms de la couture contemporaine ont donné un grand coup avant-gardiste aux garde-robes des femmes occidentales. Et sous leur férule a émergé une nouvelle génération de talents japonais.
L'Américaine Mary Baskett a fait sienne ces grands moments de la mode contemporaine japonaise dont elle est également devenue la mémoire. Elle en avait été séduite dès leurs premières heures, alors qu'elle était en charge du département gravure au Musée d'art de Cincinnati et qu'elle avait eu à se rendre souvent en Asie. Depuis 1977, elle dirige sa propre galerie spécialisée dans l'art asiatique et dont le point d'orgue sont la photographie contemporaine et la mode japonaise. Elle a perçu ce style tel qu'en lui-même, avec son influx de poésie visionnaire, à cheval entre les époques et les continents.


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