Je revois Pierre Gemayel, l'ancêtre, et ses poignées de main franches et amicales, son fils Bachir, président martyr sur qui nous avions fondé tant d'espoirs, son frère Amine second président, et pondéré, son fils Pierre lâchement assassiné, et la nouvelle génération des Gemayel, Sami et Nadim, qui reprennent le flambeau avec ardeur pour continuer la lutte.
Je pense à Kamal Joumblatt, le sage, qui avait pour seule arme sa patience et son abnégation, mort pour avoir été trop libanais dans ses comportements, son fils Walid et ses états d'âme, mais qui continue à penser libanais.
Je pense à Camille Chamoun, cet homme séduisant, super intelligent qui représentait si dignement le Liban, au point de vue prestige et élégance, à son fils Dany Chamoun le héros sans tache, courageux jusqu'à l'extrême, assassiné lui aussi, ainsi que sa famille pour des raisons qui jusqu'à ce jour n'ont pas été clarifiées. Je pense aussi à mon ami Dory, cet homme sage, qui par patriotisme a repris le flambeau et suivi le destin tracé par sa famille.
Je pense aussi à ce grand héros et homme d'État que fut Riad el-Solh, lui aussi assassiné par des mains étrangères. Mais les héros ne meurent pas, et il est aujourd'hui dignement représenté par sa fille, Leila Solh Hamadé, qui sème dans toutes les communautés du Liban cadeaux et réconfort.
Je pense aussi à toutes les grandes figures de l'indépendance, les Hamadé, Abi Chahla, Khoury, Frangieh, Eddé, Takla, qui ont, comme leurs collègues, été à la hauteur du défi.
Je pense aussi souvent à ce concours de dessin Fabriano, né en 1965 et qui m'a demandé tant d'efforts et de sacrifices au cours de ma longue vie et qui continue envers et contre tous, à mobiliser jusqu'à ce jour plus de 100 000 élèves de tout le Liban.
Je voudrais aussi évoquer les rapports italo-libanais et mon amitié sincère et désintéressée envers le pays de ma mère, une femme admirable, veuve à 24 ans et qui nous a éduqués dans l'honneur et la dignité.
Il y a tellement d'autres souvenirs qui s'entrechoquent dans ma tête...
Je dirais, comme le sage qui prêchait sur la montagne : la vie commence à 80 ans. Nous avons, chacun dans ce Liban unique, à mettre notre tesselle dans cette grande mosaïque qui représente notre beau pays. La vie continue avec ses joies et ses peines.
Je dirais en conclusion, comme le poète :
« D'autres vont maintenant passer où nous passâmes
Nous y sommes venus, d'autres vont y venir,
Et ce rêve qu'avait ébauché nos deux âmes,
Ils le continueront sans pouvoir le finir. »


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef