L'influence islamiste iranienne au Liban à travers la population chiite se traduit par le fait que le parti de Dieu suit fidèlement la ligne religieuse et politique des guides iraniens de la révolution islamique et donne à l'Iran - puissance régionale du Golfe - un atout maître dans la bataille de la zone de crise du Moyen-Orient, le Levant, incluant le Liban, la Syrie, la Palestine et Israël. Pour contrer l'influence régionale de Washington, Paris et Riyad, le Hezbollah assume la fonction de principal opposant à la politique occidentale au Liban et dans l'ensemble du Levant, se substituant dans l'imaginaire collectif à la Résistance palestinienne et même à el-Qaëda. Les monarques et présidents sunnites dénoncèrent un « croissant chiite » s'étendant de l'Iran au Liban et passant par l'Irak et Bahreïn où les chiites sont majoritaires. La hantise du rôle crucial de l'Iran dans l'exacerbation des tensions régionales se manifesta plus encore par son ingérence dans le domaine réservé de la cause arabe par excellence : la question palestinienne. C'est ainsi que le Hamas, bien qu'issu de la matrice des Frères musulmans - mouvement islamiste éminemment sunnite -, avait pris pour modèle et idole le Hezbollah chiite qu lui fournit armes et subsides.
En outre, le parcours du parti du Dieu se devait de transposer au Liban le « martyre », figure politique du combattant du jihad (qui mettait délibérément fin à ses jours en tuant le plus grand nombre possible d'ennemis) élaborée en premier lieu dans l'univers du chiisme révolutionnaire iranien. Celui-ci s'inscrivait dans la tradition fondatrice du sacrifice de l'imam Hussein, tué à Kerbala en l'an 680 par les troupes du calife sunnite de Damas, Yazid. Cette tradition bascula par la suite vers le sunnisme avec le Hamas pour aboutir à el-Qaëda. La stratégie de l'attentat-suicide a subi toutefois une inflexion majeure en passant d'un credo islamique à l'autre pour se déporter par la suite vers l'Irak où - tragique retour de balancier - les populations chiites en furent les principales victimes. Cette sanglante histoire s'inscrit dans une litanie à la fois sacrée et politique et doit être replacée dans le Grand Récit chiite tel que l'a construit la doctrine de la révolution islamique. Elle favorise de ce fait les prétentions du président Ahmadinejad d'Iran, qui se pose en représentant des victimes de tous les musulmans sans distinction du Proche et Moyen-Orient pour « protéger » les immenses ressources pétrolières du Golfe, poumon énergétique de la planète. Le combat prend alors une nouvelle dimension : l'accès à l'arme atomique et le chantage nucléaire.
Ainsi le Liban, doublement vassalisé par la Syrie et l'Iran, paraît vivre en marge des mutations mondiales et macère dans l'atmosphère polluée d'une culture dévoyée, d'un islam qui peine à éradiquer ses poisons, d'un fondamentalisme exacerbé, de droits de l'homme contestés, d'une corruption endémique... Une litanie de maux se nourrissant les uns des autres et susceptibles de déboucher sur un festival d'apocalypses. L'impasse politique que l'on occulte par un « gouvernement d'union nationale » n'est qu'un mensonge de plus où des jeux de pouvoir stériles et des intérêts personnels se substituent à la volonté du peuple. Les jeunes - forces vives du pays - émigrent. L'horizon se bouche de plus en plus avec les armes que l'on entasse jusque dans les maisons pour d'interminables et douteuses confrontations. Les vieux démons d'une traumatisante guerre civile de quinze ans ne sont peut-être plus loin.
De son côté, le conflit israélo-palestinien né en 1947 demeure insoluble. La Mésopotamie, où l'invasion américano-britannique a ouvert des vannes de sang et de larmes, est ravagée par les violences intercommunautaires où la communauté chrétienne est en voie de disparition, contaminant d'autres minorités de la région.
Trouverait-on dans ce rappel - loin d'être exhaustif - quelques éléments susceptibles d'être utiles à l'heure des décisions nationales ? Il est certes impératif de réfléchir, loin de l'outrance des illusions, à l'idéologie, la stratégie, et la vision militariste, transnationale et radicale du parti de Dieu. Le pays du Cèdre, vulnérable et instrumentalisé, est aujourd'hui confronté à un choix existentiel pour sa survie.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef