Si la question libanaise a toujours été au cœur des tractations franco-syriennes, le Liban a été le grand absent de la visite du président syrien, effectuée à Paris les 13 et 14 novembre.
La formation d'un gouvernement dit d' « union nationale », à peine trois jours avant cette visite, a permis d'évacuer la question, et donne une idée précise des clefs que détient encore le régime syrien au Liban, qu'il peut décider ou non d'actionner à sa guise.
« Un gouvernement d'union nationale », dans l'esprit du président syrien, est un gouvernement qui fait la part belle à ses alliés libanais, le Hezbollah en tête, grands perdants des législatives libanaises qui ont eu lieu le 7 juin 2009.
La formation de ce gouvernement n'est nullement perçue comme une avancée par un grand nombre de Libanais, parce que l'Exécutif qui en résulte est condamné à la paralysie, faute de consensus sur les grandes orientations politiques du pays, et parce qu'il semble enterrer, encore une fois, les aspirations que le peuple libanais n'a cessé d'exprimer depuis la révolution du Cèdre, en mars 2005.
Bien entendu, en tant que Libanais, nous ne pouvons que nous réjouir du réchauffement des relations entre la France et la Syrie, et de la confiance ainsi instaurée qui permet « d'élaborer une vision plus claire pour l'avenir », selon les propres mots du président syrien. Cependant, concernant le Liban, force est de constater que les efforts syriens demeurent insuffisants, et ce à plusieurs niveaux.
La Syrie continue d'armer, ou, à défaut, d'être le passage privilégié des armes en provenance de Téhéran à destination du Hezbollah, en contradiction flagrante avec la résolution 1701 de l'ONU. Cet armement, outre l'instabilité et les risques permanents de confrontation qu'il induit, fausse complètement le subtil jeu démocratique libanais et confisque la victoire et les espoirs de la révolution du Cèdre. Aucun État souverain ne partage le monopole des armes, ni les décisions de guerre et de paix, et nous voyons mal la Syrie dépêcher une milice quelconque pour libérer le Golan.
La Syrie a une influence, sinon un contrôle total, sur la majorité des groupes armés palestiniens au Liban. Là encore, un geste fort de la part de la Syrie serait de permettre leur désarmement, qu'ils soient à l'intérieur ou à l'extérieur des camps palestiniens.
La délimitation des frontières entre le Liban et la Syrie, surtout dans le secteur explosif des fermes de Chebaa, est un autre sujet sur lequel la bonne volonté syrienne ne paraît pas de manière évidente. La reconnaissance de la libanité des fermes de Chebaa permettrait au Liban d'exiger un retrait israélien en application de la résolution 520 de l'ONU, et l'application de l'accord d'armistice de 1949.
Par ailleurs, puisque les deux présidents semblent l'avoir oublié, et les médias français avec eux, un très grand nombre de détenus libanais continuent à ce jour de croupir dans les geôles syriennes, et ce depuis plus de trente ans pour certains d'entre eux.
Pendant toute la durée de l'occupation syrienne, de nombreux accords bilatéraux ont été signés entre la Syrie et les gouvernements vassaux de cette triste période. Tous l'ont été au détriment des intérêts du Liban, y compris certains points figurant dans l'accord de Taëf.
À la lumière de ce qui précède, les Libanais en général, et les Libanais de France en particulier, appellent les autorités françaises à ne pas gommer les acquis de la révolution du Cèdre et à ne pas sacrifier la souveraineté du Liban dans un grand marchandage moyen-oriental à l'issue incertaine.
Lorsque le volet libanais du contrat sera rempli par les Syriens, et seulement à ce moment-là, MM. Guéant et Levitte pourront à nouveau dérouler le tapis rouge à Bachar el-Assad.


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