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Nos lecteurs ont la parole

Éloge de la diversité culturelle au Liban

Dr Élie CHAMMAS
Tout ce qui existe dans l'univers est le fruit du hasard ou de la nécessité (Démocrite). Ce sujet a été détaillé par Jacques Monod, Prix Nobel de médecine, dans son célèbre ouvrage Le hasard et la nécessité.  
Le Liban est, peut être, le fruit du hasard comme les autres pays, mais sa présence est devenue une nécessité pour le monde. Le Liban par sa position, son histoire, sa géographie, sa composition est différent des autres. Le Liban représente cette dualité cosmique (thème également développé par un autre Prix Nobel de médecine, François Jacob, dans son livre Le Jeu des possibles) où il y a le jour et la nuit, le noir et le blanc, l'homme et la femme, le yin et le yang.... Cette bipolarité, qui existe dans l'univers depuis la nuit des temps, fait partie de notre vie quotidienne. Bipolarité et dualité se succèdent et cohabitent dans une parfaite harmonie : l'un n'existe pas sans l'autre. Il n'y aurait pas de jour sans la nuit, pas d'homme sans la femme, et vice versa. La fusion de ces deux pôles conduit à la vie. L'homme ou la femme était un être unique, selon toutes les théories : anthropologique (la sexualité est apparue tardivement dans l'évolution des espèces), religieuse (Genèse dans la Bible) ou psychiatrique (Freud). Puis il y  eut la séparation. Mais l'homme et la femme tendent toujours à fusionner pour revenir à l'état primitif. De cette tentative de fusion naîtra un être unique.
Le Liban n'échappe pas à cette règle physique. Il représente l'exemple typique de cette dualité dans tous ses aspects.
Par sa position, le Liban est le trait d'union entre l'Orient et l'Occident.
Par sa géographie combinant hautes montagnes et mer, plaines et déserts.
Par sa composition comportant christianisme et islam.
Par ses cultures francophone et anglophone dans un même espace enrichissant sa  culture arabe autochtone.
Par ses politiciens, se déchirant entre l'Orient et l'Occident, entre l'Iran et l'Arabie saoudite.
Cette dualité doit être une source de richesse, une chance que les Libanais doivent saisir. Il faudrait que ce soit une complémentarité positive, productive et non destructrice. Le Liban ne peut pas vivre sans ses chrétiens. Ils sont à l'origine de ce pays ; ils en ont fait  un pays différent de ses voisins, un pays où règnent la démocratie, l'ouverture, la culture. Les musulmans doivent absolument saisir cette chance et défendre la présence chrétienne pour préserver cette spécificité unique du pays.
Le Liban ne peut pas vivre sans ses musulmans. Ils ont créé toutes les grandes villes de la côte ; ils ont permis cette ouverture au monde arabo-musulman, enrichissant le pays sur les plans financier, culturel et social. Les chrétiens doivent s'ouvrir d'avantage sur les musulmans de leur pays et abattre ce mur de peur qui les sépare. Chrétiens et musulmans doivent fusionner au Liban pour créer la vie, créer cette richesse exceptionnelle qui est entre nos mains et que nous sommes  en train de détruire par notre ignorance et notre peur l'un de l'autre.
Culturellement, cette dualité qui existe au Liban doit continuer. C'est une source de richesses inestimable. La francophonie, témoin d'ouverture, de culture, d'histoire et d'amour, doit coexister avec une anglophonie universelle dont personne ne nie l'importance. Le rôle du système scolaire au Liban est essentiel dans ce domaine. En plus de notre langue maternelle, les deux autres langues doivent être enseignées dans tous les établissements scolaires, conduisant à produire des générations pluriculturelles et ouvertes, source unique de richesse pour notre pays. Il faut entretenir ce trésor inestimable, le faire évoluer et surtout aider le système public qui, malheureusement, traîne loin derrière le système privé.
Le Liban est le phénix qui ne renaîtra plus sans ses deux ailes. La moindre défaillance de l'une conduira à sa chute. Les deux ailes doivent être préservées et entretenues par tous les moyens. Et le meilleur des moyens est sans aucun doute la culture pour vaincre l'ignorance qui fait le lit de l'incompréhension  de la  violence et de l'intégrisme.
Le Liban est un « message ». Ce qualificatif que le pape Jean-Paul II, en véritable visionnaire, a utilisé pour qualifier notre pays résume à lui seul l'importance de notre pays. Ce message ne peut être transmis qu'en préservant cette dualité libanaise. À nos dirigeants, politiciens, hommes de religion, enseignants, à tout Libanais à un poste de responsabilité !  Réveillez-vous avant qu'il ne soit tard, saisissez cette chance d'avoir un pays comme le nôtre, apprenez à nos enfants à ne pas avoir peur de l'autre ; au contraire, cultivez cette culture de différence dans le respect pour préserver la raison d'être du Liban.
 
Dr Élie CHAMMAS
Tout ce qui existe dans l'univers est le fruit du hasard ou de la nécessité (Démocrite). Ce sujet a été détaillé par Jacques Monod, Prix Nobel de médecine, dans son célèbre ouvrage Le hasard et la nécessité.  Le Liban est, peut être, le fruit du hasard comme les autres pays, mais sa présence est devenue une nécessité pour le monde. Le Liban par sa position, son histoire, sa géographie, sa composition est différent des autres. Le Liban représente cette dualité cosmique (thème également développé par un autre Prix Nobel de médecine, François Jacob, dans son livre Le Jeu des possibles) où il y a le jour et la nuit, le noir et le blanc, l'homme et la...
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