Selon des sources autorisées, Damas a réagi avec colère à cette attaque. Les responsables syriens ont de suite fait savoir qu'à leur avis c'est l'initiative du président Assad de main tendue à la personne même du chef du gouvernement libanais qui est prise pour cible. Saad Hariri a en effet reçu en Syrie un accueil chaleureux, familial, dépassant le cadre protocolaire.
Les détails de l'incident n'ont pu être précisés de suite. D'autant que la police a reçu de strictes consignes de discrétion. Par souci d'efficacité, car l'enquête est complexe. Il s'agit, en effet, de déterminer encore plus les commanditaires politiques que d'identifier les tireurs. Or la zone d'opération grouille de cellules diverses d'activistes de tout acabit. Il y a pratiquement toutes les formations de l'OLP, les multiples branches du Front populaire, les alaouites, les fractions hostiles à Damas, des extrémistes sunnites, des salafistes et des groupes ouvertement terroristes se réclamant d'el-Qaëda. L'embuscade est manifestement, en tout cas, l'œuvre de professionnels aguerris, bien équipés, car les indices balistiques montrent que c'est de très loin que l'on a tiré sur le bus. Pour le reste, on se trouve en présence, comme presque toujours lors d'un attentat, d'autant de versions qu'il y a de témoins.
Pour nombre d'observateurs avertis, il est possible que cette partie importante du Nord frontalier, qu'est le Akkar dans son ensemble, ait voulu s'adresser autant à Hariri qu'à Assad. Pour leur signifier que les masses sunnites sont contre leur rapprochement. Mais, plus probablement, à leur avis, la cinquième colonne a dû jouer sur cette hypothèse, sur cette fibre passionnelle, pour que les Syriens reprochent l'attaque aux partisans, ou aux sympathisants, du Courant du futur dans la région. Ces sources soulignent que, dès lors, il ne faut pas, au stade actuel, se hasarder trop loin dans les analyses et les spéculations. Et qu'il vaut mieux attendre les résultats de l'enquête dont se chargent les services de l'armée, sous la supervision de la justice et avec le concours des FSI.
Quoi qu'il en soit, à Beyrouth, les cadres du Bloc Liban d'abord soulignent que l'attaque de Deir Ammar est loin de pouvoir remettre en cause, et encore moins annuler, l'instauration de relations assainies à la faveur de la visite de Hariri à Damas. Plus exactement, se hâtent-ils de préciser avec courtoisie, cette démarche est venue confirmer, et conforter, l'ouverture d'une nouvelle page de rapports d'État à État due au président Michel Sleiman. Lorsqu'à la suite de la visite qu'il avait effectuée en Syrie après son élection, il avait publié avec le président Assad un communiqué commun annonçant l'établissement de relations diplomatiques et l'échange d'ambassadeurs. Le chef de l'État a ensuite égrené les initiatives positives, en vue de redresser la situation relationnelle avec la Syrie. Il a dialogué avec les Syriens, et continue de le faire, mais sans oublier de relancer les capitales. Il a ainsi dernièrement, à Washington même, appelé la communauté internationale et les grandes puissances à coopérer avec la Syrie, pour traiter le problème du Moyen-Orient. En affirmant que ce pays constitue la seule passerelle valable pour tout projet de solution dans la région. À son retour des États-Unis, le président Sleiman a rendu visite au président Assad, pour lui présenter ses condoléances à la suite du décès de son frère Majed. Et, à cette occasion, il lui a rapporté la teneur de ses échanges avec les responsables américains.
Aujourd'hui, à Damas comme à Beyrouth, l'entourage des officiels affirme que les efforts communs pour épurer le contentieux bilatéral vont se poursuivre sans relâche, à travers le sas des institutions étatiques. Un politicien informé qualifie même la visite de Hariri d'historique, dans ce qu'elle va apporter comme effets bénéfiques au Liban.


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