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Nos lecteurs ont la parole - Le Conseil De Sécurité Et Le Liban

Le processus interne de prise de décision au Liban (I)

Dr Daoud SAYEGH
Lorsque le gouvernement actuel a été formé le 9 novembre, cinq mois après les législatives du 7 juin, un vent d'optimisme a soufflé de nouveau sur le pays. Ce changement d'atmosphère, dû à des causes que le président du Conseil des ministres, grâce à sa persévérance et à son sens du devoir, a su exploiter, explique le déblocage gouvernemental et la série de réconciliations entre des personnalités politiques hier antagonistes.
Mais les Libanais, tout en souhaitant les réconciliations conformes à une stabilité politique qui leur permettra de vivre en paix, se demandent si le Liban est un simple pion sur l'échiquier régional, subissant l'effet et les méfaits de toute entente ou mésentente extérieure.
Si tel devait être le cas, cela ne ferait qu'accentuer la révolte qui gronde au fond de chaque citoyen, qui se demande à chaque fois : pourquoi, pourquoi nous, et comment nous en sortir ?
Avant de quitter l'Élysée, Jacques Chirac livra, sous forme d'entretiens avec Pierre Péan, dans un livre intitulé L'Inconnu de l'Élysée, ses réflexions sur certains épisodes de sa vie, qui préludaient aux mémoires qu'il vient de publier.
Grand ami du Liban, en qui il voyait une démocratie enracinée, et qu'il a toujours soutenu, sans lésiner sur les moyens, tant face aux attaques israéliennes que sur les agissements des tenants d'une politique qui a failli enlever au Liban toute forme d'indépendance, il a confié, en guise de testament politique, qu'il faut délivrer le Liban de sa situation d'otage des conflits de la région. Il avait compris que le Liban, avec lequel la France entretient depuis des siècles une relation privilégiée, était devenu un objet de convoitise et une scène pour les conflits régionaux, par Libanais interposés.
Dès juin 2004, et à l'occasion des festivités du 60e anniversaire du débarquement en Normandie, il s'était mis d'accord avec le président George W. Bush pour une action des Nations unies. Cet accord-là a constitué la genèse de la résolution 1559 du 3 septembre 2004, qui a stipulé la dissolution et le désarmement des milices libanaises et non libanaises, le retrait des forces non libanaises du territoire libanais et la nécessité d'élire un nouveau président de la République selon les dispositions constitutionnelles, sans intervention extérieure.
L'autorité qui détenait à l'époque le pouvoir de décision passa outre et fit renouveler le mandat du président sortant en modifiant la Constitution. Une période de déstabilisation ne tarda pas à s'instaurer à partir du mois d'octobre avec la tentative d'assassinat de Marwan Hamadé puis la démission du gouvernement Hariri. Le président Hariri fut assassiné le 14 février 2005, et une ère nouvelle s'ouvrit, qui n'a pas trouvé, jusqu'à présent, sa conclusion définitive.
Il appartient, bien sûr, au Tribunal international spécial pour le Liban d'élucider ces crimes odieux, qui ont été suivis par beaucoup d'autres, et de savoir par conséquent si la résolution 1559 en était le détonateur et déterminer qui en étaient l'auteur et l'exécutant.
Par la suite, et toujours à l'instigation de la France, le Conseil de sécurité s'est saisi du crime de l'assassinat du président Rafic Hariri et des autres crimes qui l'ont suivi, ce qui a suscité à l'automne 2006 un conflit majeur au sein du gouvernement et provoqué le départ des ministres  chiites, face à la détermination des autres membres du cabinet de demander au Conseil de sécurité d'inclure l'assassinat de Gebran Tuéni dans les prérogatives de la justice internationale.
Un climat de dissension s'installa, suivi par une occupation de fait du centre-ville et la fermeture du Parlement pendant plus de dix-huit mois. Situation qui s'aggrava en mai 2008, pour aboutir aux accords de Doha qui ont conduit à l'élection d'un président et à la formation d'un nouveau gouvernement, qui a en fait consacré la division politique entre la majorité et l'opposition, ouvrant la voie à une nouvelle pratique au sein du système politique en créant une opposition au sein du gouvernement.
La durée exceptionnelle pour la formation du cabinet actuel - plus de quatre mois - démontre que cette pratique est sur le point de devenir une coutume visant à des changements du système politique sans besoin de modifier les textes.
Ces remarques me semblent indispensables pour établir la vérité sur les divisions au sein du pouvoir politique, et sur le fonctionnement normal des institutions. Nous souhaitons que cet état de fait ne perdure pas sous le gouvernement actuel, car cela reviendrait à dire que la prise de décision déborde désormais du cadre institutionnel sans qu'on puisse - ou du moins sans que je puisse moi-même à titre de constitutionnaliste - identifier la forme ou les contours du nouveau système qui est en train de frayer son chemin par des voies dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne sont pas démocratiques.
Le problème ne se limite pas en fait à l'organisation internationale puisque le Conseil des ministres, détenteur du pouvoir exécutif, apparaît plus comme un organe rassemblant les représentants - pour ne pas dire les délégués - des forces politiques que comme une équipe homogène et solidaire selon les normes du régime parlementaire. Le président de la République et le président du Conseil, qui sont responsables sur le plan constitutionnel de la formation du gouvernement, avec une appréciation décisive sur les personnes proposées et la distribution des portefeuilles, se sont vus contraints, par la force des choses, d'entériner le choix des noms et des portefeuilles proposés par les groupes politiques.
Comment, dès lors, trouver un consensus durable pour la prise de décision ? À notre avis, c'est à l'exercice que va se vérifier le degré de solidarité au sein de l'équipe gouvernementale. C'est au cas par cas qu'on pourra juger. Est-ce par absence de confiance entre les parties que les efforts actuels tentent de consolider ? Est-ce par une divergence radicale sur les objectifs ou sur l'idée même du Liban qui se pose après 90 ans de sa fondation comme une entité étatique et 66 ans de son indépendance ?
Le Liban est-il un message pour le monde comme Jean-Paul II l'a considéré, un espace indispensable de liberté et de pluralisme pour la région du Moyen-Orient et pour le monde, pour la rencontre des cultures et des confessions religieuses, havre de paix et de neutralité face aux conflits de la région, ou bien est-il, à lui seul, le fer de lance de la lutte contre Israël, de la cause nationale arabe ? Le malentendu est profond et certaines parties étrangères ne facilitent pas les choses.

Dr Daoud SAYEGH
(À suivre)
Lorsque le gouvernement actuel a été formé le 9 novembre, cinq mois après les législatives du 7 juin, un vent d'optimisme a soufflé de nouveau sur le pays. Ce changement d'atmosphère, dû à des causes que le président du Conseil des ministres, grâce à sa persévérance et à son sens du devoir, a su exploiter, explique le déblocage gouvernemental et la série de réconciliations entre des personnalités politiques hier antagonistes.Mais les Libanais, tout en souhaitant les réconciliations conformes à une stabilité politique qui leur permettra de vivre en paix, se demandent si le Liban est un simple pion sur l'échiquier régional, subissant l'effet et les méfaits de toute...
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