« C'est le début du processus qui rendra justice à Émile Lahoud. » C'est par cette idée que les deux orateurs Georges Corm et Sélim Jreïssaty ont résumé le dernier livre de l'ancien chef des Kataëb Karim Pakradouni sur le mandat d'Émile Lahoud Les années résistance-1998-2007 (édité en arabe par Charikat al-Matbouhat et en français par la Librairie Antoine. L'auteur - qui depuis le mandat d'Élias Sarkis (1976-1982), se plaît à prendre la plume pour raconter à sa manière, qui mêle à la fois la curiosité du journaliste au savoir du politicien, sans tomber dans la sécheresse de l'historien, les grands bouleversements qui ont secoué le Liban et ont failli défaire son tissu social - a consacré l'après-midi d'hier à signer son ouvrage et à écouter le débat qui avait été organisé sur ce sujet dans le cadre du Salon du livre arabe au BIEL. En présence d'Émile Lahoud et de son épouse, ainsi que de l'ancien vice-président de la Chambre Élie Ferzli et de nombreuses personnalités, Georges Corm a pris la parole en premier. Ayant été le premier ministre des Finances du mandat de Lahoud, Corm a axé son intervention sur l'aspect économique de ce mandat. Mais il a auparavant rappelé que ce dernier s'est accroché à ses principes et à ses convictions contre vents et marées. Il a, selon lui, des idées simples et claires, presque élémentaires. « C'est sans doute pourquoi, a-t-il ajouté, beaucoup ne l'ont pas compris, étant habitués à la rouerie et au double langage des politiciens. » Corm a mis l'accent sur la volonté de réformes institutionnelles chez Lahoud qui, selon lui, ressemble à celle du général Fouad Chehab et à celle qui existe chez le général Michel Aoun. Au passage, il s'est demandé pourquoi dans un pays comme le Liban, ce sont toujours les militaires qui cherchent à réaliser des réformes. « Que font les civils ? » a interrogé l'ancien ministre qui a aussi précisé que dès le début du mandat Lahoud, deux logiques se sont affrontées, celle de l'État et celle de la société privée, ajoutant que cela est très clair dans le livre qui reprend avec une précision chronologique les différentes étapes de ce mandat. Corm s'est longuement étendu sur la grande réalisation que constitue le retrait israélien de 2000, assurant que cette libération n'aurait pas pu s'accomplir de cette façon si Lahoud n'avait pas institué au sein de l'armée qu'il a commandée de 1989 à 1998 une idéologie nationale claire considérant Israël comme l'ennemi du Liban.
L'ancien membre du Conseil constitutionnel, Sélim Jreïsssaty, a entrepris une lecture détaillée du livre, ajoutant ses commentaires personnels puisqu'il a été l'un des proches conseillers de l'ancien président. Il a commencé par préciser que le livre de Pakradouni, qu'il a comparé à ceux d'Alain Peyrefitte, a eu le mérite de briser le mur de silence qui entoure le mandat de Lahoud. Selon l'orateur, le livre a mis en évidence la solidité des convictions de l'ancien président, ainsi que son côté pionnier dans les réformes et dans le refus du confessionnalisme étroit, insistant aussi sur ses mains propres, non couvertes de sang ou pleines d'argent. Jreïssaty a aussi rendu hommage à la patience et à la précision de Karim Pakradouni qui a choisi de reprendre, d'expliquer et de témoigner des grands événements du long mandat Lahoud. L'orateur a ensuite rappelé combien les positions franches et directes d'Émile Lahoud ont dérangé de nombreuses parties locales et étrangères et il a dû affronter une campagne rare de dénigrement et de tentative d'isolement. Pourtant, a ajouté Jreïssaty, aujourd'hui, tout le monde (ou presque) est revenu aux principes qu'il défendait, notamment la conviction que la résistance est indispensable pour affronter les menaces israéliennes, que l'armée doit avoir une idéologie claire, basée sur le fait qu'Israël est l'ennemi, que l'entente avec la Syrie est nécessaire pour la stabilité du pays... Jreïssaty a encore évoqué le séisme qu'a constitué l'assassinat le 14 février 2005 du Premier ministre Rafic Hariri et la manière dont Lahoud a affronté cette situation dangereuse, refusant de démissionner, pour ne pas laisser le pays dans le chaos et en même temps s'accrochant au pacte national et aux textes constitutionnels, en refusant d'entériner un gouvernement duquel se sont retirés les ministres chiites et en refusant aussi d'en former un second pour éviter la division...
Karim Pakradouni a pris la parole en dernier, reprenant la dernière phrase de son livre : « Celui qui fait l'événement ne regarde pas en arrière. » Et il a ajouté : « J'ai pensé que l'histoire rendra justice à Émile Lahoud, mais elle le fait plus vite que prévu. »
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