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Économie - Analyse

Organisations et démocratie

De Sophie Nivoix*
Toute période de crise économique rend les excès et les erreurs de gestion des entreprises plus difficilement supportables qu'en période de croissance, où les bons résultats d'ensemble masquent les écarts de gestion. Pourquoi observe-t-on des dérives dans les actes de dirigeants dûment mandatés ? Pourquoi les décisions prises dans une organisation correspondent parfois moins à l'intérêt collectif qu'à quelques intérêts particuliers ? La démocratie ne peut-elle canaliser le pouvoir ? Rappelons quelques résultats déjà anciens et pourtant souvent négligés dans l'analyse du comportement des organisations.
Qu'il soit nommé gestion, gouvernance ou règles prudentielles, l'exercice du pouvoir au sein des organisations subit des contraintes éloignant fréquemment les principes affichés par les dirigeants de la réalité observée. Que l'on considère les associations, les entreprises ou d'autres formes organisationnelles, on observe des tendances similaires sur le long terme. Il y a presque un siècle exactement, Michels a ainsi mis en évidence les tendances oligarchiques des organisations démocratiques. Ainsi, la base démocratique de la direction d'une organisation ne peut persister à long terme lorsque celle-ci étend son envergure. Deux explications peuvent être avancées.
La première réside dans le fait que dans une structure, si petite soit-elle, certains individus sont prêts à s'impliquer davantage dans la gestion parce qu'ils possèdent la volonté, les capacités ou le charisme nécessaires à un tel poste. L'exercice d'une fonction de direction crée ensuite rapidement un effet d'expérience, qui accroît les capacités de ces personnes à diriger. Les autres membres de la structure sont alors enclins à reconnaître ces capacités et à légitimer la répartition des pouvoirs au travers d'un système de vote et de délégation totalement démocratique. Chacun mandate donc le ou les dirigeants pour gérer la structure au mieux de ses intérêts personnels, sans être en mesure d'en contrôler parfaitement les résultats. On retrouve parfaitement ici la situation des actionnaires minoritaires, apporteurs de fonds mais non impliqués dans la gestion des entreprises.
La seconde raison tient à la nature et à la taille de la structure. Plus celle-ci se tourne vers des activités de type économique, plus la délégation démocratique du pouvoir se transforme en pouvoir des dirigeants. Ceci est d'autant plus marqué lorsque la structure, association ou entreprise, grandit et gagne en complexité. L'activité économique nécessite en effet des prises de décision nombreuses, rapides et basées sur des informations aussi multiples que précises. Comment alors décider lorsque l'on n'est pas un dirigeant professionnel, ou développer la structure lorsque l'on n'a pas de connaissances en gestion ? Et la spécialisation des fonctions de direction au sein d'une entreprise ne fait qu'éloigner encore davantage l'actionnaire des dirigeants auxquels il a volontairement confié son investissement.
Si la transformation d'une organisation basée sur une démocratie directe en une oligarchie semble difficilement évitable, il importe d'accompagner cette évolution. Outre les nécessaires systèmes de contrôle interne, la clé réside sans doute dans la clarté d'une information trop souvent foisonnante et peu compréhensible par la plupart des parties prenantes dans les organisations. Et voilà ce qui fait que vos actionnaires sont muets, aurait dit le dirigeant malgré lui !

* Spécialiste de finance à l'Université de Poitiers, professeur à l'ESA.

En coopération avec :ESA
Toute période de crise économique rend les excès et les erreurs de gestion des entreprises plus difficilement supportables qu'en période de croissance, où les bons résultats d'ensemble masquent les écarts de gestion. Pourquoi observe-t-on des dérives dans les actes de dirigeants dûment mandatés ? Pourquoi les décisions prises dans une organisation correspondent parfois moins à l'intérêt collectif qu'à quelques intérêts particuliers ? La démocratie ne peut-elle canaliser le pouvoir ? Rappelons quelques résultats déjà anciens et pourtant souvent négligés dans l'analyse du comportement des organisations.Qu'il soit nommé gestion, gouvernance ou règles...
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