Avant même d’évoquer l’abolition du confessionnalisme, le Parlement devrait plancher sur une série de réformes au niveau de la loi électorale notamment.
En somme, explique M. Fadlallah, l'appel de M. Berry à mettre en place le comité prévu à cette fin par la Constitution de Taëf n'est autre qu'une tentative de faire évoluer la discussion politique autour du système qui avait, rappelons-le, était interrompue dès 2005, date à laquelle le pays s'est enlisé dans les conflits internes et régionaux. Par conséquent, les Libanais avaient été privés de la possibilité d'examiner les clauses de Taëf qui n'avaient pas été envisagées jusque-là.
Aujourd'hui, le pays est à un tournant majeur qui est le choix de se lancer dans les chantiers des réformes, ou tout simplement de les abandonner, précise M. Fadalllah. En d'autres termes, avec l'avènement d'un gouvernent d'union nationale et la baisse de la tension interne pavant la voie à un climat d'entente qui avait fait défaut tout au long de la période révolue, la nécessité de remettre le pays sur les « rails de Taëf » est revenue en force, d'autant que l'ensemble des parties en présence sont d'accord sur la nécessité d'œuvrer à l'application totale de cette Constitution même si certains continuent de réclamer que des amendements soient apportés au texte fondamental.
Abdel Halim Fadlallah tient toutefois à préciser que le fait de parler de la mise en place d'un comité ne signifie en aucun cas l'abolition du confessionnalisme, un projet « qui n'est pas réalisable pour le moment ».
D'ailleurs, souligne le responsable du Hezbollah, ce n'est ni la première ni la dernière fois que l'on aura soulevé cette question. Le débat avait déjà été lancé sous le mandat du président Fouad Chehab, qui avait introduit une approche réformiste au plan administratif, social et institutionnel pour tenter de réduire l'impact du confessionnalisme politique et améliorer le fonctionnement des services en place, sans pour autant toucher à la sphère politique et sans affronter ou défier le régime en tant que tel. Après lui, le leader druze Kamal Joumblatt reviendra à la charge, en proposant un projet de déconfessionnalisation dans le cadre d'un projet socio-économique global, de type socialiste. Depuis, ce sujet deviendra un leitmotiv et un thème constant qui ressortira dans tous les discours politiques.
M. Fadlallah rappelle au passage qu'avant Taëf, les voix en faveur de la déconfessionnalisation politique n'étaient que des tentatives personnelles qui n'avaient cependant aucune assise constitutionnelle. C'est avec l'avènement des accords de Taëf que la question de l'abolition du confessionnalisme sera évoquée clairement et explicitement.
Le Liban est-il véritablement prêt à l'amorce de cette réforme majeure de son système politique ?
Une chose est certaine, répond le responsable du Hezbollah, à savoir que l'on ne peut envisager les discussions sur cette question que dans un climat d'entente et de confiance mutuelle entre les communautés. Le responsable cite l'exemple de la phase qui a succédé au retrait des ministres chiites du gouvernement et qui s'est soldée par une division communautaire profonde et un long débat sur la légitimité du gouvernement en place.
En d'autres termes, ajoute-t-il, plus le régime est stable, et la cohésion de l'État et du gouvernement solide, plus le discours sur la déconfessionnalisation politique est mieux accepté. Inversement, le discours sera à coloration fortement confessionnelle et les appréhensions grandes, tant qu'il n'y aura pas de conviction quant à l'existence de l'État. « C'est le sentiment d'insécurité qui fait que chaque communauté tente d'obtenir par ses propres moyens des garanties de survie. » Autrement dit, plus l'État parvient à s'imposer en tant que catalyseur, plus le recours à la communauté s'affaiblit.
Une évidence théorique, certes, mais qui ne peut prendre toute sa signification que lorsqu'une série de mesures parallèles et complémentaires à la déconfessionnalisation politique auront été mises en place, renforçant ainsi la confiance dans l'État, dit-il. Il s'agit bien évidemment de l'élaboration d'une loi électorale qui puisse assurer une représentation juste et équitable, en encourageant l'électeur à opter pour des choix autres que confessionnels, sans compter une stratégie d'éducation et surtout un développement équitable susceptible de ramener l'allégeance du citoyen à l'État.
Et le responsable du Hezbollah de conclure qu'en dépit de tous les maux engendrés par le confessionnalisme politique et ses répercussions négatives sur le fonctionnement des institutions, le Liban reste le seul pays de la région à pouvoir en parler en toute transparence et de manière publique, ce qui en soit est une chose « très saine ». Car, dit-il, lorsqu'elles sont refoulées, les questions ethniques et communautaires deviennent explosives. L'Irak en est l'exemple le plus patent.


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