Rechercher
Rechercher

Liban

Samir Frangié formel : La révolution du Cèdre « n’est pas morte »

Cherchant à réintéresser ses membres au débat public, l'Association des anciens de Sciences Po Paris, section Liban, a choisi de convier l'un des pères de la révolution du Cèdre, l'ancien député Samir Frangié, pour l'interroger sur l'avenir de ce mouvement, lequel avait précisément passionné le public : grands et petits avaient voté avec leurs pieds un certain 14 mars 2005. Où en est-on de cette révolution ? Est-elle d'ores et déjà avortée ou bien la graine semée donnera-t-elle un jour ou l'autre ses fruits ?
Pour répondre à ces questions, l'ancien député revient sur la genèse du mouvement, sans doute pour montrer que rien n'empêche sa régénération. Le mouvement du 14 Mars est né de la superposition de plusieurs appartenances ayant en commun un certain ras-le-bol, et par-delà les appartenances communautaires, une appartenance commune, comme le précise M. Frangié. Les thèmes même de justice et de liberté, apanage traditionnel des communautés musulmane et chrétienne d'abord, ont été repris inversement par chacune des communautés à son compte avec le tribunal international réclamé par les chrétiens et le « Liban d'abord ou Loubnan awwalan » réclamé par les musulmans. Des initiatives individuelles nombreuses à côté des initiatives partisanes, « cet amalgame curieux », selon l'expression même de M. Frangié, a fait que, ce jour-là, nul n'a pu revendiquer la paternité de ce mouvement. C'est pour cette raison sans doute que cette journée s'est avérée exceptionnelle et est restée présente dans la mémoire collective, fait remarquer le politologue qui révèle aussi que celle-ci n'avait pas réellement été minutieusement préparée, mais a eu lieu un peu par hasard, comme le fruit d'une opposition plurielle, qui remonte au départ à l'opposition menée par Kornet Chehwane, le Forum démocratique, les mouvements estudiantins, les ordres professionnels, etc. De même, l'idée de l'intifada de l'indépendance naquit un peu par hasard, à la suite d'une réunion de parlementaires sur la loi électorale. De fil en aiguille, la rue fit plier le gouvernement.
Après le constat clair de faillite d'une grande partie de la classe politique actuelle, M. Frangié s'interroge si une dynamique politique et des graines semées aujourd'hui par la société civile ne valent pas mieux qu'un lamento stérile ressassé à satiété. S'il est vrai que « les armes annulent les urnes » et que cette question demeure non résolue à ce jour, la création d'une dynamique politique reste néanmoins d'actualité ; même s'il n'est pas possible de savoir à l'avance quand elle prendra son essor, réplique M. Frangié à ceux qui, sceptiques, ont choisi le désengagement. Le manque d'initiative en politique est mortel, rappelle-t-il, et le problème du 14 Mars viendrait précisément de sa position simplement réactive plutôt qu'offensive, et dans le même sens peut-être de son absence de vue sur l'extérieur. Ainsi, le 14 Mars libanais aurait dû par exemple se lier au « 14 Mars iranien », relève M. Frangié. L'observation des changements qui se produisent en dehors de nos frontières aurait pu encore nous conduire à concevoir les choses autrement. Aujourd'hui, la Turquie émerge dans la région, porteuse d'une alternative aux deux projets de Moyen-Orient démocratique sous influence israélienne ou de Moyen-Orient islamique sous influence iranienne plus récemment. La déclaration de la Ligue arabe à l'occasion du sommet 2007 se démarque aussi dans sa référence à l'arabité culturelle qui se caractérise par une modernité nouvelle quand elle fait état du pluralisme, de la diversité et des droits de l'homme, selon Frangié. De grandes rencontres viennent par ailleurs signaler un vent de changement : la rencontre entre le roi d'Arabie et le pape, et la rencontre de représentants des trois religions chrétienne, musulmane et juive en Espagne à l'instigation également de l'Arabie. Gaza, les élections libanaises et iraniennes, une intelligentsia chiite libanaise qui s'exprime ; autant d'indicateurs de changement, à suivre et à intégrer...
Entre-temps, même si ceux qui font l'opinion n'ont aucune chance d'émerger au vu de la loi électorale actuelle qui favorise « le territoire à la ville », selon l'expression du professeur Antoine Courban, M. Frangié exhorte la société civile à s'activer, sur plusieurs niveaux. Il donne l'exemple du code de la route où le citoyen fait face à la loi au quotidien ou encore la problématique du mariage civil, hautement symbolique. Il invite à la formation de groupes de pression, tels que les syndicats, l'ordre de la presse et l'ordre des avocats, suggérant notamment que ces deux derniers joignent leurs énergies autour de thèmes comme celui de la liberté et de l'État de droit. M. Frangié salue dans ce sens également la réactivation du Cénacle libanais ; un autre forum de discussion issu de la Lettre de Beyrouth pourrait aussi voir le jour bientôt. De même, seul un travail sur la mémoire, qui n'a jamais été fait, permettrait de faire face à la campagne exceptionnelle de haine qui a soufflé sur le pays ces derniers temps. L'association Mémoire pour l'avenir avait lancé une initiative dans ce sens avec notamment un congrès en 2001 auquel avait participé Samir Kassir. Quels que soient le contexte et l'efficacité ou l'inefficacité de nos dirigeants, « qu'est-ce qui empêche les gens à se mettre ensemble et discuter ? » souligne M. Frangié. Pour que le Liban soit cette image de la « modernité métissée », vocation que voudrait lui attribuer le politologue. Le 14 mars 2005 a justement marqué une nouvelle page en ce qu'il a fait émerger cette identité métissée, soit « une nouvelle forme d'identité nationale qui prime sur les identités communautaires », observe M. Frangié, qui note également que la conscience nationale libanaise est plus forte aujourd'hui qu'avant la guerre de 75. La révolution du Cèdre ne serait donc pas complètement morte puisqu'elle a élargi quelque part dans les esprits le champ des possibles. Pour ceux qui ont encore un rêve... et qui peuvent concevoir un temps de latence - même long - entre la conception du rêve et sa réalisation.
Cherchant à réintéresser ses membres au débat public, l'Association des anciens de Sciences Po Paris, section Liban, a choisi de convier l'un des pères de la révolution du Cèdre, l'ancien député Samir Frangié, pour l'interroger sur l'avenir de ce mouvement, lequel avait précisément passionné le public : grands et petits avaient voté avec leurs pieds un certain 14 mars 2005. Où en est-on de cette révolution ? Est-elle d'ores et déjà avortée ou bien la graine semée donnera-t-elle un jour ou l'autre ses fruits ?Pour répondre à ces questions, l'ancien député revient sur la genèse du mouvement, sans doute pour montrer que rien n'empêche sa...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut