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Nos lecteurs ont la parole

Déconfessionnalisation

Par Yvonne SURSOCK COCHRANE
L'on ne peut enfermer une période d'histoire dans une définition. Mais l'on peut cerner les grandes lignes ou les dimensions culturelles, politiques, économiques d'un demi-siècle ou plus.
Est-ce une vérité de La Palice de dire que les décisions politiques sont fonction d'un climat culturel ? Que les comportements des États occidentaux en ce début de siècle ne diffèrent entre eux que marginalement compte tenu des événements qui les affectent individuellement ?
Jamais temps ne fut plus farci d'idéologies, jamais rhétorique morale et intellectuelle ne fut plus contraignante. Les clichés, les mots, les étiquettes chargés d'indignation ou offerts à l'admiration collective étouffent toute rigueur de jugement individuel. Seuls peut-être les très modestes couches de la société et les simples qui vivent loin des foules peuvent impunément puiser aux sources du bon sens traditionnel.
Les civilisations ont toutes été établies et développées selon le principe de la qualité primant le nombre. Aujourd'hui, le principe du droit de la majorité a été promu au rang de principe sacré et inviolable.
Or, la loi du nombre n'est applicable à la rigueur qu'au sein d'une société homogène. Elle devient tyrannique, absurde et barbare lorsqu'elle se joue au sein d'États composés de diverses ethnies ou de diverses communautés religieuses antagonistes, car l'ethnie ou la communauté majoritaire imposerait alors sa dictature aux autres. La procédure serait concevable seulement si les ethnies étaient en parfait équilibre de force, chose improbable dans la réalité. De plus, la loi de la majorité dans une société homogène n'est acceptable que dans le cadre d'une démocratie qui présuppose la mobilité du vote. Les majorités ne sont ainsi jamais immuables, car le choix de l'électeur se porte sur les programmes des candidats ou sur leurs promesses. C'est donc l'électorat que crée la majorité en votant tantôt dans un camp, tantôt dans l'autre ou les autres. Ce mécanisme, comment serait-il possible lorsque les groupes majoritaires ou minoritaires sont constitués par des ethnies ou des confessions religieuses ? Doit-on changer de religion ? Et comment passer d'une ethnie à une autre pour assurer le jeu normal du mouvement démocratique ?
En fait et en toute justice, c'est à un système qui tienne compte des aspirations légitimes de chaque groupe qu'il faudrait recourir. La Constitution suisse est un excellent exemple en la matière. Cela nous amène à un sujet d'actualité au Liban où il est question d'appliquer un système de déconfessionnalisation politique dans le cadre de la loi de la majorité. À ceux qui ne se sont penchés que superficiellement sur la question, il semblerait que laïcisation et déconfessionnalisation soient synonymes. Or, il n'en est rien. En fait, en pays d'islam, c'est bien l'inverse et la déconfessionnalisation politique conduit inéluctablement à l'islamisation. La laïcité est basée sur un statut personnel uniforme soumis aux lois de l'État lui-même, indépendant du ou des systèmes religieux. Autrement dit, l'Église ou le clergé n'interviennent pas dans la conduite des affaires politiques. La déconfessionnalisation, par contre, ne prévoit pas cette séparation ; et si les droits assurés au Liban, à chaque communauté par le système confessionnel actuel, étaient supprimés, les minorités ethniques, ou religieuses, se trouveraient débordées et noyées dans la majorité. Lorsque cette majorité est islamique, elle ne peut que se référer automatiquement au Coran et l'islamisation du pays devient un fait accompli, accompagné de toutes les conséquences négatives à l'encontre des autres communautés religieuses, ou ethniques.
L'on ne peut enfermer une période d'histoire dans une définition. Mais l'on peut cerner les grandes lignes ou les dimensions culturelles, politiques, économiques d'un demi-siècle ou plus.Est-ce une vérité de La Palice de dire que les décisions politiques sont fonction d'un climat culturel ? Que les comportements des États occidentaux en ce début de siècle ne diffèrent entre eux que marginalement compte tenu des événements qui les affectent individuellement ? Jamais temps ne fut plus farci d'idéologies, jamais rhétorique morale et intellectuelle ne fut plus contraignante. Les clichés, les mots, les étiquettes chargés d'indignation ou offerts à l'admiration collective étouffent toute rigueur...
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