Gebran nous a quittés, mais il est indispensable que son engagement reste vivant à jamais.
Ne laissons pas ceux qui ont assassiné nos martyrs les tuer une seconde fois en les effaçant de nos mémoires. Ce martyr que nous commémorons aujourd'hui est mort pour ses idéaux et les principes qu'il défendait.
Face à leurs assassins et aux menaces de leurs commanditaires, l'élite politique et intellectuelle du renouveau libanais a montré beaucoup de courage, d'audace et de passion, entraînant la renaissance de leur patrie, souvent au péril de leurs vies.
Ils ont défendu la liberté et un Liban indépendant, souverain et tolérant.
Gebran, ce 14 mars 2005, tu as demandé au million de Libanais réunis place des Martyrs de répéter après toi ton serment fédérateur : « Nous jurons par Dieu Tout-Puissant, musulmans et chrétiens, de rester unis jusqu'à la fin des temps pour défendre le Grand Liban. »
Lorsque tu l'as rédigé sur ce bout de papier, je suis sûr que tu n'avais cessé de songer à l'unité du Liban et à la coexistence des religions, pour transmettre à chacun un message de paix et de tolérance. Tu as exhorté tes concitoyens à œuvrer pour le salut de leur patrie en restant tous unis. Ton serment a traduit ton engagement pour la défense de ces principes d'ouverture, de dialogue des cultures et de coexistence entre les religions.
Ton rêve s'est accompli le 14 mars 2005 autour de la place de la Liberté, où plus d'un million de Libanais ont dit non à l'injustice et à l'oppression, non à l'ingérence et à l'humiliation, non à l'allégeance, voir à la servilité.
Gebran, en tant qu'homme, tu as porté le flambeau d'un Liban uni et libre, tu as lutté pour la souveraineté libanaise. En tant que journaliste, tu as été un fervent défenseur de la liberté d'expression pour tous, même pour tes adversaires politiques, proclamant : « Je crois que la liberté est indivisible. Je défends la liberté d'opinion et le droit à la différence. Je suis pour le respect de la liberté d'expression, pour laquelle je me battrai jusqu'au bout. »
Tu t'es battu pour tous ces engagements jusqu'au martyre.
Tu avais une grande confiance en la jeunesse libanaise que tu voulais impliquer davantage dans la vie politique et plus globalement dans la défense du Liban auquel elle croyait. Tu as mis en place le gouvernement « parallèle » des jeunes, venus des quatre coins du pays. Ton objectif était de les former aux rouages de la politique. Tu leur as ouvert les pages de ton journal en créant le supplément Nahar al-Chabab, le Nahar des jeunes pour qu'ils puissent s'exprimer librement.
Cette liberté que tu leur as transmise est une flamme qui ne doit jamais s'éteindre.
Tu leur as montré la voie et il faut que chaque Libanais s'engage sur ce chemin et continue ton combat pour ne pas perdre cette liberté, car elle représente le pouvoir de l'intelligence et de la raison, la source et la motivation de notre vie, notre idéal.
Ce chemin est certainement long et même semé d'embûches, mais la voie a été tracée par le sang des martyrs et de ceux qui ont échappé de justesse à la barbarie.
Ta perte Gebran nous la ressentons chaque jour de plus en plus fort.
Tu représentais ce courage qui qualifie la jeunesse, la spontanéité qui exprime l'authenticité et cette détermination qui caractérise une éternelle foi en l'avenir.
Gebran, en tant que journaliste puis en tant qu'homme politique, tu t'es battu contre les intérêts propres et les privilèges, contre ceux qui ont vendu leur conscience, leur honneur et leur patrie. Ton message aux Libanais et à la jeunesse du pays à laquelle tu croyais reste sans équivoque : « Aucune concession n'est possible, quand on défend les intérêts du Liban. »
Les Libanais ont perdu non seulement un journaliste engagé mais aussi un homme politique qui, envers et contre tous, est resté l'un des rares à dénoncer sans relâche les abus de ceux qui prétendaient défendre leur Liban.
Tu as toujours été parmi les premiers à t'engager pour les nobles causes, quel qu'en soit le prix et quelles qu'en soient les conséquences. Je citerai le grand reporter Albert Londres, dont les paroles correspondent si bien aux principes que partageait Gebran : « Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire tort. Il est de porter la plume dans la plaie... » Et Gebran rajoutait : « Il y a des métiers qui sont plus que des professions, on y entre comme on entre en religion. Être journaliste au Liban représente un credo, un engagement renouvelé au quotidien. »
C'est ainsi qu'il est rentré dans son pays après un exil forcé, repoussant avec courage les menaces des tueurs, ignorant les conseils de prudence de ses proches. Il n'a jamais trahi ses convictions et n'a jamais renoncé au combat pour les défendre même s'il devait lui coûter la vie. Il savait que cette mort n'était pas une fin en soi, mais un jalon sur le chemin de la construction d'un état libre, indépendant et souverain.
Que reste-t-il du journaliste après sa disparition ? Ses écrits, les idées qu'il a défendues, son esprit, ses combats, la rage et l'orgueil de tous les autres journalistes pour reprendre le flambeau qui nous guide dans nos tâches quotidiennes.
Ne fermons pas les yeux sur la situation libanaise qui reste préoccupante. À ceux qui n'ont toujours pas compris le sens de son sacrifice, imprégnez-vous de ses valeurs et soyez dignes de son héritage, car c'est l'engagement d'une vie qui se prolonge à travers nous tous.
Le 12 décembre 2009 cela fera quatre ans que j'éprouve le besoin quotidien de parler à Gebran et voilà qu'aujourd'hui je parle de lui.


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