Peut-on passer par la rue Foch, dans le centre-ville de Beyrouth, sans s'arrêter devant les belles vitrines ? En effet, ce sont de très belles vitrines, qui rivalisent avec celles des magasins les plus prestigieux des grandes capitales. Une vitrine d'une marque prestigieuse de prêt-à-porter m'interpelle, au point de me détourner de mes objectifs du moment.
Grands sont ma surprise et mon choc quand je me rends compte de la mise en scène qu'elle représente. Une femme au corps parfait (un mannequin de vitrine), que l'étalagiste a habillée d'une très belle robe, tient en laisse une demi-douzaine d'hommes qu'elle promène devant elle comme des chiens. Quand j'ai contacté la directrice de communication de ce prestigieux groupe pour lui exprimer ma honte et mon indignation, plus grands encore ont été ma honte et mon choc après la réponse donnée : « Nous n'y sommes pour rien, nous n'y pouvons pas grand-chose, c'est un concept que nous avons reçu d'Italie et qui nous est imposé par la politique mondiale de leur image de marque. »
Jusqu'où irons-nous dans la prostitution de nos valeurs ? Et dans « l'importation » aveugle de certaines valeurs imposées par l'Occident pour les implanter au cœur de notre ville ?
Est-ce l'image que nous souhaitons donner de notre Beyrouth et des Beyrouthins : des hommes traînés par une femme comme des chiens ?
Jusqu'à quand l'importation de ces valeurs sous le prétexte de « Kell chi Franji Brenji » ? Alors que les créatifs libanais se sont imposés partout dans le monde avec brio.
Bernard SADER
Concepteur/Graphiste

