Le livre de Peter Germanos peut se lire comme un thriller haletant, dans le style des ouvrages qui ont rendu célèbre Gérard de Villiers. Mais c'est aussi un roman à clés qui reflète une réalité libanaise, régionale et internationale pas toujours encourageante et qui mêle réalité et fiction de façon assez inquiétante. L'auteur, qui est docteur en droit, en plus d'une maîtrise de gestion, tente là son premier roman, mais il affirme avoir surtout voulu, à travers ce thriller, rappeler aux Libanais leur passé et leur culture. Il déplore ainsi le manque de mémoire et le peu de distance avec la réalité immédiate qui empêche les Libanais, en particulier les chrétiens parmi eux, de se repenser dans la logique de l'histoire. Chaque chapitre est ainsi l'occasion de retracer une période, voire un épisode de notre passé récent et lointain. Peter Germanos révèle ainsi que son héros, l'officier Marwan Hajj, est avant tout un homme inquiet pour l'avenir de son pays et celui des chrétiens dans la région. Il ne pouvait qu'en faire un officier de l'armée car c'est la seule institution du pays qui fonctionne et qui est (relativement) dirigée par les chrétiens. Mais l'officier découvre très vite les limites de son pouvoir et celles de l'efficacité de son action. L'institution est plus ou moins paralysée par des considérations confessionnelles et la légèreté des Libanais ne facilite pas une action de fond. Marwan pressent les secousses futures et il a un terrain de choix, Beyrouth où tout peut se passer. Dans ce XXIe siècle annoncé comme religieux, le Liban est sur une ligne de démarcation, entre les continents, mais aussi entre les civilisations et les religions. À travers l'intrigue de l'attaque d'el-Qaëda, qui ne cache d'ailleurs pas ses visées expansionnistes, l'auteur a donc voulu raconter aussi l'histoire de la survie de son héros, de son village, de sa communauté et de son pays en général. Certes, le Liban, et le chrétien en particulier, n'est pas seul, mais il doit savoir choisir ses alliés, sans passion et sans illusion, en retrouvant ses racines arabes, au lieu de s'accrocher à un Occident qui n'a cessé de le trahir avec parfois du cynisme, mais toujours une sorte d'indifférence. Plus qu'un roman d'espionnage, Les sirènes du Levant est ainsi le témoignage d'un chrétien de la génération de la guerre, qui n'a pas connu l'époque d'or des chrétiens du Liban, mais craint celle de la marginalisation et souhaite l'éviter. Derrière la futilité apparente de son héros et celle, caricaturale, de son amie, ainsi que derrière le travail de recherche dans les milieux d'el-Qaëda et des divers services de renseignements, l'auteur adresse un message à tous les Libanais... qui aiment lire, en essayant de leur rappeler qu'il ne faut pas brader leur pays ni son histoire.


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