Une réfugiée palestinienne à l’entrée de sa maison à Chatila.Joseph Eid/AFP
Bloqués depuis des décennies par l'absence de règlement israélo-palestinien, près de 300 000 réfugiés palestiniens vivent dans des conditions pitoyables dans des camps au Liban, où le risque d'une pérennisation de leur situation est de plus en plus mal vécu, indique Rita Daou, dans un reportage de l'AFP.
En visite à Beyrouth aujourd'hui, le président palestinien, Mahmoud Abbas, devrait se pencher avec ses interlocuteurs sur le sort des réfugiés palestiniens. Le malaise que génère au Liban l'existence d'une dizaine de camps, dont le contrôle échappe aux autorités, devrait également être évoqué.
L'idée d'une installation permanente au Liban des réfugiés palestiniens terrorise les Libanais, qui craignent pour le fragile équilibre confessionnel de leur pays. Cela « constitue une véritable menace démographique, politique et pour la sécurité », affirme le député Farid el-Khazen, professeur de sciences politiques à l'Université américaine de Beyrouth. L'ONU estime à 400 000 le nombre de réfugiés palestiniens aux Liban, mais certains avancent un chiffre plus proche de 250 000 à 270 000, car l'ONU n'a pas effacé de ses listes les réfugiés partis dans d'autres pays.
Leur présence devait initialement être temporaire, mais leurs chances de rentrer chez eux se sont évanouies avec l'enlisement israélo-palestinien. De même, l'espoir né de l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche a rapidement laissé place à l'amertume et au cynisme. « La lenteur des négociations et l'absence de progrès tangibles signifie que les discussions sur le statut final et la question des réfugiés sont indéfiniment reportées », a déclaré Karen Abu Zayd, commissaire générale de l'Unrwa, lors d'une récente visite à Beyrouth. Pour beaucoup, les camps de réfugiés sont des pépinières de terroristes, une conviction renforcée par les combats de l'été 2007 entre l'armée libanaise et des combattants islamistes retranchés dans le camp de Nahr el-Bared. « La situation dans les camps est au-delà de ce qui est humainement acceptable », explique Khalil Mekkawi, ancien responsable d'une commission libanaise mise en place pour améliorer la situation dans les camps.
Je vis d'aumônes
Par ailleurs, la situation des quelque 5 000 réfugiés palestiniens sans-papiers sera également à l'ordre du jour de la visite du président palestinien, indique Jocelyne Zablit, de l'AFP.
« Je vis d'aumônes et, quand je peux, je me faufile hors du camp pour gagner 10 dollars. Je ne désire qu'une chose : de la pitié pour mes enfants. » Comme des milliers d'autres Palestiniens dépourvus du statut de « réfugié », Saïd n'a aucune existence légale au Liban.
Sans statut officiel ni pièces d'identité, ils savent que s'aventurer hors du camp de réfugiés est dangereux. Ceux qui se font prendre risquent la prison. Ils n'ont en outre pas le droit de travailler et aucun accès aux services de santé ou à l'éducation. « Ces gens sont tout ce qu'il y a de plus vivants mais ils ne sont pas reconnus comme tels », constate Souheil el-Natour, un analyste palestinien basé à Beyrouth.
Le Liban reconnaît seulement comme « réfugiés » les Palestiniens et leurs descendants, arrivés sur son territoire à la suite de la création de l'État d'Israël en 1948. La majorité des sans-papiers sont, eux, arrivés au Liban dans les années 1970, après les événements du Septembre noir, lorsque la Jordanie a expulsé l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et ses milliers de combattants.
Mireille Chiha, du Conseil danois des réfugiés basé à Beyrouth, dénonce des conditions de vie « très difficiles ». « Ils n'ont pas de liberté de mouvement, ne peuvent acheter de voiture ou de moto et ne bénéficient pas des services de l'Agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens », ajoute-t-elle. « Même à l'intérieur des camps, on les considère comme des étrangers. »
Leur sort a commencé à être examiné à la fin de la guerre civile et lorsque nombre d'entre eux ont commencé à avoir des enfants et petits-enfants. Des ONG et des experts soulignent le besoin urgent de se pencher sur le dossier, mettant notamment en garde contre les risques de récupération des groupes extrémistes. Malgré ces avertissements, les gouvernements successifs ont fait la sourde oreille. Les autorités ont bien commencé en 2008 à remettre des papiers à ces Palestiniens, mais le processus a été interrompu en raison de fraudes.


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