Rechercher
Rechercher

Liban

Michel Eddé : La représentation confessionnelle garante de la démocratie au Liban

L'ancien ministre Michel Eddé explique pourquoi il est en faveur du maintien de la représentation politique des familles spirituelles au Liban.
S'exprimant à l'ouverture d'un colloque à l'USEK sur le thème de la « laïcité revisitée », Michel Eddé a invité les Libanais à se débarrasser des clichés et à bien saisir le sens des réalités spécifiques du Liban avant de penser à abolir le confessionnalisme politique. Pour lui, la représentation politique des familles spirituelles est garante de la démocratie dans ce pays et fait de lui un exemple à suivre dans le monde d'aujourd'hui.
Rappelant que le Liban est le seul pays arabe dont la Constitution ne définit pas une religion déterminée de l'État, M. Eddé souligne, en conséquence, que, « dans ce sens, l'État au Liban est laïc. Il l'est aussi sur le plan de l'enseignement officiel, dans la mesure où sa Constitution n'attribue pas aux autorités religieuses, en tant que telles, la prise en charge de l'enseignement public au Liban ».
« Cependant, ajoute l'ancien ministre, en ce qui concerne d'autres aspects de notre vie civile, nous n'avons pas réussi jusqu'ici à faire adopter même la loi sur le mariage civil facultatif. Si une simple législation facultative touchant au statut personnel est une chose impossible à adopter jusqu'ici, comment pourrions-nous réaliser d'autres volets de la laïcité, surtout s'ils revêtent un caractère obligatoire ? »
« La question qui se pose spontanément est de savoir s'il est possible, et même s'il est permis que la laïcité dans tous ses aspects soit imposée aujourd'hui au Liban, même par la voie législative, sans que les composantes de la société libanaise en conviennent », poursuit-il.
« La sagesse ne nous contraint-elle pas à réfléchir posément sur les spécificités de notre société et de notre entité au lieu de décréter précipitamment leur mise à mort ? »
Pour M. Eddé, « les réalités libanaises offrent, en matière d'expérience démocratique, une image différente montrant l'édification de notre système parlementaire démocratique sur des bases autres que celles sur lesquelles a été édifiée la démocratie en France, par exemple, où l'objectif était d'instaurer le principe de la laïcité totale ».
« Ainsi, cette image montre que l'absence d'homogénéité au Liban sur le plan religieux n'est pas apparue postérieurement à la formation du Liban comme espace géographique, comme pays et comme État libanais contemporain. Au contraire, cette absence d'homogénéité est à la base de la formation du Liban en tant que société et que pays, avant même qu'il ne soit consacré en tant qu'État », note-t-il.

Une expérience démocratique
« Notre expérience au Liban est démocratique précisément parce qu'elle se fonde sur le principe de la représentation politique équilibrée de toutes les familles spirituelles au Liban. C'est à ce niveau que se situe d'abord la reconnaissance politique et institutionnelle du droit à la différence, du respect de l'autre, et de l'acceptation de l'autre dans sa différence », souligne M. Eddé.
« Ce système de représentation politique est véritablement démocratique parce qu'il est en harmonie avec la structure sociale du Liban. »
Les diverses composantes libanaises, et plus précisément les chrétiens et les musulmans, « ont pu découvrir ensemble, expérimentalement, le sens et la grâce de la richesse contenue dans cette pluralité. Elles sont convenues ensemble d'une formule sociale qui est celle de la coexistence sur la base de la pluralité et non de l'uniformité », ajoute-t-il.
« De ma position de laïc, j'appelle tout le monde au Liban à bien saisir le sens des réalités tenaces. Que nul d'entre nous ne soit tenté de substituer ses vœux et ses convictions personnelles à ces réalités qui démontrent, le plus simplement du monde, que le besoin de représenter les familles spirituelles est une nécessité vitale pour les Libanais, surtout dans les circonstances actuelles ; et que l'élimination de cette représentation de manière volontaire aurait des effets contraires à ce qui en est espéré », fait-il valoir.
« D'un autre côté, il n'est pas permis non plus de capituler face aux réalités, autrement dit d'abandonner dans la pratique la quête du changement de ce qui est négatif », souligne-t-il encore.
Pour lui, « les aspects négatifs attribués à notre système fondé sur la représentation politique des familles spirituelles sont en réalité tributaires du clientélisme, du partage d'influences et de la corruption. Ces pratiques ont été introduites et renforcées par un exercice dénaturé de notre système représentatif qui a fait fi et continue de faire fi de l'État de droit intrinsèquement lié à la démocratie parlementaire ».
« Lorsque j'appelle à une lecture prenant en compte la spécificité de notre expérience démocratique libanaise, cela ne signifie pas qu'il faille s'abstenir d'une lecture critique et continue pour identifier les défauts et les erreurs qui nuisent à l'esprit de cette expérience unique. C'est là qu'apparaît l'importance de l'État de droit qui impose l'interpellation et la sanction politique », poursuit M. Eddé.
« Le Liban pluraliste, à travers sa formule sociale et la représentation politique des familles spirituelles, est la concrétisation du dialogue de vie entre la chrétienté et l'islam, au service de la rencontre de ces deux religions et de la concorde entre eux dans le monde entier », estime-t-il.
Relevant les difficultés qui entravent la coexistence islamo-chrétienne dans de nombreux pays, qu'ils soient musulmans ou à patrimoine chrétien, M. Eddé ajoute : « Dans ce cadre, le Liban s'offre, par sa coexistence authentique, comme un modèle et un exemple pour le monde. Ce Liban dont nous étions par le passé fiers qu'il soit « un point de rencontre entre l'Orient et l'Occident », nous nous devons tous aujourd'hui, par le biais de toutes nos familles spirituelles, lui donner les moyens d'apparaître comme une « nécessité pour l'Orient et l'Occident ».
Mais pour M. Eddé, il existe un autre facteur essentiel pour préserver le Liban dans sa formule de coexistence, la démocratie, d'autant plus nécessaire que les pays arabes en sont privés.
« C'est bien notre système de représentation politique des familles spirituelles qui respecte les spécificités de toutes les minorités et reconnaît leur droit à la différence, qui est à l'origine de la démocratie au Liban », martèle-t-il, en ajoutant : « Les défauts de notre démocratie ne pourront être corrigés que par davantage de démocratie fondée sur le droit à la différence et le respect de l'autre. »
Et la représentation confessionnelle « n'est-elle pas la véritable expression de ce droit ? N'assure-t-elle pas les garde-fous en mesure de stopper l'hégémonisme ? » se demande M. Eddé.
Il conclut en appelant les hommes politiques libanais à faire preuve de « sagesse » et à se départir des « idées préconçues ».
S'exprimant à l'ouverture d'un colloque à l'USEK sur le thème de la « laïcité revisitée », Michel Eddé a invité les Libanais à se débarrasser des clichés et à bien saisir le sens des réalités spécifiques du Liban avant de penser à abolir le confessionnalisme politique. Pour lui, la représentation politique des familles spirituelles est garante de la démocratie dans ce pays et fait de lui un exemple à suivre dans le monde d'aujourd'hui.Rappelant que le Liban est le seul pays arabe dont la Constitution ne définit pas une religion déterminée de l'État, M. Eddé souligne, en conséquence, que, « dans ce sens, l'État au Liban est...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut