Les sources proches du CPL confirment ces informations et affirment que la rencontre s'est déroulée « dans la sérénité et la lucidité ». Elles révèlent qu'effectivement, l'idée d'une telle réunion a été lancée immédiatement après les élections législatives, alors que le général Aoun se trouvait au Kesrouan. Il y a eu ensuite plusieurs rencontres sociales entre Aoun et des évêques, notamment chez le député Ibrahim Kanaan. Il était d'abord question d'une visite du chef du CPL chez le patriarche Sfeir, mais il a été finalement convenu qu'il serait préférable que le député s'entretienne avec tous les évêques afin d'expliquer ses positions et de répondre à leurs questions, donnant ainsi un caractère plus officiel et solennel à cette rencontre. Le principe étant acquis, il restait à fixer le rendez-vous. Michel Aoun n'a su que la veille, c'est-à-dire le jour même du retour du patriarche Sfeir à Beyrouth, que la réunion était prévue pour le lendemain.
La rencontre a commencé par un petit mot de bienvenue du patriarche Sfeir à l'adresse du député du Kesrouan, et ce dernier a ensuite pris la parole pour expliquer sa vision de la situation et sa démarche depuis la loi américaine dite « Syria Accountability Act » à nos jours. Il a ainsi évoqué son retour d'exil, l'accord quadripartite entre le Hezbollah, Amal, le PSP et le Courant du futur qui excluait les chrétiens et ses efforts pour redonner un rôle à cette communauté dans l'exercice du pouvoir. Il a ainsi passé en revue les étapes de cette « reconquête », expliquant que la date de la rencontre avec Hassan Nasrallah, le 6 février 2006, avait été fixée à l'avance, mais que les incidents de la veille à Achrafieh lui ont donné un impact différent. Il a aussi précisé qu'au début de cette rencontre, cinq points étaient encore en suspens dans le document d'entente, mais qu'aussi bien lui que Nasrallah étaient venus dans l'intention d'aboutir à un accord, dont les fruits sont encore perceptibles aujourd'hui, a-t-il ajouté.
Michel Aoun est ensuite revenu sur l'accord de Doha et le retard dans l'élection présidentielle, qui était dû à sa volonté d'obtenir un découpage électoral favorable aux chrétiens, avant toute autre décision. Ce fut, selon lui, consacré à Doha et depuis, l'influence des chrétiens au sein du pouvoir est en train de croître, puisqu'ils participent désormais aux décisions financières et économiques, dans le cadre du gouvernement, a-t-il estimé.
Les évêques, de leur côté, avaient préparé des questions précises et percutantes inspirées des reproches adressés au général Aoun par une partie de la population. Ils lui ont ainsi demandé ce qu'il pensait de la menace que représente le Hezbollah pour l'entité libanaise, exprimée par le patriarche à la veille des législatives. Il a répondu que pour lui, le Hezbollah est un parti libanais, non iranien. De plus, il est lié au CPL par un document d'entente et s'il venait à dénoncer cet accord, rien n'empêcherait le CPL d'agir de même. Il ne faut pas oublier que le Bloc du changement et de la réforme et le Bloc Liban d'abord (Saad Hariri) totalisent à eux deux 67 députés, a-t-il tenu à préciser. Michel Aoun a ajouté que Hassan Nasrallah a montré qu'il était un homme de parole et qu'il tenait ses engagements. Il a aussi évoqué sa rencontre avec Walid Joumblatt au palais de Baabda et la reconnaissance du chef du PSP de l'existence d'un pôle chrétien dans la montagne.
Au sujet de son attitude à l'égard des États-Unis, le député a expliqué que ce pays appuie Israël qui souhaite implanter les Palestiniens au Liban. Or une telle décision est, à ses yeux, de nature à détruire le tissu social libanais. C'est pourquoi le Liban ne peut l'accepter. Lorsque ce problème sera réglé selon ses intérêts, le Liban ne sera plus hostile à l'administration américaine, a-t-il dit.
Ces propos, le chef du CPL les a aussi répétés à la délégation américaine Task Force for Lebanon qui lui a rendu visite hier et qui a axé ses questions sur les armes du Hezbollah qui « affaiblissent l'État ». Michel Aoun a alors expliqué que si le Liban place l'affrontement avec Israël sur le plan de la lutte entre deux armées, il ne peut qu'être perdant car il ne pourra jamais se doter des armes et de la technologie israéliennes. Il ne peut espérer mettre en échec Israël que si l'affrontement se déroule entre l'homme et la machine. Or c'est ce qui est fait dans le cadre de la résistance, a-t-il ajouté, précisant que si les Palestiniens sont implantés au Liban, c'est comme si on intégrait 45 millions d'étrangers aux États-Unis...
Le rôle de Bkerké, qui est selon le député au-dessus des tiraillements politiques internes, ainsi que le rejet de la culture de la haine de l'autre et de l'ignorance ont été également au cœur du débat. À ceux qui ont comparé la présence de Michel Aoun à « une visite au confessionnal », les sources du CPL répondent avec ironie : « Oui, si l'on retient du confessionnal la confidentialité et la franchise. »
L'exposé du député du Kesrouan, énoncé sans passion mais avec beaucoup de conviction, a donc poussé Mgr Rahi à parler de « stratégie logique et rationnelle », ajoutant que le chef du CPL a « une bonne lecture des développements ».
Ce qui est sûr, c'est que cette rencontre a permis une détente dans les milieux chrétiens. Selon les deux camps, il devrait y en avoir d'autres, pour concrétiser cette nouvelle atmosphère de compréhension et de dialogue...


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