Si l'on considère l'événement comme étant inattendu, c'est pour deux raisons : d'abord parce que la visite du général Aoun à Bkerké n'avait pas été annoncée, ensuite parce que c'est bien la première fois qu'un homme politique participe à une réunion du Conseil des évêques maronites.
Selon les informations officielles, les questions d'actualité locale ont été passées en revue. Mais étant donné la détérioration des relations entre Bkerké et le CPL, la réunion a dépassé, selon toute vraisemblance, le cadre des échanges de routine pour porter sur les sujets qui ont alimenté pendant des mois les réserves du patriarcat maronite et les griefs du général Aoun. Selon certaines sources dignes de foi, la réunion de Aoun avec les évêques a été quelque peu houleuse, de nettes divergences étant apparues au sujet des armes du Hezbollah et du document politique du parti chiite. La plupart des prélats ont en effet contesté le point de vue défendu par Aoun sur ce plan.
Dans son communiqué, rendu public ultérieurement, le Conseil des évêques a salué d'emblée « les réconciliations intervenues aux niveaux politique et national, et exprimé l'espoir qu'elles s'étendent à toutes les parties et qu'elles favorisent une entente à l'échelle nationale, au profit des Libanais ».
Les évêques ont salué la visite du général Aoun à Bkerké, précisant que « le chef du CPL leur a exposé son point de vue par rapport à l'actualité politique locale et qu'ils ont procédé avec lui à un échange de vues sur diverses questions nationales ».
Ils ont ensuite exprimé l'espoir que « les fêtes à venir permettront d'éliminer les rancœurs des cœurs des Libanais et favoriseront les réconciliations et la solidarité en vue d'un règlement des problèmes dans lesquels le pays se débat et qui semblent insolubles ». Ils ont invité les personnes aisées à aider les plus défavorisées et exprimé le souhait que les fêtes seront « porteuses d'un espoir, celui d'un avenir meilleur pour tous les Libanais, et notamment pour le pays, affecté depuis des années par les divisions entre ses fils ». Le Conseil des évêques a averti en conclusion que « ces divisions risquent d'avoir les pires conséquences si elles se poursuivent ».
La déclaration de Aoun
À sa sortie de Bkerké, le général Aoun, qui a été retenu à déjeuner par le patriarche, a donné davantage de détails sur les objectifs et la teneur de la réunion, tout en refusant de préciser les sujets débattus. S'il a tenu un discours positif, rendant hommage au « rôle historique » de Bkerké, et fait état de « malentendus dissipés », il reste que des divergences persistent sur certains points. C'est ce qui ressort d'ailleurs de ses propos. « Notre visite à Bkerké est extrêmement importante au point que des évêques l'ont qualifiée d'historique. Nous avons passé en revue la conjoncture politique locale, les événements qui ont eu lieu récemment, ainsi que d'autres, antérieurs, mais en rapport avec le Liban », a-t-il déclaré à la presse, refusant catégoriquement de donner des précisions sur les sujets débattus.
« Durant le débat, des questions ont été posées et des explications ont été données au sujet de la politique. Je pense qu'elles étaient importantes pour faire la lumière sur certaines positions et en expliquer les motivations, dissipant du coup l'ambiguïté qui en entourait les mobiles et les objectifs », a ajouté le général Aoun. Selon lui, il ne s'agit pas d'une réunion de franche explication, « car la franchise est toujours de mise, mais de précisions pour dissiper une confusion qui émerge lorsqu'on n'est pas en possession de toutes les données ». « J'ai fourni (aux évêques) de nombreuses données durant cette réunion, et je pense que les résultats seront excellents au niveau des relations » entre Bkerké et le CPL, a-t-il observé.
Et de poursuivre : « Vous vous interrogez sans doute sur les raisons de cette visite. Le patriarcat maronite est une référence historique qui a toujours joué un rôle exceptionnel dans la vie et dans l'histoire du Liban, notamment avec l'établissement du Grand Liban, grâce au patriarche Hoyeck. »
Devant l'insistance des correspondants de presse qui l'interrogeaient au sujet des questions soulevées, notamment au sujet des armes du Hezbollah et d'éventuelles assurances que Bkerké aurait reçues à ce sujet, le chef du CPL a répondu : « Il y a eu des points d'accord et d'autres sur lesquels les vues divergent toujours, mais ces points ont été examinés d'une manière globale, précise, parce qu'ils ne peuvent pas être fragmentés. »
Il s'est dit heureux parce que cette réunion a eu lieu, estimant qu'elle constituera « une étape historique » et que ses résultats « qui apparaîtront instantanément » seront extrêmement bénéfiques pour les chrétiens en particulier, et pour les Libanais en général. Prié de dire si elle pave la voie à une réunion chrétienne élargie, le général Aoun a répondu : « L'initiative a eu lieu avec le Conseil des évêques seulement », avant de préciser que « chaque chose aura lieu en son temps ».

