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Culture - Rencontres

Élia Suleiman, citoyen du monde

Sept ans après son film « Intervention divine » couronné du prix du jury à Cannes en 2002, le cinéaste palestinien présente « The Time That Remains » (sélection également cannoise) au Métropolis Empire Sofil dans le cadre du Festival européen. 

Élia Suleiman : « Mes films sont comme des tableaux avec différents niveaux de lecture. »  (Michel Sayegh)

«Je n'ai pas de patrie, donc je ne suis pas un exilé», avoue Élia Suleiman, et ce constat prend l'allure d'une philosophie de vie. «D'ailleurs, ajoute-t-il, j'ai choisi moi-même de partir à l'âge de 22 ans pour poursuivre des études à New York et s'il s'agit d'exil, j'ai appris à ne pas le considérer comme un état négatif. Il a nourri mes films et il m'a permis de distinguer entre identité et identification. Ainsi, lorsqu'on arrive à se débarrasser de tous les carcans idéologiques, sociaux et identitaires qui vous aliènent, on peut facilement s'identifier à tous les humains et à leurs problèmes.» Et d'ajouter: « Cette délocalisation me permet d'avoir le privilège d'être quelqu'un d'autre, plusieurs personnes à la fois, qui peut savourer différemment la culture de chaque pays. Je suis donc à la fois un et multiple. N'est-ce pas tellement ennuyeux d'être seulement soi-même?», dit-il avec ce demi-sourire qui plisse ses lèvres et son regard.
The Time That Remains, qui signifie en filigrane qu'il ne reste plus beaucoup de temps, est un cri d'alarme que lance Élia Suleiman. À la fois un avertissement pour rappeler les risques que court la planète à l'échelle écologique, politique et sociale, et une narration avec un récit personnel sous-jacent qui évoque le vieillissement de l'être humain.

Mélancolie et burlesque
Avec son humour singulier, celui qui a été comparé souvent à Tati et à Buster Keaton, respectivement pour l'humour et le physique - «j'en suis flatté, dit le cinéaste, mais je ne me suis pas volontairement inspiré de leur travail, je les ai découverts par la suite -, revendique pourtant plusieurs influences, finnoise, italienne ou encore japonaise, car «les réalités humaines sont toutes semblables», précise le réalisateur.
The Times That Remains est une œuvre plus intimiste et plus mélancolique, certes burlesque, mais toutefois moins légère. En grande partie autobiographique, puisqu'elle s'inspire des lettres écrites par sa mère à ses parents en exil, ainsi que de documents de son père. Cette chronique du temps qui passe commence dans la ville de Nazareth en 1948 et relate les grandes époques de la tragédie palestinienne, mais également la vie quotidienne de ces Palestiniens qui sont demeurés dans les frontières de ce qui serait appelé l'État d'Israël.
Véritable silhouette fantomatique, l'acteur-réalisateur évolue tel un automate dans l'espace et souvent hors champ, « en marge de..., dira le cinéaste, car je ne veux pas être une autorité qui impose. Guide transparent, je dirige le regard vers certains lieux voulus et permets ainsi au spectateur de juger par lui-même. Je ne suis là ni pour dénoncer ni pour sermonner mais, comme une éponge, j'absorbe l'atmosphère pour la refléter et permettre ainsi au spectateur de sentir ce que je ressens à cet instant même du film, dans un contexte donné. » Et de poursuivre: «Je ne crois pas dans un cinéma arrogant qui s'arroge et s'approprie le pouvoir des images pour asservir le public, tout comme j'évite les idéologies car elles sont statiques et ont pour but d'assujettir le jugement humain. »

L'image, lieu de liberté
Dans cet espace construit par Suleiman lui-même, où s'enchaînent progression et régression, action et inaction ; dans ce kaléidoscope de vie, où s'imbriquent les événements personnels (évocation des siens et relations avec le voisinage) avec des événements plus publics, à savoir la mort de Nasser, la construction du mur et l'intifada, l'acteur ponctue le temps et permet le passage d'une image à l'autre.
Ainsi, à travers les plans fixes et la chorégraphie des corps, le centrage des acteurs et la marginalisation de son propre caractère, ou encore les nombreux silences éloquents et les dialogues laconiques, le spectateur parvient à se frayer un chemin et à s'infiltrer pour participer à la démarche cinématographique savamment orchestrée par l'artiste. « Un cinéaste doit croire fortement qu'il est en train d'établir une communication avec son public, sinon son travail demeure inachevé », dit Suleiman.
Pas de linéarité dans la narration, mais une déviation du classicisme qui représente pour l'artiste un outil pour sermonner et polluer les images. « Ma composition est comme un tableau qui propose différentes lectures. Selon moi, l'image cinématographique offre des possibilités infinies de méditation et chacun peut y lire à sa façon et y revenir plusieurs fois là-dessus.» Le cinéaste qui dit avoir une responsabilité morale envers le spectateur refuse de s'adresser à une certaine géographie. «C'est comme si j'assumais que je la connaissais. Je viens d'un pays qui n'existe pas : de Nazareth, de la Palestine de 1948, de New York et d'une philosophie française.» Tout ce terreau fait qu'Élia Suleiman ne s'adresse ni aux Palestiniens, ni aux Arabes, ni même aux Occidentaux, mais à celui qui veut participer à cette aventure cinématographique.
Une invitation que le regard accepte avec respect et déférence à ce faiseur d'images qui a su en toute humanité et humanisme communiquer des émotions apatrides et sans frontières.
«Je n'ai pas de patrie, donc je ne suis pas un exilé», avoue Élia Suleiman, et ce constat prend l'allure d'une philosophie de vie. «D'ailleurs, ajoute-t-il, j'ai choisi moi-même de partir à l'âge de 22 ans pour poursuivre des études à New York et s'il s'agit d'exil, j'ai appris à ne pas le considérer comme un état négatif. Il a nourri mes films et il m'a permis de distinguer entre identité et identification. Ainsi, lorsqu'on arrive à se débarrasser de tous les carcans idéologiques, sociaux et identitaires qui vous aliènent, on peut facilement s'identifier à tous les humains et à leurs problèmes.» Et d'ajouter: « Cette délocalisation me permet d'avoir le...
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