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Culture - Entretien

Natacha Atlas à Beyrouth : Les Arabes sont bien plus que les clichés de Lawrence d’Arabie

La chanteuse présentera « Parallel Universe Volume 1 », son nouvel album conçu avec le compositeur et violoniste Samy Bishai, le 30 juillet à 20h au KED. Le concert accueillera Zeid Hamdan en invité.

Natacha Atlas à Beyrouth : Les Arabes sont bien plus que les clichés de Lawrence d’Arabie

Natacha Atlas et Samy Bishai sur scène, où se prolonge leur complicité artistique et musicale. ©Luc Jennepin/ Festival arabesques de Montpellier

Depuis plus de trente ans, Natacha Atlas fait dialoguer les traditions musicales arabes avec les esthétiques contemporaines. De Transglobal Underground à ses collaborations avec Peter Gabriel, Jean-Michel Jarre, Ibrahim Maalouf, Zeid Hamdan ou Angelin Preljocaj, elle a construit une œuvre singulière où se croisent identité, spiritualité et engagement, tout en déconstruisant les représentations orientalistes. Avec Parallel Universe Volume 1, conçu avec son partenaire de vie et de création, le compositeur et violoniste Samy Bishai, elle renoue avec une écriture électronique nourrie par la science-fiction, la mémoire, l’amour, la bienveillance et les fractures du présent. Depuis ses débuts, elle explore les frontières entre les langues, les identités, les cultures et les genres musicaux, faisant de l’hybridité non seulement une esthétique, mais aussi une manière de penser le monde. Parallel Universe devient ainsi à la fois un lieu imaginaire et une métaphore de son parcours.

« Parallel Universe », que vous signez avec Samy Bishai, qu’est-ce que cela signifie ?

Cela fait près de dix-sept ans que nous travaillons ensemble. Samy est compositeur, arrangeur et producteur. Il possède une grande maîtrise de la composition et de l’orchestration. Nous partageons des origines anglo-égyptiennes, mais surtout une même sensibilité musicale. Notre manière de travailler est très organique : nous écrivons les thèmes, les mélodies et les textes à deux. Nous sommes tous les deux fascinés par la science-fiction. Aujourd’hui, l’idée du multivers est très présente dans l’imaginaire collectif. Pour nous, Parallel Universe représente surtout la possibilité d’imaginer d’autres mondes, d’autres réalités que celles des cruautés de ce monde. Un monde où il n’y aurait plus de guerre, par exemple. Aujourd’hui, je ne trouve plus les mots pour décrire ce qui se passe en Palestine et au Liban.

Natacha Atlas et Samy Bishai signent « Parallel Universe Volume 1 », un album qui marque leur retour à une écriture électronique. Photo avec l’aimable autorisation de l’artiste

Vous dédiez d’ailleurs l’album au peuple palestinien et saluez son courage. Et dans « Unchanging Game », vous évoquez justement l’illusion du progrès et le monde suspendu au coup de dé qui rappelle celui de Mallarmé…

Exactement. Cette chanson parle de cette illusion. Nous avons l’impression que le monde avance, mais le pouvoir est toujours davantage dominé par l’argent. Les gens ont de moins en moins de contrôle sur leur propre vie, et la corruption semble s’imposer partout. Nous sommes sans doute plus conscients de cette réalité qu’autrefois. Mais cette prise de conscience ne suffit pas. Pour changer véritablement les choses, il faudra beaucoup plus que ce que nous imaginons aujourd’hui. Il faudra être unis.

Depuis vos prises de position contre la guerre en Irak, ou encore votre inoubliable bande-annonce d’ « Intervention divine » d’Élia Suleiman en 2002, votre œuvre dialogue constamment avec l’actualité. Comment la musique électronique accompagne-t-elle vos indignations ?

J’ai commencé avec la musique électronique au sein de Transglobal Underground, au début des années 1990. Nous développions une musique qui mélangeait les sonorités électroniques avec des influences venues de différentes cultures. On nous a cantonnés à ce qui était désigné alors comme la « musique du monde », une expression qui ne veut rien dire en soi. Notre objectif était de créer un pont entre les traditions musicales occidentales et orientales. Pour moi, c’était très important. Par la suite, mon parcours a évolué. Je me suis tournée vers des albums plus acoustiques, plus proches du jazz ou de la musique classique, comme Strange Days, Myriad Road ou Mounqaliba. Cette période m’a beaucoup apporté. Mais au fond, je suis toujours restée très attachée à la musique électronique. C’est là que tout a commencé pour moi. Avec Samy, nous avons ressenti le besoin d’y revenir. Un morceau comme Somoud ne pouvait exister que dans cet univers sonore. C’est presque un cri. L’électronique permet une tension, une intensité, parfois une forme d’agressivité, qui sert exactement ce que nous voulions exprimer. En musique électronique, vous passez des heures en studio à fabriquer chaque son, à le transformer, à le retravailler. Le mixage et la production prennent également beaucoup plus de temps. C’est un processus très minutieux.

Le corps occupe également une place essentielle dans votre travail. À travers vos costumes, la danse orientale ou encore une certaine dimension spirituelle, vous proposez une image de la féminité arabe très éloignée des clichés orientalistes. Était-ce une démarche consciente ?

Oui, je pense que cela vient de mes racines égyptiennes. En tant que femme, il était important pour moi d’explorer cette partie de mon identité. Il y a dans cette culture une dimension profondément féminine, mais aussi très émancipatrice. Lorsque j’ai commencé avec Transglobal Underground, je voulais montrer cette culture au public occidental autrement qu’à travers des représentations très stéréotypées. À l’époque, très peu d’artistes montaient sur scène en revendiquant la danse orientale, les costumes et tout ce qu’ils représentent culturellement. Je voulais montrer la beauté de cette culture, sa féminité, mais aussi sa force, et proposer une autre image de la culture arabe, plus authentique, plus contemporaine, loin des images clichés de Lawrence d’Arabie. J’avais envie de montrer que nous sommes bien plus que ces représentations.

C’est ce que vous faites pour « Les Mille et Une Nuits » du célèbre chorégraphe et danseur français Angelin Preljocaj. Comment cette collaboration est-elle née ?

Angelin Preljocaj désirait proposer une lecture contemporaine des Mille et Une Nuits. Samy et moi avons donc composé une musique électronique, parce qu’Angelin aime beaucoup cette esthétique. Notre travail consistait avant tout à créer des atmosphères, des paysages sonores qui dialoguaient avec le mouvement des danseurs. Sa vision était également très féministe. Elle était assez abstraite, mais c’était précisément ce qui la rendait intéressante. Il ne cherchait pas à illustrer le conte ; il voulait en proposer une interprétation. Composer pour la danse contemporaine est une véritable passion pour moi. J’aime la danse, qu’elle soit orientale ou contemporaine. Voir comment le corps traduit une émotion ou une idée à travers le mouvement est quelque chose qui me fascine. Angelin voulait aussi interroger les rapports entre les hommes et les femmes. Il avait notamment choisi ma version de It’s a Man’s Man’s Man’s World, de James Brown, pour accompagner l’une des scènes du spectacle. Il y voyait une lecture profondément féministe de cette chanson : « This is a man’s world, but it would be nothing without a woman or a girl. » Cette idée traversait toute sa mise en scène.

Depuis plus de trente ans, Natacha Atlas fait dialoguer les traditions musicales arabes avec les esthétiques contemporaines. De Transglobal Underground à ses collaborations avec Peter Gabriel, Jean-Michel Jarre, Ibrahim Maalouf, Zeid Hamdan ou Angelin Preljocaj, elle a construit une œuvre singulière où se croisent identité, spiritualité et engagement, tout en déconstruisant les représentations orientalistes. Avec Parallel Universe Volume 1, conçu avec son partenaire de vie et de création, le compositeur et violoniste Samy Bishai, elle renoue avec une écriture électronique nourrie par la science-fiction, la mémoire, l’amour, la bienveillance et les fractures du présent. Depuis ses débuts, elle explore les frontières entre les langues, les identités, les cultures et les genres musicaux, faisant de l’hybridité non...
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Pour quand Asmahan?

Moi

13 h 01, le 29 juillet 2026

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  • Pour quand Asmahan?

    Moi

    13 h 01, le 29 juillet 2026

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