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Nos lecteurs ont la parole

Contre une certaine dictature

Par Paul Ph. EDDÉ
Lundi 23 novembre 2009, M. Saad Hariri déclarait : « Je serai le Premier ministre de tout le Liban » : séduisant pléonasme. Vendredi 27 novembre, annonce d'un traité d'entente entre l'État du Hezbollah et l'État du Liban : grave sortie de route.
La déclaration ministérielle - accouchée au forceps au prix d'acrobatiques contorsions linguistiques - confirme et légitime la présence d'une Résistance armée indépendante, renvoyant à de lassants dialogues de sourds l'examen d'une « stratégie » pour la défense conjointe du territoire national ; une sorte d'alliance tribale entre d'éventuels belligérants. Le Hezbollah se réduirait-il à une simple courroie de transmission d'un Iran théocratique, expansionniste et irréductible ? Retour de l'équivoque, prurit de nos bancales institutions ? Opposition aux décisions onusiennes offrant à nos ennemis le prétexte de nous attaquer ? Fait accompli d'un cancer en phase terminale ?
En réalité, visions tragiquement antinomiques pour un gouvernement faussement estampillé d'union nationale, alors qu'il ne s'avère être qu'un regroupement hétérogène de navigateurs solitaires ou « dépendants » qui s'épient et se neutralisent.
Dans cette mortelle impasse, il ne suffit pas que quelques ministres se contentent « d'exprimer des réserves » à consigner dans un volatil procès-verbal. L'histoire retiendra qu'en continuant à faire corps avec une monstruosité constitutionnelle, ils cautionnent un gouvernement aux antipodes des convictions et des aspirations indépendantistes de la majorité des Libanais.
Où en sommes-nous donc ? « We're on the road to nowhere » chanteraient les « Talking Heads ». Y aurait-il une malédiction qui nous frapperait ? Il y avait pourtant eu la révolution majeure du Cèdre. Le peuple s'était également exprimé à travers des élections législatives, des élections universitaires et syndicales, les ordres de toutes les carrières libérales. N'étaient-ce que gesticulations et inaudibles chuchotements ? Décidément le pays du Cèdre renoue avec ses vieux démons. Se résumerait-il finalement à une simple addition de communautés se répartissant un pouvoir éphémère ? Notre pays serait-il une théorie, une multitude de théories ? Prenons garde à la sanction du peuple - ignoré - face à des visions et des politiques contestées. Elle ferait lever de terribles orages. L'histoire des tyrannies nous enseigne que lorsque le peuple gronde, il est souvent plus tard qu'on ne l'imagine. Nos bouillonnants élus ont le devoir de combattre ce fatal engrenage, la résignation, la passivité qui gagne. Mais le peuvent-ils, le veulent-ils ?
Faut-il encore rappeler que nous vivons dans un environnement régional agressif et contagieux. Sur ces vulnérables terres d'Orient rampe le fléau du fondamentalisme politico-religieux (n'en avions pas eu un sanglant avant-goût à Nahr el-Bared ?). L'islamisme - à ne pas confondre avec l'islam - cherche à revenir à l'interprétation du Coran tel qu'au VIIe siècle et à réunifier la communauté de l'islam sans frontières. Nous vivons sur le volcan, toujours actif, de théologiens hanbalites qui se sont succédé dans une même tradition restrictive des libertés publiques : le Syrien ibn Taymiya, le Saoudien Mohammad ibn al-Wahhab, l'Égyptien Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans en 1928, et récemment les expansionnistes ayatollahs d'Iran. En aucun cas les islamistes ne peuvent accepter que les lois des hommes soient supérieures à celles d'Allah, en réalité à celles qu'ils interprètent à leur convenance et prétendent être les lois d'Allah. Comment donc admettre que des armes de guerre s'ancrent sur notre territoire, aux mains de groupes d'obédiences étrangères en contradiction totale avec notre culture, notre vision, notre démocratie, nos traditions des libertés et de paix ? Cela constituerait une régression suicidaire, un legs monstrueux aux générations futures du Liban. Il faut en finir avec la dictature des armes avant qu'elle n'en finisse avec notre civilisation et notre histoire.
Comment donc arrêter cette interminable descente aux enfers ? À l'évidence, commencer par établir et colmater des frontières demeurées jusqu'à présent élastiques et poreuses. Ramasser les armes de tous les groupements, milices et groupuscules à quelque nationalité ou obédiences qu'ils appartiennent ; seule l'armée de l'État libanais se doit de défendre le peuple et les frontières. Instaurer une neutralité effective, facteur de paix, de stabilité et de progrès pour une région qui en a grand besoin. Enfin construire une citoyenneté nationale contre une citoyenneté communautaire. Nous constatons que durant des siècles, les peuples de notre région n'ont jamais été des citoyens responsabilisés. Il est urgent de faire en sorte que notre citoyenneté devienne transcendantale par rapport à notre appartenance identitaire et communautaire.
Quoi qu'il en soit, ne laissons jamais notre âme pourrir à coup d'espoirs déçus. Toutes ces armes, ces apocalypses qui rôdent, cette régression culturelle sur notre terre de tolérance et de liberté sont un défi écrasant. Nous devons le relever, nous n'avons pas le choix.
Lundi 23 novembre 2009, M. Saad Hariri déclarait : « Je serai le Premier ministre de tout le Liban » : séduisant pléonasme. Vendredi 27 novembre, annonce d'un traité d'entente entre l'État du Hezbollah et l'État du Liban : grave sortie de route.La déclaration ministérielle - accouchée au forceps au prix d'acrobatiques contorsions linguistiques - confirme et légitime la présence d'une Résistance armée indépendante, renvoyant à de lassants dialogues de sourds l'examen d'une « stratégie » pour la défense conjointe du territoire national ; une sorte d'alliance tribale entre d'éventuels belligérants. Le Hezbollah se réduirait-il à une...
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