Mohammad el-Ashry : « On ne peut pas laisser les pays riches prendre toutes les décisions. »
Mohammad el-Ashry, ancien président du Fonds mondial pour l'environnement (GEF) et membre de la Fondation des Nations unies, est un grand expert dans les négociations climatiques. Interrogé par L'Orient-Le Jour, il donne son impression sur les préparatifs en vue de Copenhague.
Comment est-il possible de percevoir les préparatifs dans les pays arabes en vue de la conférence de Copenhague ? « Il y a, selon moi, un manque de coordination au niveau politique, répond M. Ashry. Les questions qui sont débattues ne sont pas simples. Les pays africains se sont entendus sur la marche à suivre. Ici, nous ne l'avons pas fait. Or si nous ne nous mettons pas d'accord sur les options que nous voulons encourager à Copenhague, nous nous retrouverons dans une position réactive plutôt qu'active. »
Dans un tel contexte, par quels moyens les pays arabes peuvent-ils unifier et harmoniser leurs positions en vue de Copenhague ? « Nous avons des ministres de l'Environnement, fait remarquer M. Ashry. Ce sont eux qui se feront représenter au sommet. Ils devraient se réunir sans plus tarder et demander l'avis de spécialistes de la question. Ils doivent discuter de ce qu'ils veulent de ce sommet, des options qu'il faut encourager et qui seraient dans l'intérêt de leurs pays. Ils doivent aussi décider des engagements qu'ils sont prêts à prendre. On ne peut pas laisser les pays riches prendre toutes les décisions. Les pays arabes ont un rôle à jouer. »
Que pense-t-il des perspectives de Copenhague, qui semblent assez incertaines actuellement ? Doit-on s'attendre à un deal global et contraignant ? « Je ne le crois pas, dit-il. Même le représentant du ministère danois des Affaires étrangères (au congrès du Forum arabe pour l'environnement et le développement, AFED, qui s'est tenu la semaine dernière) l'a clairement reconnu. Pour ma part, j'avais cette impression depuis un an. Le grand deal auquel nous aspirons tous ne sera pas atteint, à cause des États-Unis. Si leur Sénat n'adopte pas la loi sur le changement climatique, le président Barack Obama ne pourra pas s'engager sur une autre voie au sommet. Cela n'aura simplement pas lieu cette année. Nous savons désormais que ce sera une approche en deux étapes, et c'est ce que j'avais moi-même suggéré il y a plus d'un an. Ce qu'il faut espérer d'ici à Copenhague, c'est un accord plus politique, avec la perspective d'entamer directement après le sommet les négociations autour d'un accord plus vaste, qui serait alors contraignant d'un point de vue légal, dans le courant de 2010. »
Au cours d'une intervention ultérieure au congrès de l'AFED, M. Ashry a rappelé que lors du Forum économique dans la région de l'Asie-Pacifique, il a été clairement dit que « Copenhague n'est plus une fin en soi, et les discussions continueront en 2010 ». Il a souligné que les Chinois et les Américains ont pris de nouveaux engagements, même s'ils ne sont pas chiffrés pour l'instant, que la Chine et l'Inde ont signé un accord sur le changement climatique, et que les pays africains sont désormais unis sur la question. Il a estimé qu'il serait bon pour les pays arabes d'élaborer une vision régionale commune avant le sommet de Copenhague.
S.B.


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