« Al-Nizam Minal Imane » (« l'ordre public est un acte de foi »). C'est le ton qu'a voulu donner le Hezbollah à sa nouvelle campagne sur le respect de l'ordre public, ciblant principalement les résidents de la banlieue sud. La campagne, qui interpelle le citoyen en sollicitant la dimension spirituelle et religieuse, entend également s'adresser aux laïcs et aux non-croyants, en mettant en avant tout un lot de valeurs humaines et civiques. Le parti de Dieu espère ainsi parvenir à imposer le respect de l'ordre et de la loi, mais aussi à susciter une prise de conscience des dangers de la drogue et de la criminalité en général.
Lancée officiellement au début du mois en cours, la campagne vise une multitude d'objectifs civils à atteindre dans cette partie de la ville qui échappe, depuis longtemps, à l'autorité de l'État. Il s'agit clairement d'une nouvelle politique de la main tendue aux autorités locales et aux forces de l'ordre, désormais invitées à contribuer à faire régner l'ordre et la discipline sur les lieux et à faire appliquer la loi. Parallèlement, l'État est sollicité à son tour pour s'acquitter de ses obligations envers le citoyen de la banlieue sud, qui se sent délaissé et marginalisé, en matière de services notamment.
Initié par le parti de Dieu, plus précisément par une nouvelle ONG appelée « Kiyam » (valeurs) créée à cette fin, le projet se veut une invitation aux autorités publiques à faire acte de présence dans une zone aux problèmes sociaux et sécuritaires monstrueux, et aux habitants à se plier à un mot d'ordre qui a disparu de leur lexique depuis belle lurette. Les raisons qui ont motivé la mise en place de ce nouveau chantier sont multiples. Elles proviennent cependant d'un facteur principal : l'impuissance ou le refus du parti chiite à gérer, à lui seul, l'accroissement du taux de criminalité et à remédier à ses mobiles socio-économiques.
Éradiquer les vols
et la drogue
Par-delà ses aspects apparents - réglementation de la circulation, élimination des violations administratives et des infractions diverses -, la campagne entend avant tout mettre un terme à la trilogie infernale qui s'est enracinée dans la banlieue sud : drogue, vol et prostitution. Comme l'explique le coordinateur de la campagne, Hussein Fadlallah, les trois crimes « sont intimement liés ».
Une source sécuritaire autorisée confirme cette perception : « Les vols de voitures et la prostitution servent le plus souvent pour monnayer l'achat de drogue. Le cercle vicieux est donc le même et le parti ne peut pas faire face à lui seul à ce phénomène. » D'où la mise en place d'une stratégie de coopération entre les deux parties, afin de venir à bout des mafias qui font désormais la loi sur les lieux.
Pour ce responsable sécuritaire, l'accroissement du taux de criminalité a contribué, avec le temps, à une déstabilisation de la situation sécuritaire, devenue extrêmement précaire dans cette région. Selon lui, le timing de la campagne ne peut être séparé du dernier meurtre qui a eu lieu à Aïn el-Remmaneh et qui a fait une victime innocente parmi la population civile à la suite d'un affrontement qui avait eu lieu avec une bande de jeunes venus de la banlieue sud sur leurs motos. C'est d'ailleurs une des raisons principales qui ont poussé les forces de l'ordre à s'attaquer en premier lieu aux motards en situation irrégulière, confisquant à ce jour près de 1 500 motos dans la banlieue sud.
Pour faire face au fléau de la drogue et de la criminalité qui se sont propagées de manière inquiétante, le parti a conçu une campagne éducative, culturelle et sociale globale, en vue de s'attaquer aux symptômes du problème ainsi qu'à ses origines. Invitant ainsi l'État à collaborer au niveau exécutif, le parti s'est chargé du volet social et promotionnel pour garantir l'efficacité des mesures escomptées.
« L'État était de tout temps présent dans la banlieue sud. Sauf que sa présence était faible et timide », assure M. Fadlallah qui explique que, malgré son influence et sa forte présence sur le terrain, le Hezbollah ne peut pas faire la loi, encore moins l'appliquer, une tâche qui incombe à l'État, dit-il.
L'ordre public contre l'eau et l'électricité
Outre ses aspects purement sécuritaires, la campagne porte également sur les questions d'ordre public général et de développement, telles que la circulation, le respect des propriétés publiques, l'environnement et la discipline. Les feux de signalisation ont commencé à faire leur apparition sur les grands axes de la banlieue sud, une mesure que les citoyens ont accueillie, dans leur grande majorité, avec un certain soulagement.
« Nous n'avons jamais été contre la loi. Au contraire. Nous aspirons tous à l'ordre et à la discipline. Encore faut-il que l'État s'acquitte de ses obligations envers nous, ne serait-ce qu'en nous fournissant nos besoins en électricité », confie Hussein, un habitant de la localité. Même son de cloche chez Adnane et ses compagnons qui affirment être « prêts à respecter l'ordre public, quelles que soient ses manifestations », soulignant cependant qu'ils n'ont pas besoin d'être croyants pour le faire. En contrepartie, ils demandent à l'État de faire ses preuves en matière de développement et d'urbanisme dans une zone qui ploie sous le fardeau de la misère et de la privation.
« Lorsque l'on sait que la banlieue sud, qui regroupe 75 000 personnes sur 28 km2, obtient 20 % seulement de sa consommation en eau et qu'elle bénéficie de 10,5 % du courant électrique distribué, l'on comprend plus facilement la réticence de certains à se plier à nos appels à l'ordre public », souligne M. Fadlallah.
Mais le parti de Dieu est bien conscient de cette équation. En concevant sa campagne, il savait pertinemment qu'il lui sera très difficile de demander aux habitants de réagir positivement à la campagne « si l'État n'est pas prêt de son côté à résoudre deux problèmes vitaux majeurs : l'électricité et l'eau ».
Ainsi, et bien avant le lancement officiel de la campagne, les responsables du parti chiite ont effectué une tournée auprès des ministères concernés, sollicitant leur collaboration à plusieurs niveaux. Résultat pratique : l'EDL s'est engagée à installer une station de transformation du courant pour la banlieue sud, et l'Office des eaux à accroître le volume d'eau destiné à cette région.
En même temps, l'ONG « Kiyam » a mis en place des séances d'éducation et de formation du citoyen visant notamment à les sensibiliser à la rationalisation de la consommation et à leurs devoirs civiques de citoyens. La promotion fera bientôt son entrée dans les écoles avec la contribution et l'appui du ministère de la Culture.
La campagne comprend également un volet relatif à l'environnement et à l'urbanisme, prévoyant notamment un plan global pour mieux réguler le trafic, des projets d'embellissement et de nettoyage des lieux publics ainsi que la création de parkings pour décongestionner les lieux.
C'est dans ce cadre précis qu'a été lancée, il y a deux jours, la campagne de suppression des empiètements sur les lieux publics, une mesure prise par les municipalités, en collaboration avec les forces de l'ordre.
Pour le Hezbollah, le message est clair : tout en affirmant vouloir consacrer le rôle et la place de l'État dans la banlieue sud, le parti chiite entend se charger de la tâche de « préparer les esprits » à cette nouvelle étape qui devrait, en principe, augurer du retour de l'État de droit. Des vœux on ne peut plus louables qui restent à démontrer sur le terrain.


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