Les économistes tablaient sur une croissance du produit intérieur brut (PIB) japonais de 2,4 % en rythme annuel au troisième trimestre. Celle-ci s'avéra finalement deux fois plus importante. Ces mêmes spécialistes pronostiquaient un excédent commercial de 460 milliards de yens (3,4 milliards d'euros) en octobre, qui a dépassé les 800 milliards (près de 6 milliards d'euros), aidé par la baisse des importations d'hydrocarbures et de ressources naturelles.
À l'aune de ces récentes données, le Japon semble, sinon sorti de la crise, du moins sur la bonne voie. « Il ne fait pas de doute que l'économie japonaise est en train de se redresser grâce aux exportations », analyse Naoki Murakami, économiste chez Monex Securities.
Le cercle vicieux de la déflation
Pourtant, le gouvernement a tiré la sonnette d'alarme la semaine dernière en proclamant la déflation, un cercle vicieux qui entraîne les entreprises dans une course au moindre coût, ruine leurs bénéfices, freine leurs investissements, bloque la progression des salaires et incite les consommateurs à sans cesse rechercher les plus bas prix. « Grâce aux exportations, les fondamentaux de l'économie japonaise tendent à s'améliorer, mais il est difficile de dresser un tableau de l'avenir, compte tenu des incertitudes sur la politique économique intérieure », observe Nobuhiko Kuramochi, analyste de Mizuho Securities.
Au grand dam du gouvernement de centre-gauche conduit par Yukio Hatoyama qui ne veut plus que l'archipel soit tributaire de l'étranger, la vitalité de la deuxième puissance économique mondiale dépend pour beaucoup de celle de ses principaux partenaires commerciaux : les États-Unis encore certes, mais aussi, et de plus en plus, la Chine et d'autres pays voisins. Alors que les exportations d'automobiles, d'équipements électroniques et autres produits nippons vers l'Amérique du Nord se sont effondrées depuis un an, particulièrement au cours du premier semestre 2009, celles vers la Chine ont dévissé dans des proportions moindres.
Du coup, la Chine, qui jouit d'une robuste croissance, est devenue le premier partenaire commercial du Japon depuis le mois de février. « Nous avons vu repartir les commandes de dalles d'écran à une cadence inespérée à partir du printemps », se félicitait il y a quelques semaines Mikio Katayama, directeur général du groupe d'électronique Sharp, spécialiste des téléviseurs à écran à cristaux liquides. Conscients que les clients américains ne se remettraient pas à consommer à tout-va avant longtemps, si tant est qu'ils recommencent un jour, les industriels japonais ont commencé à implanter de solides bases commerciales en Asie, une zone géographiquement et culturellement proche qui offre un potentiel de clientèle inédit. De plus, cette région demeure pour le Japon une plaque tournante, qui profitera aussi, le cas échéant, d'une reprise en Occident du fait de la répartition du travail en Asie.
Les entreprises de l'archipel ont en effet conservé sur leurs terres des usines de composants-clés et pièces de bases à haute valeur ajoutée qu'ils exportent en Chine, à Taïwan ou en Malaisie, où ils sont intégrés dans les produits finis. Ces derniers, assemblés à bon prix, alimentent les marchés locaux, sont réimportés au Japon, ou bien expédiés dans des contrées plus éloignées. Les mesures de soutien à l'économie dans les différents pays, dont les États-Unis et la Chine, aident les exportations japonaises et cela devrait favoriser l'activité au quatrième trimestre, espère Takuji Aida, de UBS Securities.


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