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Liban - Éclairage

Incroyable mais vrai : l’État victime des caprices de simples commis de sécurité !

Dans un pays aussi fantaisiste que le Liban, ce n'est pas une première. On se remémore, entre autres, le refus d'un commandant en chef de l'armée de répondre à la convocation du Conseil des ministres en décembre 1968, quand les Israéliens avaient détruit 13 appareils de la MEA. Mais cette fois, la tragi-comédie met un ministre au bord de la démission et dure depuis trois ans. Trois ans de conflit aigu, politisé en filigrane, entre un subordonné, le général Antoine Chaccour, chef du corps de la gendarmerie, et son supérieur, le général Achraf Rifi, directeur général des Forces de sécurité intérieure. Trois ans que ce dernier n'arrive ni à se faire obéir ni à écarter le récalcitrant. Qui a reçu, soulignons-le, l'appui déclaré des prosyriens.
Le scandale, jusque-là contenu en restant ignoré, ou négligé, par les médias, a éclaté quand les organes opposants ont cru nécessaire d'étaler au grand jour les disputes, au sein du conseil de commandement des FSI (qui ne se réunit plus), sur des promotions et des permutations internes. L'effet de cette querelle altère beaucoup le climat de détente, notamment entre Saad Hariri et les fractions opposantes, généré par la mise en place du cabinet dit d'union. Chacun se sent forcé de prendre parti, pour le camp de Rifi ou le clan de Chaccour. Et l'on se retrouve presque dans la bataille des tranchées antérieure opposant le 14 Mars au 8 Mars.
Situé au centre, le ministre compétent, Ziyad Baroud, en charge de l'Intérieur, a naturellement tenté d'initier une trêve entre les protagonistes en uniforme pour traiter le différend dans le calme. Mais Rifi et Chaccour ont rejeté ses invites. Sans qu'il y puisse rien, même sur le papier : le gouvernement, qui bute toujours sur l'élaboration de la déclaration ministérielle n'est encore investi d'aucun pouvoir de roulement, n'ayant pas obtenu la confiance de la Chambre. Baroud a donc décidé de bouder, de garder ses pénates, de ne se rendre ni aux réunions du comité de rédaction, dont il fait partie, ni à son bureau ministériel. D'ailleurs, il a fallu beaucoup d'efforts, notamment présidentiels, pour le dissuader de démissionner.
Ce qui, évidemment, aurait posé beaucoup de problèmes, ponctuels ou à terme. Comment aller de l'avant, politiquement, avec un gouvernement dont un membre majeur rend son tablier si tôt ? Puis, comment bien préparer des municipales, dossier dont Baroud est le meilleur connaisseur ? Enfin et surtout, comment entreprendre à l'Intérieur ces nécessaires réformes qu'il comptait enclencher dès que le gouvernement aurait obtenu la confiance et dont il détient également le secret ?
Le ministre n'admet pas ce qui se passe. Il refuse le noyautage politicien de ses services. Le personnel se trouvant gravement intoxiqué, manipulé, par les infiltrations d'influences opposées. Autrement dit, nombre d'officiers et d'agents se retrouvent mobilisés pour servir les intérêts de parties politiques déterminées, bien plus que pour servir l'État. Sans compter que, dans un tel climat, les fonctionnaires sont, naturellement, bien plus malléables à la corruption. Pour le ministre, l'Intérieur doit être totalement nettoyé de toute compromission politique ou politicienne. Surtout au niveau des forces de sécurité, police ou gendarmerie, qui sont au contact quotidien de la population sur l'ensemble (ou presque...) du territoire national. Leurs agents ou officiers devant donc servir uniquement la loi et les citoyens. Or ces agents, ou officiers, par suite de la paralysie du commandement, ont nettement tendance à se relâcher ces derniers jours. Comme on peut aisément le constater au niveau du contrôle du trafic routier ou de la prévention de la criminalité ; l'exemple le plus malheureux, et le plus significatif, restant ce sous-officier abattu récemment au Metn par un malfaiteur qui venait de cambrioler sa demeure.
Mais quelle solution peut-il y avoir quand l'autorité politique légale, et régulatrice, n'est pas en mesure de s'exercer ? Des sources proches de l'Intérieur répondent que c'est le parquet militaire qui aurait dû intervenir, et trancher. Car il est justement chargé de veiller à l'application des règles interdisant à la fois les conflits entre officiers et leur diffusion médiatique.
À ce propos même, les sources informées, proches de l'Intérieur, se montrent conséquentes avec elles-mêmes, en refusant de livrer des détails sur le conflit entre les deux généraux, et entre leurs supporters respectifs au sein des FSI. Cependant, d'après ces cadres, le ministre s'étonne que Rifi n'ait pas suivi le conseil qu'il lui avait donné. À savoir, geler les décisions administratives notoirement susceptibles de braquer Chaccour, jusqu'à ce que le différend, vieux de trois ans, ait été réglé. Cela étant, le directeur général des FSI, ajoutent ces sources, a sans doute fait montre de peu de souplesse, mais en restant, légalement, dans son droit.
D'autant que, toujours selon les mêmes sources, le comportement constant de Chaccour s'assimile à de l'insubordination caractérisée, sinon à de la mutinerie. Sous prétexte qu'à son sens les directives et ordres de Rifi étaient entachés d'illégalité, il refusait de les appliquer. Il renvoyait ainsi, systématiquement, sans même en prendre connaissance, les consignes adressées par le biais du courrier (circulaires) transmis par le bureau de communication des FSI, dont il boudait les réunions du conseil de commandement.
Baroud avait voulu convoquer les deux officiers en conflit à son bureau. Et il a pris quelques mesures techniques, mais elles ont été immédiatement révélées, pour être critiquées. Ce qui incite beaucoup d'observateurs à estimer qu'à travers l'exploitation du différend Rifi-Chaccour, c'est le ministre Baroud qui est visé. Non pour sa personne, ou son affiliation centriste, mais parce que, sous son règne, l'Intérieur a des chances de devenir un instrument efficace dans le combat pour l'émergence d'un État libanais digne de ce nom, indépendant et fort.
C'est bien pourquoi, du reste, l'intéressé refuse qu'on règle le problème occurrent par des accolades. Il tient aux réformes et à la batterie de mesures correctrices qu'il a en vue. Un objectif qu'il compte atteindre en misant sur le soutien sans faille du chef de l'État, comme de tous les pôles soucieux d'un Liban souverain.
Sur le plan pratique, tout arrangement pour le cas Rifi-Chaccour ne durerait que le temps, pour Baroud, de mettre en place de nouvelles structures, mieux pensées. Il y aurait un nouveau conseil de commandement. Et, selon certains observateurs, on ferait appel à un magistrat pour prendre la direction générale des FSI afin de mettre à profit son impartialité forcée, comme son sens de l'application de la loi et des règlements, sans discrimination. Parallèlement, certaines prérogatives seraient données au commandant en chef de la gendarmerie, dont la supervision de la sécurité à l'aérodrome de Beyrouth.
Dans un pays aussi fantaisiste que le Liban, ce n'est pas une première. On se remémore, entre autres, le refus d'un commandant en chef de l'armée de répondre à la convocation du Conseil des ministres en décembre 1968, quand les Israéliens avaient détruit 13 appareils de la MEA. Mais cette fois, la tragi-comédie met un ministre au bord de la démission et dure depuis trois ans. Trois ans de conflit aigu, politisé en filigrane, entre un subordonné, le général Antoine Chaccour, chef du corps de la gendarmerie, et son supérieur, le général Achraf Rifi, directeur général des Forces de sécurité intérieure. Trois ans que ce dernier n'arrive ni à se faire obéir ni à...
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