Venu de la bouche d'un homme qui donne forme, en ce moment, à la déclaration ministérielle, le constat est accablant. M. Mitri a jugé qu'il ne faut rien dire qui « élève le niveau d'attente » des Libanais à ce sujet, sans pour autant verser dans le pessimisme absolu.
Le constat en somme est celui auquel sont parvenus tous ceux qui, dans l'histoire du Liban, ont tenté de réformer, de dynamiser ou d'épurer l'Administration. Au préalable, il y faut une réforme politique.
Comme tout le monde le sait, les deux obstacles majeurs qui freinent toute tentative de réforme sont « le confessionnalisme et le clientélisme », a confirmé M. Mitri. Ce fait, a insisté le ministre, est en totale contradiction avec l'accord de Taëf, qui préconise la généralisation du critère de compétence à toute l'Administration, dans le respect du principe de parité entre musulmans et chrétiens, à l'exception des postes de la première catégorie.
« L'accord n'a pas été appliqué », a-t-il dit, précisant que le principe des quotas confessionnels au sein de l'Administration est toujours en vigueur, au détriment de la « démocratie de la compétence » qui devait s'instaurer. « Le problème, a-t-il ajouté, n'est pas seulement dans les quotas, il est aussi dans le confessionnalisme, qui empêche toute reddition de comptes », selon M. Mitri.
Le ministre a lié cet état de fait à un problème encore plus fondamental, celui des armes du Hezbollah. « Le Liban a un problème avec l'application des lois, qui provient du fait que la souveraineté de l'État est affaiblie, à commencer par son droit au monopole de la violence. Cet affaiblissement ouvre la voie toute grande aux interventions au sein de l'Administration », a-t-il conclu.
Chamseddine : « Personne ne veut une Administration »
De son côté, Ibrahim Chamseddine n'y est pas allé par quatre chemins. « Personne ne veut une Administration. Ce qu'on veut, c'est une clientèle » , a-t-il dit, rappelant qu'à son passage au gouvernement, il a vainement tenté de faire approuver en Conseil des ministres un plan de sélection des candidats aux postes de la première catégorie.
Précisant que la vacance au sein des postes de cette catégorie s'élève à 45 %, M. Chamseddine a affirmé que son plan devait permettre de pourvoir à environ 30 ou 40 poste de cette catégorie, mais qu'il a été « rejeté par les grandes forces politiques, qui veulent y nommer chacune sa clientèle électorale ».
M. Chamseddine y a vu une véritable « féodalité politique » exerçant un « pouvoir illégal », tout en espérant que le nouveau gouvernement pourra « y changer quelque chose ».


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