Il y a deux mois environ, j'ai reçu d'une volontaire qui travaille à l'hôpital un message annonçant que l'administration de l'établissement allait les empoisonner, car les gens ont peur des chiens. Pourtant, ces chiens étaient loin de la porte d'entrée de l'hôpital. En fait, ils restaient toujours dans le terrain vague tout boueux supposé servir de parking, mais en fait qui est utilisé par l'hôpital comme dépotoir (toutes sortes de poubelles, y compris seringues, gants...). D'ailleurs, j'ai suivi les travaux de l'hôpital depuis le début (je suis architecte et je passe par là tous les jours en allant au refuge et pour nourrir les chiens). Sous le parking en question, c'est une poubelle. On jetait tout là, y compris les fibres d'isolation pour les gaines de climatisation, le plastic et le reste. Pas très environnemental... Par la suite, ils ont recouvert le tout de remblais.
Ce soir-là, j'avais tardé à mettre à manger aux chiens. Il était 20h quand j'ai terminé mon travail. J'ai alors pris les croquettes, une bouteille d'eau et je suis partie. C'est à une minute de chez moi. D'habitude, ils entendent le bruit de ma voiture et ils accourent. Cette fois-ci, rien. Je vois deux formes inertes, j'approche la voiture pour m'éclairer à l'aide des phares et là, je les vois... Je descends vite de voiture, je les touche, ils sont froids mais pas complètement rigides ; ils avaient dû mourir deux ou trois heures auparavant. Je cherche les autres chiens et je les trouve : ils n'avaient pas pu aller loin. Le poison avait dû être fulgurant. J'ai découvert à côté le sac en plastic noir et à l'intérieur la nourriture : riz, pâtes, viande et poulet, en quantité. Ils avaient dû manger à peine deux ou trois bouchées avant de s'effondrer. Je me suis renseignée : le poison utilisé était probablement de la Lanette, qui tue en quelques minutes. Légalement, il est interdit de l'acheter à moins d'avoir un permis du ministère de l'Agriculture. J'ai pris un échantillon de ce qu'il y avait dans le sac pour le laboratoire et on a brûlé le reste pour éviter que les renards ou d'autres chiens ou chats en mangent. Ces chiens étaient gentils, doux ; ils adoraient jouer et être cajolés. Deux d'entre eux n'avaient que 5 mois.
Cette affaire nous a causé à tous un choc. Autant de cruauté, de méchanceté gratuite ! Le lendemain matin, nous sommes revenus sur les lieux pour prendre des photos de jour et pour les enterrer. Nous avons vu le personnel de l'hôpital qui mettait les chiens dans des sacs-poubelles et qui les jetait dans les bennes de Sukleen. Pauvres bêtes ! Au moins, maintenant, elles sont dans un monde meilleur, là où la cruauté humaine ne peut les atteindre.
Membre fondatrice de l'assocation BETA (Beirut for Ethical Treatment of Animals)


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