Espérons toutefois qu'ils sont vaccinés contre le syndrome de la folie des grandeurs qui a précipité la déchéance de beaucoup en qui nous avions confiance et espoir.
Le Libanais est un éternel grincheux. Même si vous lui donnez la lune et tout ce qu'il désire, il demeure insatisfait, pose des questions auxquelles il est difficile de répondre sauf par un haussement impuissant d'épaules.
N'empêche que c'est de lui-même qu'il trouvera la réponse qui lui convient et brodera dessus comme il l'entend.
C'est de là que naît l'incompréhension et que surgissent les quiproquos. S'ils menaient à une issue cocasse, le mal serait moindre. Il s'agit là non d'affaires domestiques ou personnelles, qui peuvent être réglées entre quatre murs, mais de politique et de bien-être social qui intéressent le pays dans sa totalité.
Toute vérité n'est pas bonne à dire, à certains égards peut-être, mais pour ce qui est du devenir d'une nation, il est nécessaire de le faire, quitte à perdre momentanément l'estime des autres, se faire traiter de tous les noms d'oiseaux. Mais le temps garant de l'histoire est là pour donner raison à ceux qui ont osé dire la vérité, blessante ou crue fut-elle.
Si Samy Gemayel avait voulu il y a deux dimanches, évoquant Anne Frank et armement, ce qui est tout à son honneur, faire de la politique politicienne, il aurait à coup sûr obtenu pour son parti le ministère de l'Éducation.
Plus loin de nous, si Bachir Gemayel, tout à sa détermination à remettre l'État dans le droit chemin, avait atermoyé quelques jours, il serait peut-être encore parmi nous et nous aurait évité ces affreuses années de souffrance - qui sait ?...
Si seulement le président Rafic Hariri avait accepté de suffoquer encore plus sous le poids du joug qui nous pesait tant, il n'aurait pas été assassiné, nous épargnant les sit-in sauvages, menant à terme son œuvre de bâtisseur.
Sans doute faut-il cesser de remuer le passé, mais on ne bâtit pas le présent, et encore moins le futur, en jouant à l'autruche, en occultant les sujets qui fâchent, en faisant semblant qu'ils n'existent pas alors qu'à chaque jour qui passe, ils font plus mal encore.
Et puis, il y a cette déclaration ministérielle qu'on nous promet lisse (cf. L'Orient-Le Jour), c'est-à-dire inodore, incolore, sans saveur, qui peut-être calmera pour un temps et en surface seulement les esprits, alors qu'en profondeur il y a ce volcan qui bout, qui menace de se réveiller à tout instant.
Il faut quand même donner à ces trente ministres le bénéfice du doute. Bien qu'à première vue, ils aient pieds et poings liés par leur anachronisme, comment ces défenseurs d'idées antagonistes peuvent-ils faire avancer la machine, tout en restant loin des problèmes cruciaux pour le pays ?
Quand même, c'est toujours bon à prendre et de loin meilleur qu'un cabinet chargé de gérer les affaires courantes. Il y a tant de postes à pourvoir, un budget à établir, sans compter que les rouages de l'État se sont grippés dans l'attente de cet avènement.
Il n'en demeure pas moins que ce n'est pas sérieux, d'un côté un gouvernement qui en principe fera fonctionner le pays dans un cadre prédéfini, de l'autre des chefs de file qui se réuniront un jour ou l'autre en table ronde pour discuter de sujets tabous, tels le livre d'histoire, l'armement du Hezbollah ou le respect des engagements internationaux.
L'équation ne tient pas la route. Si les chevaliers de la table ronde, à l'injonction des décideurs - ne nous leurrons tout de même pas -, ont mis cinq mois pour nous donner un gouvernement, qui je le réitère est formé de bons éléments, combien de temps leur faudra-t-il pour s'attaquer à ces problèmes vitaux qui empoisonnent notre existence ?
Refileront-ils le bébé aux générations futures et alors qu'en restera-t-il ?
Cadeau empoisonné, probablement : il ne restera à ces générations que les yeux pour pleurer un pays qui tiendra plus de l'asile de vieillards que de l'éden dont nous rêvons, sa jeunesse s'en étant allée voir si ailleurs l'herbe est plus verte.
Pessimiste ? Pas pour un sou, même si ces lignes le reflètent. C'est, bien au contraire, un appel à tous ceux qui aiment ce pays, à tous ceux qui ont respiré à pleins poumons ce vent de liberté et d'indépendance qui a soufflé un 14 mars, afin qu'ils n'en dilapident pas les acquis.
Certainement qu'il y en reste encore.
Conseiller municipal de Beyrouth


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef