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Liban - Éclairage

Le coup de théâtre du minisommet : fin d’un chapitre, début d’un autre

Sur le moment, l'entrevue de 90 minutes entre les présidents Michel Sleiman et Bachar el-Assad, à Damas, en a surpris plus d'un à Beyrouth. Mais nul, aujourd'hui, n'est vraiment à court d'explications, bien que les réserves ne manquent pas. En général, cependant, les professionnels locaux qualifient ces échanges d'indispensables, pour faire le point, après la formation du cabinet Hariri. Comme pour cadrer le voyage d'Assad à Paris, auprès de Sarkozy, en ce qui concerne ce dossier libanais qui conditionne beaucoup les relations syro-françaises.
Du reste, Baabda avait annoncé antérieurement une tournée arabe débutant par Damas. Le but ponctuel étant de recueillir avis, positions et sujets à défendre à l'ONU, où le Liban, en siégeant durant l'exercice 2010-2011 comme membre non permanent du Conseil de sécurité, représentera le monde arabe.
Mais, bien évidemment, c'est le volet interne qui prend le pas dans le dialogue avec la Syrie. On sait que ce pays a donné un sérieux coup de collier dans l'affaire de la formation du nouveau cabinet libanais, en portant ses fidèles du cru à mettre de l'eau dans leur vin. Émissaire du Liban officiel, le directeur de la Sûreté générale, le général Wafic Jezzini, en avait récemment transmis les souhaits à Damas.

Les loyalistes
Mais revenons aux réactions enregistrées ici après la rencontre Sleiman-Assad. Les loyalistes s'étonnent, et s'inquiètent, du manque de transparence du régime à leur égard. Ils indiquent qu'ils ne sont pas plus informés du résultat du minisommet qu'ils n'avaient été prévenus de sa tenue. Il leur semble suspect qu'on veuille leur cacher des choses, alors que, dans ce genre d'événements, l'information va de soi. Ils indiquent ne pas comprendre qu'un chef de l'État qui va en rencontrer un autre, donc au nom du pays, un pays composite de surcroît, ne se fasse accompagner par aucun responsable. Ni ne consulte auparavant les parties locales, majorité en tête. Cette démarche à la sauvette, selon leurs termes, est d'autant plus déroutante qu'en bonne logique, c'est une fois qu'Assad aurait vu Sarkozy que Sleiman aurait eu intérêt à le rencontrer. En inversant l'ordre naturel du programme, le président libanais donne, selon eux, l'impression d'avoir mandaté son homologue syrien à Paris. Ou encore de lui avoir donné sa bénédiction anticipée pour toute position qu'il défendrait auprès de Sarkozy au sujet du cas libanais.
Pour les majoritaires, on ne devrait parler avec les Syriens, surtout au plus haut niveau, que tout d'abord, et en toute priorité, sur le lourd contentieux bilatéral. Ce n'est pas en une heure et demie, et sans agenda d'État, qu'on peut discuter du tracé des frontières, en commençant par Chebaa, de leur verrouillage face au trafic d'armes, aux infiltrations ou à la contrebande. Ou encore des bases palestiniennes d'obédience syrienne dans la Békaa. Sans compter le problème humanitaire des prisonniers libanais détenus en Syrie. Et, pour couvrir l'ensemble, en incluant le front du Liban-Sud laissé à moitié ouvert, il s'agit de traiter de l'application par la Syrie de la part qui lui revient dans les résolutions 1559, 1680 et 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU.

Les prosyriens
Bien entendu, c'est un autre son de cloche que les prosyriens font résonner. Ils applaudissent à l'initiative du président Sleiman à tout rompre. Pour eux, il donne un signal particulièrement fort, après la naissance du cabinet, au sujet de la nécessité d'entretenir avec Damas les meilleures relations, compte tenu de son indubitable influence sur la scène libanaise. Ils délivrent donc au chef de l'État un satisfecit bien senti, en affirmant qu'il vient de confirmer une lucidité et un réalisme sans failles. Pour eux, en relançant les Syriens, il met les rapports d'État à État à l'abri des retombées des polémiques sur leur rôle au Liban. Ce qui devrait se traduire par une poursuite de la ligne d'assistance constatée lors des tractations précédant la mise en place du nouveau cabinet.
Toujours est-il que, malgré le black-out entourant le minisommet, des observateurs avertis croient savoir qu'il a essentiellement porté sur les points bilatéraux énoncés dans le communiqué final de la rencontre précédente. Un plan englobant des questions comme le tracé des frontières, les bases palestiniennes ou les prisonniers. Mais dont seul l'échange d'ambassadeurs a été réalisé à ce jour. Sans même qu'il soit statué sur le sort du Conseil supérieur libano-syrien, qui fait double emploi maintenant qu'il y a relations diplomatiques, et de son secrétariat général, basé à Damas. Selon ces sources, les deux présidents auraient passé en revue les mécanismes à mettre en place pour donner corps à la normalisation relationnelle évoquée, maintenant que le Liban dispose d'un Exécutif au grand complet. Mais la situation régionale et internationale n'aurait pas été ignorée non plus, surtout qu'Assad devait en parler avec Sarkozy. Le Liban réaffirme qu'il serait le dernier à signer la paix avec Israël, qu'il ne souhaite pas se joindre aux négociations israélo-syriennes tant qu'elles restent indirectes, qu'il est pour l'initiative arabe de 2002 et qu'il milite pour une solidarité arabe complète. Pour finir, ces sources démentent qu'en se rendant à Damas, le président Sleiman ait voulu y préparer la visite de Hariri.
Sur le moment, l'entrevue de 90 minutes entre les présidents Michel Sleiman et Bachar el-Assad, à Damas, en a surpris plus d'un à Beyrouth. Mais nul, aujourd'hui, n'est vraiment à court d'explications, bien que les réserves ne manquent pas. En général, cependant, les professionnels locaux qualifient ces échanges d'indispensables, pour faire le point, après la formation du cabinet Hariri. Comme pour cadrer le voyage d'Assad à Paris, auprès de Sarkozy, en ce qui concerne ce dossier libanais qui conditionne beaucoup les relations syro-françaises.Du reste, Baabda avait annoncé antérieurement une tournée arabe débutant par Damas. Le but ponctuel étant de recueillir avis, positions et sujets à défendre à...
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