Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Échos De L’Agora

Épitaphe pour une démocratie défunte…

Un gouvernement libanais vient de voir le jour ! Nul ne s'est trompé quant à l'insignifiance locale d'un tel non-événement. Nous avions pris l'habitude, certes malsaine, de nous voir arroser de feux d'artifice ; d'être blessés, voire tués inopinément par des balles perdues que distribuent les tirs de joie de militants exaltés. Cette fois-ci, un silence sépulcral a accompagné l'annonce de la formation d'un gouvernement au Liban. Certes le blocage institutionnel, sciemment et consciemment entretenu, a enfin été levé, mais cela ne réjouit que ceux qui ont su imposer leur volonté par le coup de force, le chantage à la sédition ouverte ou, carrément, par le biais du banditisme institutionnel.
On attendait un gouvernement par la grande porte de la démocratie, au lendemain des législatives. Il vient d'émerger des entrailles épuisées d'un cadavre en sursis : l'État libanais. Nul ne se réjouit de voir la fièvre d'un malade atteint de malaria tomber entre deux accès fébriles. Il serait risible et grotesque d'oser imaginer qu'un sidéen peut être guéri de son sida si, d'aventure, sa fièvre tombe après la prise d'un comprimé d'aspirine. De même, il est profondément immoral de se réjouir quand la force armée parvient à annuler la volonté souveraine qu'un peuple a librement exprimée. Certains pavoisent déjà, au nom d'une fallacieuse contrevérité : celle de l'unité nationale qui aurait été sauvée grâce au compromis consensuel. Hélas nul, à part le cardinal Sfeir, n'ose dénoncer l'imposture et la supercherie, qui consistent à faire croire que la démocratie et la force armée illégale peuvent faire bon ménage sous couvert du mensonge d'un consensus tribal. Cela s'appelle tout simplement la loi du plus fort. Elle n'est pas la règle en démocratie, mais dans la jungle, là où les biches et les antilopes sont toujours les victimes des grands fauves prédateurs et de leurs accessoires indispensables, les charognards.

Le sida politique de la Cité
Nicolas Machiavel avait parfaitement compris que la Cité peut être comparée à un corps, un organisme vivant. Il savait combien est fragile le corps politique, au même titre qu'un corps de chair. La Cité, le corps politique, est aussi fragile que la chair. C'est pourquoi l'État s'approprie les attributs de la puissance et monopolise l'usage de la force. L'État veut faire peur, car le jour où le subordonné ne consent plus à obéir aux lois, la Cité ou corps politique cesse d'exister. Ce simulacre par étalage de puissance et dissuasion est à l'État ce que le système immunitaire est à n'importe quel corps de chair. Le sida, ou syndrome d'immunodéficience acquise, est une situation qui peut servir de grille de lecture à celle actuelle du corps politique libanais. Le système immunitaire du corps politique libanais, la force armée légitime, a été rendu inopérant par l'exercice de violences sournoises venues de l'extérieur mais aussi par l'existence, au sein du corps politique lui-même, de groupes qui s'arrogent indûment le monopole de l'usage de la force au nom de leurs intérêts factieux.
Si l'immunodéficience, dans le sida, est due à l'action d'un agent extérieur, il existe néanmoins dans la clinique humaine des tableaux semblables où le corps du malade fabrique des anticorps contre lui-même ou auto-anticorps. Telle est une des fonctions des armes du Hezbollah qui, depuis le 7 mai 2008, sont dirigées contre la population et les institutions civiles libanaises.

Pour qui sonne le glas ?
Machiavel était obsédé par cette fragilité intrinsèque du corps politique. Comme toute chose en ce monde, la Cité est appelée à ce qu'il nomme la « corruption des cités ». Cette corruption doit être entendue non au sens moral, mais au sens du déclin du principe fondateur qui mène à une fin inéluctable. La mort du politique n'est pas une disparition dans le néant, mais une décomposition, un délitement de la cohérence interne de ce corps particulier. « C'est particulièrement vrai dans la corruption des cités : leur disparition signifie leur asservissement par d'autres, donc le règne d'une domination et d'une violence sur leurs propres principes organisateurs. » ( P. Valadier ).
Un gouvernement vient d'être installé au Liban selon un processus éminemment violent, car il piétine la cohésion interne et réduit à néant la crainte que l'État est supposé inspirer à ses subordonnés. Et le consentement de ces derniers à obéir.
Que nul ne se réjouisse de ce non-évenement, car le Liban bon-enfant, celui de la démocratie et de la douceur de vivre, est à l'agonie. wwQu'est-ce qui émergera de ses cendres ? On voit déjà poindre la tête de l'enfant : l'ordre totalitaire et liberticide d'un pouvoir originaire, c'est-à-dire un pouvoir qui ne supporte aucun autre ni à côté ni au-dessus de lui, mais uniquement à son service.
Un gouvernement libanais vient de voir le jour ! Nul ne s'est trompé quant à l'insignifiance locale d'un tel non-événement. Nous avions pris l'habitude, certes malsaine, de nous voir arroser de feux d'artifice ; d'être blessés, voire tués inopinément par des balles perdues que distribuent les tirs de joie de militants exaltés. Cette fois-ci, un silence sépulcral a accompagné l'annonce de la formation d'un gouvernement au Liban. Certes le blocage institutionnel, sciemment et consciemment entretenu, a enfin été levé, mais cela ne réjouit que ceux qui ont su imposer leur volonté par le coup de force, le chantage à la sédition ouverte ou, carrément, par le biais du banditisme institutionnel.On...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut