Tout d'abord, il nous est difficile de souscrire à l'appellation de gouvernement d'union nationale, lorsque l'on constate que l'ex-majorité - pourtant plébiscitée dans les urnes - n'y tient finalement qu'une place de figurant. Ce fameux 14 Mars du peuple libanais, longtemps battu en brèche, a finalement été battu tout court. Ce gouvernement consacré la prééminence d'une opposition soutenue par des puissances régionales antinomiques à notre culture et notre vision de l'avenir. Nul n'ignore que M. Walid Joumblatt - et bien entendu son groupe - a rejoint (pour le moment) les forces de l'ex-opposition. M. Saad Hariri a de son côté choisi de traiter la représentativité chrétienne avec le général Aoun prioritairement et s'est montré - injonction ou recommandation - particulièrement réceptif aux caprices, peu constitutionnels, du Général et de ses alliés (qui ne l'avaient même pas désigné pour Premier ministre). M. Hariri est même remonté à Rabieh pour « réceptionner » la liste des ministres aounistes.
En outre, la déclaration ministérielle semble devoir rester, comme d'habitude, pleine d'ambiguïtés et d'équivoques. Qu'en est-il de l'arsenal du Hezbollah qui nous prend en otage, comme de toutes les armes existantes dans les camps palestiniens sur un territoire prétendument libanais aux frontières élastiques et poreuses ? On reparle de chimériques concertations, de dialogues, de tables où l'on tourne en rond. Avec qui ? L'Iran (qui fantasme sur une frontière avec Israël et une ouverture sur la Méditerranée) ? La Syrie (hantée par son rêve hégémonique libanais et son obsession du jugement d'un tribunal international - bien léthargique -) ? Les représentants des organisations palestiniennes (d'obédiences pernicieuses et contradictoires) ? Ou d'autres intervenants « désintéressés » ? Cherche-t-on réellement à établir un État de droit ? Mais un État qui transige, louvoie et discute de ses droits légitimes et fondamentaux est un État qui n'existe déjà plus. Éternel retour au pays de l'esbroufe, de la dérisoire démocratie consensuelle, de la régression.
Il y a aussi et surtout un sujet très grave et particulièrement angoissant sur la place réelle des chrétiens dans cette peu reluisante cuisine gouvernementale minée par les compromissions. Ils se retrouvent en état de mortelle division grâce à un narcissique taraudé par sa quête obsessionnelle du pouvoir et - comble - s'autoproclamant patriarche des chrétiens. Les chrétiens et les Libanais ne reconnaissent qu'un seul patriarche : le cardinal Nasrallah Sfeir - conscience du Liban -, patriarche maronite d'Antioche et de tout l'Orient, dont le siège est à Bkerké et qui a autorité sur plus d'un million de fidèles au Proche-Orient et plus de deux millions dans les diasporas d'Europe, d'Australie, du Canada et d'Amérique.
Nos patriarches ont toujours été les protecteurs du Liban et des chrétiens. Ainsi donc avec le « diviseur » de la chrétienté, nous nous retrouvons exsangues face à un immense danger dont pâtirait cet Orient à la dérive, livré au fanatisme et à la violence.
Faut-il rappeler que les chrétiens sont là depuis toujours, depuis près de deux mille ans, l'islam n'ayant atteint les pays du Proche et Moyen-Orient que six siècles plus tard ? On oublie un peu trop vite que le christianisme est né en Orient et qu'il s'y développait bien avant que l'Europe ne devienne chrétienne. Le Christ était un habitant de la Palestine, de ce que les géographes appellent précisément le Proche-Orient. Les sources du christianisme sont incontestablement orientales, et une grande partie de son histoire se déroule entre les rives du Bosphore, du Tigre et du Nil. C'est à Tarse, en Asie mineure, au Concile de Nicée en 325, que fut rédigé le « Credo », document de base de la foi chrétienne.
Ces indispensables rappels sont faits pour réfuter les mensonges constamment débités par les christianophobes sur un christianisme importé d'Occident. Nous nous devons d'ajouter, pour respecter la mémoire de l'histoire, que la survie des chrétiens du Liban a été jalonnée de persécutions, de massacres et d'exodes, comme dans tout l'Orient (Palestine, Irak, Égypte, Syrie, Turquie, Nigeria...). C'est donc d'un triste passé d'outrances contagieuses que vient notre insistance à ne laisser aucune arme de quelque nature que ce soit entre les mains de groupements, de partis ou d'individus sur un territoire-poudrière, fanatisé à l'extrême et particulièrement perméable aux « voix divines ».
Le Liban ne retrouvera sa vocation, sa raison d'être, que s'il reste, dans une neutralité positive - acteur et non plus spectateur -, le creuset où doivent se rencontrer dans la diversité, le respect et la paix, les trois religions monothéistes, toutes égales en droit et devoirs. Nous nous devons d'être le modèle à suivre par les pays qui nous entourent, bâtis sur le fanatisme, le racisme, la violence et tentés par le terrorisme. Et quel meilleur interlocuteur pour les peuples d'Orient et d'Occident qu'un Liban repensé, retrouvant son identité, riche de ses différences et de son histoire, assumant pleinement son rôle dans l'indispensable dialogue des civilisations et des cultures.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef