Jean-Claude Boulos, plus connu sous le nom de JCbé. Photo Michel Sayegh
Un nostalgique qui a accumulé dans sa mémoire, comme des archives télévisées, non seulement ses souvenirs personnels, mais aussi ceux de toute une époque, aujourd'hui tristement révolue. Une certaine idée du Liban, développée dans La télé quelle histoire ! paru en 1996. Ces années enchantées où la télévision débutait, où le paysage artistique s'émancipait et la parole prenait toutes les libertés. « Le désappointement de constater les changements à venir a commencé le jour où le tramway a été supprimé, dans les années 60, précise-t-il. Il représentait un lien entre les Libanais de toutes les catégories sociales et de toutes les communautés. » Après viendront les guerres, les politiques politiciennes, une télévision nationale abandonnée à l'oubli, et des déceptions dont il parlera dans La télé quel enfer ! en 2007.
Un coffret de souvenirs
Dans ces huit volumes de Recueils, comme autant d'albums souvenirs préfacés par ses enfants et par les amis et collaborateurs - Mona Béchara, Michel Eddé, Ghassan Tuéni, Jacques Bille et Abdallah Nabbout, Alexandre Najjar et Stavro Jabra -, ce sont tous ces écrits cachés puis retrouvés, des poèmes, des articles de presse, « tout ce que j'ai rédigé dans ma vie, au crayon, dans des cahiers, sur des bouts de papier, dans la presse », qui ont été recopiés, corrigés et réunis. « En 2003, ayant un peu plus de temps, en triant tout ce passé, j'ai pensé que je devais faire acte de ce témoignage. » Au vu de la quantité de textes, JCBé prévoit d'abord un livre, puis deux, puis plusieurs. Ils seront huit au total. Un coffret de mémoire, plus de 2 000 pages de lecture et 300 photos prises entre 1947 et 2008, « incontestablement à la portée du public, poursuit-il. À 75 ans, et après avoir eu quelques problèmes de santé, j'ai pensé que si je ne le faisais pas maintenant, je ne le ferais jamais ». Le Théâtre de Dix heures, les Pointes du Cactus, Nahar arabe et international, Mes Magazines, À quoi ça rime ?, Bande, Humour et Cie, nouvelles (et) anciennes et Un blagueur sachant bloguer ressemblent à 8 chapitres de la vie d'un ingénieur reconverti grâce à son talent en homme de mots, homme des médias, (il a collaboré avec Cactus, an-Nahar arabe et international et Magazine), de la publicité, de la télévision qu'est Jean-Claude Boulos. Son préféré ? « Certainement celui qui concerne le Théâtre de Dix heures. Ce théâtre, qui a été aussi l'histoire de l'amitié d'un groupe, m'a donné le plus de pouvoir de m'exprimer, et cela durant de longues années. Il m'a permis de sauter à la presse écrite et m'a donné la preuve que j'étais polyvalent. »
Dans une conférence de presse qu'il a donnée le 4 novembre, Jean-Claude Boulos a tenu à revenir sur ce travail de titan, en précisant : « Combien ai-je mis à réaliser ce coffret ? Toute ma vie... et 62 ans d'écriture. » En ce qui concerne ses projets futurs, il répond : « Un quatrième enfant ! » Et, plus sérieusement : « Mon blog démarré en 2007, un cadeau d'anniversaire de mes enfants, qui a reçu le Web award et qui a recueilli plus de 500 000 visiteurs, m'a fait rentrer de plain-pied dans le XXIe siècle. Écrire au quotidien est une passionnante gymnastique de l'esprit, taper au lieu d'écrire, regarder au lieu de réfléchir. Je n'ai plus le droit d'inventer autre chose... »
En conclusion, il est bon d'emprunter les mots de Ghassan Tuéni dans la préface d'un volume : « À cet auteur d'une œuvre qui est un hommage à la liberté de parole, de pensée et d'action ; à cet ingénieur tout court, je dis : "Bravo l'artiste !" »
* Jean-Claude Boulos signera son ouvrage le mardi 10 novembre au Sofitel Le Gabriel Hôtel entre 15 heures et 20 heures.

