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Liban - Social

Perdue au milieu de ses chats, au grand dam de ses voisins

Qui est supposé s'occuper de personnes du troisième âge seules, sans famille proche, en difficulté ? Si l'état de ces personnes les place dans une situation qui pourrait s'avérer dangereuse pour elles et pour leur entourage direct, qui en est responsable ? On ne peut que soulever ces questions en relatant ce cas dramatique dans un immeuble d'Achrafieh.
Une dame que nous appellerons Leila vit, et fait vivre à ses voisins d'un immeuble d'Achrafieh, une situation intenable depuis plus de deux ans. Vivant seule, apparemment sans famille proche, ayant été active dans le passé, elle donne l'impression d'avoir un état mental qui s'est nettement dégradé, même si aucun diagnostic précis n'a pu être effectué jusqu'à présent. Leila a de toute évidence toujours aimé les chats, mais cet amour a pris, depuis deux ans, des proportions quasiment dangereuses pour les bêtes comme pour elle : en effet, elle a pris l'habitude de ramener chez elle un nombre toujours grandissant de matous, vivant, et les faisant vivre, dans un environnement à l'insalubrité croissante. Elle pioche dans les poubelles pour avoir de quoi les nourrir (restes de viande, d'os, etc), et revient aussi avec toutes sortes d'objets (en métal, en plastique...) qu'elle entasse chez elle.
Résultat : une odeur nauséabonde flotte en permanence autour de cet immeuble, dont les habitants sont à bout. L'un d'eux nous a décrit cette odeur comme « comparable à celle qui empeste la ville à chaque fois qu'un navire de bétail accoste au port de Beyrouth, mais en permanence ». Ayant tenté en vain de raisonner Leila, qui se sent agressée quand on lui parle de ses chats, considérant qu'elle est un danger pour elle-même autant que pour les autres, les voisins ont fini par porter plainte au mohafez, qui a transféré l'affaire au départment de santé de la municipalité. Celui-ci a tenté d'intervenir, mais Leila n'ouvre pas sa porte facilement, ni aux responsables municipaux ni même à la police quand celle-ci est appelée à la rescousse. D'ailleurs, l'odeur insupportable fait rapidement fuir les policiers.
En désespoir de cause, un employé de la municipalité fait appel à une association de protection des animaux, pensant, à juste titre, qu'il est plus humanitaire de régler le problème des chats sans heurter les sentiments de la dame, et d'essayer ensuite de trouver une solution plus durable pour elle. C'est ainsi que l'affaire finit aux mains de l'association « Animals Lebanon ». Marguerite Chaarawi, l'un des membres fondateurs de l'association, se rend régulièrement depuis quelques semaines chez Leila, et a déjà réussi à sortir plusieurs chats, soit morts soit très mal en point, ou encore des femelles enceintes. Elle décrit un spectacle apocalyptique à son entrée dans cet appartement.
« L'odeur m'a prise à la gorge dès l'entrée de l'immeuble, raconte Marguerite Chaarawi. Plus je m'approchais du quatrième étage (où vit la vieille dame), plus l'odeur devenait forte. En frappant à sa porte, je savais déjà que je n'allais pas être heureuse de ce j'allais voir. »

Des détritus entassés
Il a fallu du temps à la jeune femme pour gagner la confiance de Leila et entrer dans l'appartement dépourvu de lumière, sans rien qui s'apparente de près ou de loin à des meubles. En effet, dans la paroisse Saint-Joseph de La Sagesse, où on tente de s'occuper tant bien que mal de ce cas social difficile (en allouant des fonds par mois à la vieille dame, notamment), on nous a confié qu'elle n'avait plus ni le courant électrique ni l'eau courante à la maison, ce qui accentue l'état d'insalubrité dangereuse du lieu.
« En entrant par la porte entrebâillée, et alors que l'odeur devenait franchement insupportable, j'ai dû utiliser mon téléphone portable pour éclairer mes pas, poursuit Marguerite Chaarawi. Je me suis rendu compte que la porte ne pouvait pas s'ouvrir complètement en raison des détritus rangés derrière. Il y en a partout : de vieilles bouteilles, des matelas, des meubles usés, des journaux... tous empilés dans ce minuscule appartement. Ce n'est que quelques secondes plus tard que j'ai commencé à remarquer les chats, grâce à leurs yeux qui brillaient à la lumière de mon portable. Bientôt, de timides miaulements se sont fait entendre des quatre coins de l'appartement. »
L'origine de l'odeur n'est pas difficile à déterminer. « Le sol est jonché d'os de poulets, poursuit Marguerite Chaarawi. N'ayant pas de litière (ni de lumière), les chats font leurs besoins partout. La pauvre femme cherche dans les poubelles de quoi nourrir ces chats recueillis dans la rue. J'ai vu deux chatons allaités par leur mère... dans une marmite. L'odeur a fini par me rendre malade, et j'ai dû m'éloigner pour parler davantage avec la femme. »
S'enquérant auprès des voisins, Mme Chaarawi a compris que la dégradation de la situation de Leila s'était accélérée l'année dernière, qu'elle s'était renfermée sur elle-même et ne parlait plus à personne. Une voisine, interrogée par L'Orient-Le Jour, dit que Leila descend quotidiennement dans la rue, et que des dizaines de chats s'attroupent autour d'elle parce qu'elle les a habitués à leur donner à manger. Elle considère ce problème comme un « problème de santé publique » et déclare qu'elle est constamment malade à cause de cette odeur. Habitant juste l'appartement en dessous, elle voit beaucoup de saletés atterrir sur son balcon. Cherchant une solution qui soit juste pour les voisins et humaine pour la principale concernée, cette voisine est heureuse de constater que Marguerite Chaarawi arrive à se faire accepter chez elle.
 
Une solution durable
Une solution, c'est ce que tout le monde recherche. Marguerite Chaarawi a commencé à convaincre Leila de la laisser retirer les chats un à un, et sous divers prétextes, de son appartement. « Ils sont tous très mal en point dans un environnement insalubre, sans compter qu'on n'arrivera pas à convaincre quelqu'un d'aider cette femme si les chats sont toujours là, dit-elle. En entrant dans l'appartement, j'ai repéré seize chats, mais je ne sais pas si c'est tout. J'ai retrouvé, de plus, quatre chats morts et laissés sur place, sous une couverture. Nous les avons retirés et cherchons à savoir la cause exacte du décès. Pour les chats vivants, nous en avons déjà retiré huit, et devons bientôt nous occuper de cinq autres, donc treize en tout. Ils sont en très piteux état, comme le vétérinaire a pu le constater. »
Marguerite Chaarawi veut faire sortir les chats et leur trouver des maisons d'adoption, au Liban ou à l'étranger, le plus rapidement possible. C'est après tout la raison pour laquelle on a fait appel à « Animals Lebanon ». Mais elle ne perd pas de vue le côté humain de cette tragédie. « Je veux aider cette femme, et j'ai déjà commencé à faire appel à des associations sociales, dit-elle. Je suis souvent désemparée, parce que je ne veux surtout pas lui faire de mal. Elle est très attachée à sa maison. Une fois tous les chats placés ailleurs en sécurité, nous allons mobiliser des volontaires pour nettoyer l'appartement. » Les personnes qui ont fait appel à elle à la municipalité se déclarent elles aussi disposées à pulvériser des insecticides dans la maison (pour la débarrasser des nombreux cafards qui y ont élu domicile) et à repeindre les murs, sur des initiatives personnelles.
Cela réglera certainement le problème des voisins, qui souffrent depuis de longs mois. Mais est-ce une solution radicale pour cette pauvre vieille ? Dans la paroisse, où on a souvent essayé de la raisonner sans succès, on pense qu'elle devrait se faire admettre dans une maison de repos où on pourrait prendre soin d'elle. « Si l'appartement est nettoyé, ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle ne ramène des chats chez elle, nous a-t-on souligné. Il faut qu'elle soit soignée et prise en charge par une institution spécialisée. Mais nous ne voulons pas la traumatiser : elle est attachée à sa maison, et il faut un personnel qualifié pour l'en sortir doucement et la convaincre de se faire admettre quelque part. Nous avons consulté une psychologue pour essayer de comprendre les raisons de cette dégradation rapide de sa santé. »
Toutes les parties œuvrant pour résoudre ce problème font donc appel aux ONG spécialisées, ou à tout individu disposé à aider de quelque façon que ce soit. Pour cela, il suffirait d'appeler la paroisse Saint-Joseph au 01-561985, ou Animals Lebanon au 70-223808, ou consulter le site de l'association à l'adresse suivante : www.animalslebanon.org.
Le cas de la femme que nous avons appelée Leila est particulièrement dramatique, mais certainement pas unique. Combien de vieux souffrent-ils de solitude et de délaissement derrière des portes fermées, dans une société où le noyau familial tend de plus en plus à s'effriter ? Quelle est la responsabilité de l'État dans ces cas-là, alliant pauvreté et difficultés sociales, et pourquoi, comme on l'a vu dans cette affaire, c'est l'initiative personnelle et associative seule qui a pris le dessus ? Le laxisme officiel n'a décidément pas de limite...       
Une dame que nous appellerons Leila vit, et fait vivre à ses voisins d'un immeuble d'Achrafieh, une situation intenable depuis plus de deux ans. Vivant seule, apparemment sans famille proche, ayant été active dans le passé, elle donne l'impression d'avoir un état mental qui s'est nettement dégradé, même si aucun diagnostic précis n'a pu être effectué jusqu'à présent. Leila a de toute évidence toujours aimé les chats, mais cet amour a pris, depuis deux ans, des proportions quasiment dangereuses pour les bêtes comme pour elle : en effet, elle a pris l'habitude de ramener chez elle un nombre toujours grandissant de matous, vivant, et les faisant vivre, dans un environnement à l'insalubrité croissante. Elle pioche...
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