Parce que l'Amérique est un pays à l'échelle d'un continent, parce que son système politique est complexe, la tentation est grande de voir l'un et l'autre à travers un prisme qui en rend floues les subtilités. Ainsi, la lutte dans la grande métropole de l'Est n'avait rien à voir avec le combat de chefs qui a eu lieu dans l'État voisin et dans l'« Old Dominion ». Il faut dire que dans l'une comme dans l'autre de ces régions, l'alliance qui avait contribué (exceptionnellement) à porter au pouvoir le successeur de George W. Bush a choisi, cette fois, de retourner à ses anciennes amours républicaines alors que jamais en 150 ans le district new-yorkais n'avait élu un démocrate.
Au soir de la triple consultation, tout le monde s'accordait à reconnaître qu'il était trop tôt pour tirer des plans sur l'avenir. Il est plus simple par contre de porter un jugement, en cette date du 4 novembre, sur la première année du mandat du 44e président yankee. Et d'abord sur son aspect militaire. Voici donc un homme porté à la plus haute charge officielle sur la promesse de mettre fin à la mésaventure irakienne mais qui se retrouve avec, sur les bras, une autre guerre, afghane, ce qui rappelle de fâcheuse manière le dilemme auquel avait dû faire face Lyndon Baines Johnson au Vietnam. Toutefois, là s'arrête la comparaison, car si cette dernière avait coûté à l'Amérique 60 000 de ses boys, l'expédition dans la contrée de l'opium a fait selon un dernier décompte 797 tués. Dans un cas, c'est la marée communiste qu'il importait de contenir et dans l'autre un certain islamisme violent représenté par cette Qaëda qui semble avoir déjà débordé sur le Pakistan - à moins que ce ne soit l'inverse ... - où, selon un dernier sondage, 59 pour cent de la population estime que le plus grand danger provient... des USA. Parce que, plus que son prédécesseur, Obama sait raison garder, il y aurait lieu de prévoir qu'il donnera satisfaction, en partie seulement, aux généraux en envoyant sur place près de 20 000 hommes. Dick Cheney devrait donc contenir son ire, lui qui l'accuse aujourd'hui de « ne pas faire ce qu'il faut » pour garantir la victoire quand, il y a sept ans, il proclamait fièrement que les talibans étaient « out of business ». Note décernée à l'actuel locataire du bureau Ovale : 7 sur 10.
La présente administration peut, par contre, se prévaloir d'avoir réussi à contenir le glissement de l'économie vers l'abîme : les 19 banques en péril ont été sauvées. Nuages à l'horizon : la reprise est lente à venir, le chômage peine à se résorber, quand le projet d'assurance-maladie tarde à voir le jour malgré un forcing qui oblige le président à être constamment sur la brèche pour défendre son programme et un projet de réforme appelé à être approuvé dans sa forme finale en février prochain. Idem pour le texte sur le changement climatique dont le vote au Sénat ne pourra pas intervenir avant la conférence de Copenhague (7-18 décembre). Note : 6 sur 10.
L'abandon du bouclier de missiles en Europe, qui a tant fait grincer des dents certains alliés, pour hâter la fin de la prolifération nucléaire porte la marque d'un homme hautement populaire dans le monde mais contesté chez lui où sa cote est tombée de 69 pour cent à 53 pour cent un an plus tard. C'est vrai qu'il a accepté de transiger sur des points secondaires, mais jamais sur l'essentiel. L'inénarrable Sarah Pailin a beau le dépeindre en, tour à tour, socialiste, stalinien, nazi ; le principal commentateur de la Fox News Channel a beau voir en lui un être fanatique (sic), trop porté sur la rhétorique et pas assez sur l'action, né hors du territoire américain et donc constitutionnellement inapte à être élu président, l'intéressé poursuit, imperturbable, son chemin, convaincu d'être dans son bon droit et confiant en sa bonne étoile. Note : 8 sur 10, malgré les couacs de Guantanamo et du Proche-Orient.
Peut faire mieux ? Certes, comme le pensent ses partisans. Et comme l'appréhendent ses adversaires. Il reste, malgré tout, celui qui a fait bouger les choses et su maintenir la flamme de l'espoir.

