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Nos lecteurs ont la parole

Avec mes plus plates excuses

Par Georges TYAN
Grâce à la technologie, à l'instar de beaucoup de Libanais férus de sport, bien calés dans leurs fauteuils devant leur petit écran, j'ai pu suivre en direct les Internationaux de tennis de Doha et le Grand Prix de formule 1 qui s'est déroulé à Abou Dhabi.
Je ne sais pas si beaucoup comme moi ont failli s'étrangler de jalousie. D'un côté, un match de tennis, sur un court neuf où apparaissait clairement le mot Qatar, tapissé de panneaux ou scintillaient ces mêmes lettres, de façon à affirmer au monde entier, on ne peut mieux, qu'on se trouvait dans ce pays et non à Wimbledon ou à Roland-Garros. De l'autre, un circuit ultramoderne de formule 1, avec de dômes éclairés, des installations aux normes internationales, des stands perfectionnés, une piste large, colorée, sécurisante pour les pilotes, le nec plus ultra en la matière. Nous étions bien à Abou Dhabi et non en France, en Italie ou en Espagne.
J'étais franchement sidéré - admiratif serait plus adéquat - par le niveau de modernisme atteint par ces deux pays qui naguère encore étaient un désert sablonneux et aride. À chaque rebond de la balle de tennis, comme à chaque tour de roue de ces bolides lancés à plus de 300 kilomètres, je me répétais intérieurement : pourquoi pas chez nous, pourquoi pas au Liban ?
Qu'ont-ils de plus que nous, ces pays arabes ? La tenue vestimentaire de Serena ou de Venus Williams choquera-t-elle quelques bigots, ou encore le rugissement des bolides de course va-t-il gêner les tympans de quelques teigneux, pour qui le mot sport sous toutes ses formes rime avec décadence ?
Je n'irais pas plus loin dans mon raisonnement. Les VIes Jeux de la francophonie se sont déroulés chez nous, et avec quel brio, il y  a quelques petites semaines, sans anicroche ; les sportifs et sportives étaient, comme il se doit, en tenue adéquate et personne heureusement n'a trouvé à dire « Cachez ce sein... ».
Peut-être la piste de formule 1 donnera-t-elle du fil à retordre à ses promoteurs : où sera-t-elle construite ? De quel côté de la capitale ou du pays sera-t-elle installée ? Qui en seront les actionnaires ? À combien se chiffrera l'investissement ? Qui va se sucrer au passage avec tous les permis à obtenir en perspective ?
Il s'agit là d'un projet de longue haleine, d'envergure, d'intérêt public aussi et, surtout, il catapultera le Liban, en termes d'image de marque, vers les sphères internationales d'un sport sophistiqué, assurera des emplois, drainera un lot très important de touristes qui, à leur heures perdues, fréquenteront les restaurants et cafés tout en fumant un narguilé nauséabond.
Ainsi tout le monde sera content, y trouvera son intérêt, et en premier l'État, les taxes seront engrangées en fonction de l'augmentation du chiffre d'affaires et des rentrées de tout le circuit touristique appelé à s'épanouir encore plus.
Plaidoyer éminemment ridicule... D'avance je donne raison à tous ces artistes de la politique qui tourneront ces lignes en dérision. Intérêt public, emplois, revenus... Sur quelle planète habite donc ce monsieur qui a l'outrecuidance d'aborder de pareils sujets, bénéfiques pour ses concitoyens et son pays ?
Je présente à tous ces gens-là mes plus plates excuses. Mais comme eux je vis au Liban, pays de 10 452 kilomètres carrés, verdoyant, beau à souhait, où Dieu, dans son empressement à contempler son chef-d'œuvre, n'a pas remarqué le petit lutin véreux qui s'y est glissé en catimini, jurant par tous les diables de la terre de défigurer cette icône.
Je persiste et signe, je ne crois pas que ce qui se passe depuis cinq mois déjà soit signe de sacrifice, de mansuétude, d'altruisme  ou encore en un mot comme en cent d'intérêt public, mais certainement d'intérêts plus que privés qui s'appellent en termes polis égoïsme, mais en apparence seulement.
En termes crus, il s'agit visiblement d'un plan clair, net et précis visant à dynamiter les acquis du mouvement indépendantiste qui a émergé depuis l'assassinat du président Rafic Hariri, de gommer le résultat des élections du 7 juin, pour faire revenir le Liban dans le giron du suivisme aveugle au diktat fraternel syrien et de ses alliés.
Les agissements des derniers mois, les conditions et contre-conditions, les jeux de rôles obstructionnistes, les certificats de probité et les satisfecit unilatéraux ne sont nullement délivrés pour uniquement faire rendre gorge aux soi disants bénéficiaires des largesses d'un peuple plus que spolié, la spoliation ici n'étant plus pécuniaire mais effrontément et honteusement politique.
Mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ! Nous aurons donc probablement à l'usure un gouvernement dans les jours qui viennent ; il ne répondra peut-être pas à nos aspirations légitimes. Toutefois, il est primordial de cesser de tourner en rond et essentiel de briser ce cercle vicieux où nos politiques se sont enfermés.
Dommage quand même qu'il en soit ainsi. Notre démocratie en a pris un bon coup. S'en relèvera-t-elle ? Quoi qu'il en soit, ses chantres devront tirer les conséquences qui s'imposent  et revoir leurs calculs pour les consultations futures.
Espérons toutefois que la préparation de la déclaration ministérielle ne soit pas aussi longue que la gestation. Le pays est exsangue, il ne peut plus fonctionner avec une équipe chargée de gérer les affaires courantes mais qui, en réalité,  joue les filles de l'air, nul n'étant responsable sauf pour la galerie.

Georges TYAN
Conseiller municipal
de Beyrouth
Grâce à la technologie, à l'instar de beaucoup de Libanais férus de sport, bien calés dans leurs fauteuils devant leur petit écran, j'ai pu suivre en direct les Internationaux de tennis de Doha et le Grand Prix de formule 1 qui s'est déroulé à Abou Dhabi.Je ne sais pas si beaucoup comme moi ont failli s'étrangler de jalousie. D'un côté, un match de tennis, sur un court neuf où apparaissait clairement le mot Qatar, tapissé de panneaux ou scintillaient ces mêmes lettres, de façon à affirmer au monde entier, on ne peut mieux, qu'on se trouvait dans ce pays et non à Wimbledon ou à Roland-Garros. De l'autre, un circuit ultramoderne de formule 1, avec de dômes éclairés, des...
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