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Culture - Planches

« Une éternité » au Monnot : l’amitié masculine en huis clos

Sous le label de « Beyrouth, capitale mondiale du livre 2009 », le théâtre Monnot, en partenariat avec le CCF et l'Office du tourisme libanais à Paris, présente, jusqu'au 7 novembre, « Une éternité » du Franco-Libanais Charif Ghattas*.
Dans une planque, trois malfrats guettent nerveusement la sonnerie du téléphone. Ils attendent l'appel du «Vieux», qui leur a commandité le cambriolage d'un tableau au domicile d'un marchand d'art. Un incident ayant eu lieu au cours de l'effraction, ils ont été obligés de retenir en otage la fille du marchand. Le coup de fil du patron, censé négocier la rançon, tarde à venir. L'attente s'éternise. La tension monte. Émile et Papa tournent en rond comme des fauves en cage. Henri qui, blessé au genou, saigne dans la pièce voisine, ponctue le silence de hurlements de rage. La tension est d'autant plus intolérable que, dans une troisième chambre, la jeune fille kidnappée, ligotée au barreau d'un lit, attise les convoitises, les obsessions ou encore les sentiments de chacun...
Dans ce huis clos, à l'univers masculin très instinctif, tout est évoqué de manière sous-jacente: l'amitié entre ces trois hommes, leur fraternité, leurs rapports de domination, de fascination, leur code d'honneur, leurs petites lâchetés, leurs faiblesses, leur pudeur, jusqu'à cet espoir d'amour qui peut les mener à commettre l'irréparable...
Auteur, metteur en scène et - accessoirement - comédien, Charif Ghattas, qui signe et interprète avec Florent Chesné (le très subtil Émile) et Aurélien Rondeau (alias Papa) Une éternité, n'en est pas semble-t-il à sa première création. Ce jeune homme doué a, à son actif, Du vice à la racine, une précédente pièce - sur l'univers carcéral - qui avait fait une tournée de trois ans en France, où elle avait notamment été présentée au Festival d'Avignon en 2004.

Des personnages au regard borgne
Intéressé par les situations d'enfermement et d'urgence, qui engendrent des personnages «au regard borgne, sans recul pour essayer de réfléchir à ce qu'ils sont en train de faire ou de dire, Charif Ghattas aime beaucoup, dit-il, mettre en scène les sentiments d'amitié, d'amour, de fraternité, dans la difficulté, dans des situations où les personnages n'ont pas de porte de sortie». Des thèmes qu'il explore d'une écriture retenue, sans lyrisme ni déversement psychologique, mais qui n'en exprime pas moins, par une alternance de silences, de mots a priori anodins, de bégaiements et de présence physique - et là le jeu d'équilibristes des comédiens est capital! -, toutes les subtilités du cœur humain. Pas mal pour un auteur de tout juste 26 ans! Même si cette histoire d'amitié brisée par une femme est un thème vieux comme le monde. Ou l'éternité...

* Tous les soirs à 20h30. Billets en vente au guichet à 25 000 LL, 15 000 LL et 10 000 LL. Réservations au 01/202422.
Dans une planque, trois malfrats guettent nerveusement la sonnerie du téléphone. Ils attendent l'appel du «Vieux», qui leur a commandité le cambriolage d'un tableau au domicile d'un marchand d'art. Un incident ayant eu lieu au cours de l'effraction, ils ont été obligés de retenir en otage la fille du marchand. Le coup de fil du patron, censé négocier la rançon, tarde à venir. L'attente s'éternise. La tension monte. Émile et Papa tournent en rond comme des fauves en cage. Henri qui, blessé au genou, saigne dans la pièce voisine, ponctue le silence de hurlements de rage. La tension est d'autant plus intolérable que, dans une troisième chambre, la jeune fille kidnappée, ligotée au barreau d'un lit, attise...
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