Dans cette période « grise » et incertaine, les Israéliens songeraient à entreprendre une action qui faciliterait une relance du processus de négociations, à leurs conditions... L'option de l'action militaire contre l'Iran ayant été écartée, il lui reste le choix entre une opération à Gaza ou une autre au Liban. L'attaque contre Gaza étant considérée comme une réédition de celle de décembre dernier et ne pouvant pas aboutir à un changement stratégique dans la situation régionale, c'est l'option libanaise qui serait ainsi retenue, d'autant qu'elle toucherait par la même occasion la Syrie et l'Iran et devrait en principe porter un coup important à l'alliance « démoniaque » pour Israël entre le Hamas, le Hezbollah, la Syrie et l'Iran.
L'écrivain et expert en questions militaires Richard Labévière rapporte qu'une rencontre plus ou moins discrète a eu lieu au début du mois d'octobre entre le chef d'état-major israélien Gabi Ashkénazi et ses homologues américain et français, l'amiral Michael Mullen et Jean-Louis Georgelin, dans le cadre d'une visite-éclair de l'officier israélien en France. Avec son homologue américain, le chef d'état-major israélien a évoqué les préparatifs des manœuvres militaires conjointes américano-israéliennes, qui se sont déroulées à la fin d'octobre et qui sont destinées à renforcer le dispositif de défense israélienne en testant les systèmes antimissiles, impliquant la marine et l'aéronavale ainsi qu'un nouveau système de radar. Avec son homologue français, Ashkénazi a évoqué la situation au Liban, puisque la France y a engagé une force importante dans le cadre de la Finul. Les dossiers syrien et iranien ont aussi été abordés et l'officier israélien aurait assuré à son interlocuteur qu'Israël a renoncé à attaquer l'Iran au moins pour les six prochains mois. Mais il n'a donné aucune assurance du même genre au sujet du Liban. Par contre, les réservistes de l'armée israélienne en France et dans d'autres pays européens comme l'Espagne et l'Italie auraient été rappelés en Israël, selon un calendrier s'étalant de novembre jusqu'à la fin de décembre. À elle seule, cette information pourrait constituer un indice sur la préparation d'une opération militaire d'envergure. Labévière estime à ce sujet que l'option serait sérieusement envisagée, d'autant que l'armée israélienne a une revanche à prendre sur le Hezbollah, après l'échec de l'attaque de 2006, qui visait initialement à affaiblir la formation et à porter un coup fatal à son arsenal. L'expert en questions militaires précise qu'Israël pourrait tenter cette fois une opération par la Békaa-Est, dans la zone considérée comme le ventre mou du Hezbollah et qui en même temps est suffisamment proche de la frontière syrienne pour adresser un message fort aux autorités de Damas. Il s'agirait d'une opération terrestre qui engagerait sur le terrain 120 000 fantassins et nécessiterait un grand déploiement d'artillerie ainsi qu'un millier de blindés. Le plan ne consisterait pas à s'installer dans cette partie du territoire libanais, mais aurait pour objectif d'empêcher le Hezbollah de déployer sa force militaire à proximité de la frontière israélienne. L'opération serait aussi de nature à modifier la donne interne au Liban en affaiblissant l'opposition, modifiant ainsi le rapport de forces entre les deux camps qui ne parviennent pas à s'entendre pour la formation d'un nouveau gouvernement. Labévière révèle aussi que les forces spéciales israéliennes ont été réorganisées et sont engagées dans des programmes d'entraînement intensif dans le secteur des fermes de Chebaa.
Pour les sources diplomatiques, une telle opération pourrait servir de catalyseur pour débloquer toutes les crises en suspens dans la région et pourrait même servir la politique du président Obama qui, pour l'instant, continue de piétiner dans la région et qui a plus que jamais besoin d'une relance du processus de négociation israélo-palestinien. De plus, Israël sait parfaitement qu'en attaquant le Hezbollah, il provoquera, au pire, un tollé diplomatique, alors que les autres options risqueraient d'entraîner des conséquences bien plus graves.
Officiellement, le Hezbollah n'accorde pas beaucoup de crédit à la possibilité d'une nouvelle agression israélienne dans un proche avenir, et ses cadres répètent à l'envi que l'organisation est prête à toutes les éventualités et que le résultat d'une nouvelle agression sera pire pour Israël que celle de 2006. Mais en douce, certaines sources proches du parti se demandent si, quelque part, il ne faudrait pas chercher de ce côté l'explication du retard dans la formation du gouvernement...


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