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Liban

Le président du conseil d’Île-de-France à Beyrouth pour élargir la coopération « décentralisée »

M. Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d'Île-de-France, est arrivé jeudi à Beyrouth où il aura des entretiens avec des responsables libanais dont le président Michel Sleiman qui le recevra vendredi (aujourd'hui) au palais de Baabda.
La région IDF - qui compte 14 millions d'habitants - est la plus grande collectivité territoriale française et une des plus importantes d'Europe. Après la guerre civile libanaise, le conseil d'IDF a été la première collectivité étrangère à manifester sa solidarité avec le Liban par des projets menés principalement dans la capitale, dont le reboisement de la forêt des Pins, l'aménagement de trois bibliothèques municipales (et prochainement un « bibliobus ») et un matériel de mesure de la pollution dans la capitale.
Avec les responsables de la ville de Beyrouth et des cazas environnants, le président Huchon discutera du renforcement de cette coopération française décentralisée dont l'enveloppe budgétaire dépasse déjà 5 millions d'euros.
Dans une interview accordée à L'Orient-Le Jour, le président Huchon dresse un bilan de la coopération avec la ville de Beyrouth et évoque certaines perspectives d'avenir.

Q - Dix ans après la signature du premier accord IDF-Beyrouth, quelle est votre évaluation du bilan de cette coopération ?
R - « Cette coopération entre la Région Île-de-France que je préside et la ville de Beyrouth est tout à fait singulière. Elle est de loin la plus importante des coopérations conduites par une collectivité territoriale française au Liban et elle est également devenue la plus importante conduite par la Région à l'étranger. Elle se distingue tant par son antériorité que par sa continuité et, je l'espère, la qualité de ses résultats.
« Tout d'abord, je voudrais rappeler que Beyrouth n'oublie pas que la Région a été la première collectivité française à manifester sa solidarité avec le Liban, à la fin de la guerre civile. Aujourd'hui, au-delà du rayonnement international et de la solidarité de l'Île-de-France, être durablement présent au Liban est avant tout pour moi un geste politique au sens fort. C'est ainsi qu'au cours des dix dernières années, la Région Île-de-France a consacré à sa coopération avec Beyrouth plus de 5 millions d'euros pour la réalisation de différents projets (appui institutionnel, aménagement, environnement ou encore éducation).
« L'action de la Région au Liban a connu des phases successives. Dès la fin de la guerre civile, la Région Île-de-France a contribué de façon décisive à la renaissance de la forêt des Pins. Le reboisement a démarré en 1993. En 1999, les premières élections municipales au Liban depuis 35 ans ont permis à la Région d'inscrire son action dans un véritable partenariat entre collectivités territoriales. Un accord-cadre de coopération décentralisée avec la municipalité de Beyrouth a été signé le 25 janvier 1999. Si la forêt des Pins demeure une action prioritaire et l'emblème du partenariat, celui-ci s'ouvre à de nouveaux secteurs et projets de coopération. Depuis 2001, la Région est physiquement présente auprès de la municipalité de Beyrouth. Au lendemain de la guerre de l'été 2006, une nouvelle impulsion a été donnée à la coopération de la Région au Liban.
« Aujourd'hui, la Région mène avec son partenaire une coopération riche et féconde. La composante principale et transversale est un appui institutionnel, centré sur le renforcement des capacités municipales (formation des élus et techniciens, élaboration de politiques locales, définition de stratégies, appui à la maîtrise d'ouvrage, etc.).
« Le second axe d'intervention est celui des projets dans des domaines marquants :
« L'aménagement urbain avec l'appui à l'élaboration et à la mise en œuvre d'une politique municipale d'aménagement des espaces publics, comprenant un plan des déplacements doux (piétons, vélos), un plan vert et paysager, un plan lumière, ainsi qu'un programme d'actions immédiates et prioritaires d'aménagement d'espaces publics.
« L'environnement avec la réhabilitation de la forêt des Pins et l'éducation à l'environnement, l'appui à la mise en place d'un réseau permanent de surveillance de la qualité de l'air pour lutter contre la pollution de l'air à Beyrouth.
« La culture et la francophonie avec la création d'un réseau de bibliothèques municipales à Beyrouth. Objectif : promouvoir l'accès du plus grand nombre à la culture et à l'information, soutenir le développement des échanges entre acteurs franciliens et libanais de la chaîne du livre. Dans le cadre de l'appui de l'Île-de-France à l'évènement "Beyrouth capitale mondiale du livre 2009", la Région a accueilli en mars dernier, au Salon du livre de Paris, un espace "Beyrouth capitale mondiale du livre" avec une délégation d'éditeurs, libraires et auteurs libanais. L Île-de-France est l'invitée d'honneur du Salon du livre francophone de Beyrouth.
« L'éducation, la formation et les actions sociales avec la lutte contre l'échec scolaire par le renforcement de structures et filières d'enseignement technique ; l'appui à la mobilité internationale des étudiants libanais par l'attribution de bourses d'études supérieures en Île-de-France (niveau Master) ainsi que la lutte contre la fracture numérique et pour la cohésion sociale avec le Mouvement social libanais.
« Bref, c'est une coopération ambitieuse et vraiment dynamique, et j'en suis particulièrement fier. »

Q - Beyrouth et les cazas environnants ont d'énormes besoins dans les domaines de la formation, de l'éducation (en particulier l'enseignement de la langue française en province), des transports et de l'environnement. Pensez-vous pouvoir intervenir, dans quels domaines et à quel niveau ?
R - « J'ai souhaité, sans méconnaître les spécificités de l'organisation territoriale et de la donne politique au Liban, un élargissement géographique des interventions à l'échelle de la "métropole" de Beyrouth (c'est-à-dire des mohafazats de Beyrouth et du Mont-Liban), sous couvert du seul partenariat avec la municipalité, afin que ce périmètre d'intervention ressemble plus à l'Île-de-France. Une nouvelle version de l'accord de coopération sera signée avec la municipalité de Beyrouth.
« Il s'agit non pas de réaliser des projets ponctuels hors de Beyrouth, mais de privilégier des projets ayant des ramifications dans l'ensemble de l'agglomération. Je me permets de penser que c'est dans l'intérêt même de Beyrouth de retenir une approche plus "métropolitaine", le cœur historique ne pouvant être la seule échelle pertinente pour résoudre les défis urbains d'aujourd'hui. C'est le cœur même des débats que nous avons au sein de l'association Metropolis, que je préside, et qui regroupe plus de 100 villes et métropoles du monde de plus d'un million d'habitants.
« Sur un élargissement sectoriel, nous sommes déjà positionnés sur des actions qui recoupent les grandes compétences de la Région : aménagements, environnement, éducation, politiques publiques culturelles. Nous avons bien sûr d'autres savoir-faire reconnus et valorisés à l'international, comme la planification et de la régulation des transports publics, qui pourraient profiter à Beyrouth.
« Cela étant, je ne suis pas opposé à un élargissement sectoriel gradué, à condition qu'il s'inscrive dans les compétences de la Région, qu'il réponde à un besoin local et soit réalisé dans un esprit de service public, en appui à notre partenaire et à destination des populations. Nous avons de beaux projets à proposer. »
Q - Avez-vous l'intention de créer un organisme de suivi et de coordination pour les accords existants et d'éventuels nouveaux partenariats ?
R - « Avec le maire de Beyrouth, j'ai souhaité explorer la possibilité d'établir une structure permanente de coopération entre Beyrouth et la Région Île-de-France, et qui devrait être ajustée à la spécificité et aux contraintes du contexte institutionnel libanais. L'objectif est de créer une structure de coopération qui soit un centre de formation et de ressource technique au service de la municipalité, et qui soit chargé de la coordination des projets, de l'appui à d'autres interventions des collectivités françaises, et notamment franciliennes. Il s'agit d'aider au renforcement des capacités de l'administration de la ville et de ses partenaires dans la conduite de projets, au service des territoires. Cet institut aurait aussi pour mission de veiller à une association systématiquement plus intégrée de l'État libanais dans les projets. Et bien sûr, il aurait aussi pour effet d'assurer la visibilité durable de l'intervention de l'Île-de-France. Ce projet va faire l'objet de discussions entre les élus de Beyrouth et ceux qui m'accompagnent. »

Q - Souhaitez-vous une meilleure symbiose entre les coopérations décentralisée et gouvernementale et estimez-vous qu'elle serait possible dans un proche avenir ?
R - « Je voudrais d'abord dire qu'avec nos partenaires libanais, nous sommes attentifs à la relance du processus de décentralisation, notamment à Beyrouth. Le Liban doit comprendre que nombre de problèmes liés au développement économique local, à l'urbanisation, à l'environnement, ne peuvent trouver de solutions efficaces que dans une administration de proximité. Il faut décentraliser davantage.
« Cela dit, je puis vous affirmer que nous souhaitons travailler en parfaite coordination et cohérence avec les services de l'État libanais sur les projets qui concernent conjointement la municipalité et l'État, et ne voyons que des avantages à associer en amont et en aval les administrations libanaises concernées, en raison de la nature des programmes mis en œuvre, tournés vers le service public.
« En ce qui concerne la symbiose des actions internationales entre l'échelon national et l'échelon décentralisé, c'est déjà le cas au niveau français en ce qui concerne ma région. J'en veux pour preuve qu'en 2009, le budget de la Région sur le Liban, qui dépasse un million d'euros, est cofinancé à hauteur de près de 200 000 € par le Quai d'Orsay et de 350 000 € par l'Agence française de développement. Ce cofinancement prouve que notre coopération se déroule en parfaite coordination avec les autorités françaises, à commencer par l'ambassade de France au Liban. Nous avons travaillé en parfaite confiance avec l'ambassadeur Émié en son temps et poursuivrons cette relation privilégiée avec l'ambassadeur Pietton, que je connais bien. »

Q - Pourriez-vous exposer brièvement les grandes lignes de votre programme électoral et de votre stratégie pour maintenir votre majorité aux prochaines « régionales » ?
R - « Je m'engage dans la bataille électorale avec la conviction d'être celui qui peut répondre aux trois exigences majeures pour les franciliens : l'exigence économique, ou comment faire face à la crise en pérennisant et développant l'emploi, en instaurant la formation pour tous - je rêve d'instaurer une sécurisation des parcours professionnels - en offrant une vraie mobilité aux habitants de toute la Région par la création d'un nouveau réseau de transports publics de banlieue à banlieue ; l'exigence sociale, car notre région souffre de profondes disparités et le maintien des services publics est notre priorité ; l'exigence écologique pour améliorer la qualité de vie, protéger la planète et les conditions de vie de nos concitoyens (soutien à l'agriculture, au maintien des espaces verts, lutte contre la pollution, le bruit...).
« Je veux le faire avec ma méthode, ma forme de gouvernance : le partenariat avec les communes, les départements, dans le respect de tous les acteurs politiques, économiques et sociaux, dans la proximité pour mieux répondre aux besoins des citoyens. Nous voulons construire une autre région, une région solidaire, responsable, innovante, ambitieuse et partenaire. »
M. Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d'Île-de-France, est arrivé jeudi à Beyrouth où il aura des entretiens avec des responsables libanais dont le président Michel Sleiman qui le recevra vendredi (aujourd'hui) au palais de Baabda.La région IDF - qui compte 14 millions d'habitants - est la plus grande collectivité territoriale française et une des plus importantes d'Europe. Après la guerre civile libanaise, le conseil d'IDF a été la première collectivité étrangère à manifester sa solidarité avec le Liban par des projets menés principalement dans la capitale, dont le reboisement de la forêt des Pins, l'aménagement de trois bibliothèques municipales (et prochainement un...
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