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Liban

Au Cambodge, le difficile combat pour la préservation de la francophonie

Chaque année, le Fonds de soutien pour la presse du Sud se réunit dans un pays francophone. La destination choisie en 2009 a été le Cambodge, un des trois pays de l’ancienne Indochine française où la langue française reste la 2e langue de quelques élites.

«Le Cambodge aurait pu ne pas exister si la France ne l’avait pas protégé en 1904 et ne lui avait pas restitué les provinces du Nord-Est (avec les fameux temples d’Angkor) », a lancé un haut responsable de la francophonie lors de notre visite.

En effet, pris en étau entre la Thaïlande à l’Ouest et le Vietnam à l’Est, le Cambodge s’est toujours méfié de ces deux voisins, plus riches que lui, qui l’ont dominé à tour de rôle. Il se trouve aujourd’hui à un carrefour dans sa reconstruction après les terribles années du régime khmer rouge. Pour un grand nombre de Cambodgiens, il faut chercher à survivre avec quelques dollars par jour. Corruption, pauvreté et prostitution font partie du paysage. Le roi est affaibli, et l’homme fort du régime, Hun Sen, Premier ministre depuis 1985, a construit un système incontournable autour de son parti, le PPC. Figure emblématique, Hun Sen a perdu un oeil lorsqu’il commandait l’assaut de l’aéroport lors de la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges alliés au roi Sihanouk, en 1975. Deux ans plus tard, il fuit au Vietnam et revient pour renverser les Khmers rouges, ses anciens alliés.

 

Fonds de soutien et francophonie

Destinée à soutenir la consolidation de l’entreprise de presse, dans une perspective de développement à long terme, la commission du Fonds, qui se réunit pour la première fois en Asie, a appuyé, à ce jour, 120 entreprises qui ont pu acquérir du matériel informatique, des instruments de reportage, des équipements pour la rédaction, pour développer une imprimerie, un site Internet ou un système de gestion d’archives. Depuis 2003, le montant des subventions s’élève à 2 millions d’euros. La 21e session a été ouverte par le ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement cambodgien, Khieu Kanharith, Il s’est exprimé dans un français parfait, signe d’une présence de la langue française bien ancrée dans les traditions du pouvoir cambodgien. Et pourtant, Patrice Burel, directeur du bureau régional de l’OIF, avoue dans les coulisses qu’il lui arrive de plus en plus souvent de défendre la francophonie en anglais. La cérémonie
s’est déroulée en présence de l’ambassadeur de France, M. Jean-François Desmazières, que nous avons bien connu lors de son passage à Beyrouth dans les années 90 en tant que conseiller culturel. L’équipe d’experts qui illustre la diversité
géographique de l’espace francophone est composée de Alain Batongué, rédacteur en chef de Mutations  au Cameroun,
René Boudinot, ancien rédacteur en chef du Parisien, Guy Benière, ancien directeur de l’AFP, tout les deux consultants
au programme média de l’OIF, François Awoudo, directeur de l’agence de presse Médiane Afrique au Bénin, Nguyen Le Houan, rédacteur en chef adjoint du quotidien Phap luat Thanh phô au Vietnam, et l’auteur de ces lignes, Nayla de Freige, administrateur délégué de L’Orient-Le Jour, réunis autour de Tidiane Dioh, responsable du programme médias à l’OIF. Treize dossiers en provenance du Sénégal, du Bénin, du Cameroun, de Madagascar, de Haïti, du Liban ont été étudiés et huit ont été retenus, en attendant la ratification de l’administration générale. Le montant des subventions varie entre 7 000 et 30 000 euros par dossier accepté.
La visite des locaux de Cambodge Soir hebdo, seul média en langue française, nous a permis de constater la difficulté de communiquer en français. Avec un faible tirage de 1 500 exemplaires et 23 salariés dont 5 français, cette publication en tabloïd de 32 pages ne survit que grâce au financement d’un mécène et à la subvention de l’OIF. Son directeur précise qu’il cherche à développer son site Internet qui compte déjà 40 000 visiteurs uniques par mois, provenant principalement
de la diaspora cambodgienne résidant en France, plutôt défavorable au régime actuel. Un autre média francophone
initié par d’anciens journalistes de Cambodge Soir, sur Internet uniquement, a du mal à démarrer.
Également inquiets pour l’avenir du français, les enseignants de la langue française viennent d’organiser un congrès à Phnom Penh pour comprendre pourquoi 35 000 élèves sont inscrits au cours de français, alors qu’en 1996, ils étaient sept fois plus nombreux. Les 500 professeurs de français seraient insuffisants et les manuels inadaptés.

 

Le Tribunal pour le Cambodge, un véritable casse-tête

Au cours des cinq jours passés à Phnom Penh, le sujet d’actualité tournait autour du tribunal spécial. Voté par l’ONU et mis en place en 2006, ce tribunal comprend des juges internationaux et cambodgiens siégeant à Phnom Penh. Il est en charge des jugements pour les crimes de guerre des Khmers rouges qui ont éliminé 2 millions de personnes entre 1975 et 1979. Pourtant, Pol Pot, leur chef, est mort, et Ta Mok (le général unijambiste) aussi. Cinq personnes parmi les hauts responsables khmers rouges attendent leur jugement en prison. Quatre d’entre eux sont vieux, avec des problèmes de santé. Les Cambodgiens au pouvoir souhaiteraient que la procédure aille vite et se limite aux cinq inculpés, et ceci afin d’éviter, disent-ils, le retour à la guerre civile.
Coup de théâtre, il y a quelques jours, le juge français Marcel Lemonde convoque en tant que témoins six représentants
du PPC (parti au pouvoir) : le président du Sénat, deux ministres, le président de l’Assemblée nationale et deux sénateurs. Le Premier ministre Hun Sen réagit et dit ne pas comprendre  : « Les personnes appelées à témoigner sont celles qui ont libéré le pays des Khmers rouges  ! » Un véritable casse-tête pour les autorités : peuvent-elles obliger ces personnes à témoigner si elles ne le souhaitent pas  ? Et si Hun Sen était aussi appelé à la barre  ? Par ailleurs, les problèmes financiers risquent de peser. Le budget initial du tribunal était de 56 millions de dollars pour trois ans. Il a été augmenté à 103 millions jusqu’à début 2010, mais cela ne suffira pas. Trente ans plus tard, la période sombre des Khmers « rouges  » continue à faire des remous.

 

 

L’Indochine française regroupait 3 pays : Vietnam, Laos, Cambodge. Chacun de ces pays s’exprime dans sa langue propre. Pour communiquer entre eux, ils font usage de l’anglais ou du français. Le chinois, qu’on apprend de plus en plus dans cette région d’Asie du Sud-Est, est surtout utilisé dans les milieux commerciaux.

 

Populaton actuelle du Cambodge : 13 millions d’habitants, dont 80 à 90 % de khmers. 10 à 20 % sont d’origine cham (musulmans), chinoise ou vietnamienne. La religion qui prédomine est le bouddhisme.

 

Temples d’Angkor : les magnifiques temples d’Angkor, qui attirent 2 millions de touristes par an, sont dans la région du Nord-Est, près de Siem Reap. Toute personne qui arrive dans cette région du monde doit faire le détour pour un minimum de 48 h.

 

«Le Cambodge aurait pu ne pas exister si la France ne l’avait pas protégé en 1904 et ne lui avait pas restitué les provinces du Nord-Est (avec les fameux temples d’Angkor) », a lancé un haut responsable de la francophonie lors de notre visite.
En effet, pris en étau entre la Thaïlande à l’Ouest et le Vietnam à l’Est, le Cambodge s’est toujours méfié de ces deux voisins, plus riches que lui, qui l’ont dominé à tour de rôle. Il se trouve aujourd’hui à un carrefour dans sa reconstruction après les terribles années du régime khmer rouge. Pour un grand nombre de Cambodgiens, il faut chercher à survivre avec quelques dollars par jour. Corruption, pauvreté et...
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