Il ressort de la réunion du conseil, qui groupe 18 membres de 43 pays euro-méditerranéens, quatre idées-forces et pistes de travail.
1. Où en est l'Union pour la Méditerranée ? La question est posée par le président de la fondation, André Azoulay : « Où en est le projet de l'Euro-Méditerranéen ? Les accents aujourd'hui sont moins exaltés, mais on existe, visible, audible. La reconnaissance de la Fondation Anna Lindh s'accompagne d'un large soutien de la part des gouvernements... La contribution de la Suède à la fondation est la plus élevée, mais des pays du Sud semblent des assistés. On veut tout politiquement, sans nécessairement agir pour y arriver. Or il y a un besoin d'espaces de vérité, comme ce fut le cas lors de la tragédie de Gaza. La démarche est riche de promesse. L'Union pour la Méditerranée s'inscrit peut-être aujourd'hui dans une perspective différente. Nous sommes un vecteur dans l'opinion publique, les gardiens vigilants. Au Nord, le message passe plus difficilement parce qu'il y a moins d'attente. »
Face à une lassitude et régression, on met en garde contre un danger : « l'accoutumance morbide au conflit israélo-arabe au point d'entendre des incitations à oublier ce conflit ! Or le containment relatif cache des avancées progressives de fanatismes, générés par le conflit même, et des fanatismes exportables. » On insiste encore sur « la centralité du problème palestinien ».
2. Rapport 2010 de l'Observatoire des comportements socioculturels : On relève que le rapport, actuellement en préparation et qui est le fruit d'une enquête par sondage et d'analyses sectorielles, « ne se préoccupe pas de l'actualité immédiate, mais s'inscrit partiellement et davantage dans une histoire des mentalités dans l'espace euro-méditerranéen ».
3. Quel dialogue interculturel ? C'est surtout sur ce volet, et à l'occasion de la présentation par le directeur exécutif. Andrew Claret, du plan 2010 de la fondation que la problématique de l'interculturalité est soulevée par les participants.
Dans l'inflation de dialogues entre les cultures, on déplore « un multiculturalisme poussé à l'extrême et qui ne prend position sur rien ». Or, dans plusieurs domaines liés au terrorisme, à la violence, aux fanatismes, « nous sommes dans une situation telle qu'il faudra œuvrer à la sauvegarde des acquis de la civilisation, comme le soulignait Albert Camus après la Seconde Guerre mondiale ».
Dans le dialogue des cultures, « il y a surabondance, et parfois démagogie : On prend tout et on mélange tout, alors qu'il faut dire ce qui va et ce qui ne va pas. » Le dialogue interculturel a ainsi besoin de repères, de boussole, et « ne peut se dérouler comme s'il s'agit d'une opération humanitaire d'une Croix-Rouge ».
On observe que le facteur religieux est souvent abordé avec irrationalité, en raison notamment d'une instrumentalisation de la religion et du fait que « la religion gomme parfois tout, avec manipulation de la peur et prédominance de la pensée unique ». On relève, comme point positif, « la manière avec laquelle le président Obama s'est adressé aux musulmans ».
4. Une œuvre référentielle : Les multiples actions concrètes et de terrain entreprises par la fondation et à travers ses réseaux nationaux devraient servir de référence au niveau des 43 pays de l'Euro-Méditerranée.
À propos « d'islamophobie » et d'autres racismes rampants, on relève que « la faute, ce n'est pas toujours les autres » que les croyants des diverses religions sont aussi « responsables de leur image ». On formule cette remarque : « Quand des chrétiens, musulmans, juifs... gardent le silence sur la violation de libertés fondamentales, manquent de courage dans la défense des valeurs républicaines, ils contribuent à l'extension de mouvements de fanatisme et de terrorisme. »
La fondation se trouve aujourd'hui confrontée à deux défis, celui de l'Union pour la Méditerranée en tant qu'espace de paix juste et globale, et celui d'une culture qui a largement régressé. Ces défis peuvent être relevés « par la visibilité des enjeux et la crédibilité du message, malgré une situation marquée par une fragilité croissante ». Il faudra aussi « accepter de traiter ce qui est complexe ».
L'action de la Fondation Anna Lindh servira de référence si elle est « différente sans être nécessairement singulière, et aussi comparative, source d'information et repère pour des initiatives et applications concrètes ». Qu'est-ce que favorise une telle stratégie ? La fondation « n'est pas un espace de mobilisation et de redistribution de fonds, ni une institution événementielle qui agit suivant la demande des uns et des autres ». Aussi faudra-t-il trouver des « pistes fédératives qui puissent relier, et cibler sur la jeunesse, la vague montante, les sentinelles avancées ».
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Dans le plan 2010 de la fondation on insiste sur la nécessité d'accorder une priorité au patrimoine culturel de l'Euro-Méditerranéen et sur « la mémoire commune et partagée, mémoire le plus souvent fragmentée, meurtrie, agressée, malade... », surtout dans le cas des sociétés arabes et la Méditerranée orientale.
La coordination du Réseau libanais de la fondation est assurée avec efficience par la Commission nationale libanaise de l'Unesco.
membre du conseil consultatif de la Fondation
euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures

