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Nos lecteurs ont la parole

Triste d’opérer

Par Khalil KHARRAT
J'ai le cœur triste d'opérer ce jeune accidenté sachant d'avance que le résultat de l'intervention chirurgicale ne sera que partiel.
J'ai le cœur accablé par le diagnostic qui, dans ce cas précis, fait office de verdict : une atteinte complète et définitive de la moelle épinière pour laquelle il n'y a aucune perspective de guérison quel que soit le traitement
administré.
J'ai le cœur affligé par le regard que me porte ce jeune patient, scrutant dans le mien le moindre signe d'espoir... qui malheureusement n'existe pas.
J'ai le cœur amer devant les supplications de la famille à faire tout mon possible pour remettre sur pied leur enfant.
Il n'est pas difficile de lire sur le visage des parents éplorés ce sentiment de culpabilité qu'ils éprouvent, conscients de leur grande part de responsabilité de l'état dans lequel se trouve leur enfant.
Nos enfants ? Le plus beau cadeau que le ciel nous ait envoyé, pour les laisser risquer leur vie comme ils le font sur les routes, croyant que par la vitesse, ils peuvent prouver leur puissance et satisfaire leur ego.
Trop d'inconscience et de mépris de l'autre.
Trop d'irresponsabilité de la part des autorités.
Trop d'accidents, de morts et de lésions irréversibles.
Certes par la chirurgie on peut stabiliser une colonne brisée, reconstituer les vertèbres, les raccommoder, les synthétiser. Geste à fonction mécanique qui rétablit le support du tronc.
Mais on ne peut réparer une moelle épinière, dilacérée, cisaillée, sectionnée. Les progrès de la médecine ne permettent pas encore de rétablir la continuité de ces millions de cellules nerveuses.
Alors que faire ? Lancer un cri d'alarme teinté de colère et de fureur aux enfants, aux parents et aux autorités.
Et puis aller opérer, conscient de mon impuissance à vouloir tout réparer, tout guérir. C'est pour cela que j'ai le cœur triste en tenant mon bistouri.

Khalil KHARRAT
Chirurgien
J'ai le cœur triste d'opérer ce jeune accidenté sachant d'avance que le résultat de l'intervention chirurgicale ne sera que partiel.J'ai le cœur accablé par le diagnostic qui, dans ce cas précis, fait office de verdict : une atteinte complète et définitive de la moelle épinière pour laquelle il n'y a aucune perspective de guérison quel que soit le traitement administré.J'ai le cœur affligé par le regard que me porte ce jeune patient, scrutant dans le mien le moindre signe d'espoir... qui malheureusement n'existe pas.J'ai le cœur amer devant les supplications de la famille à faire tout mon possible pour remettre sur pied leur enfant.Il n'est pas difficile de lire sur le visage des parents éplorés ce...
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