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Économie - Analyse

Manager globalement responsable

de Jan Schaaper*

Les décisions que les entreprises prennent dans le champ de leurs affaires ont de toute évidence des conséquences sur la planète, sur l'environnement, sur les relations sociales entre êtres humains et, même, sur les entreprises elles-mêmes. Ainsi, les entreprises ont leur part de responsabilité dans des catastrophes qui se produisent dans les sphères environnementale (le global warming), sociale (la pauvreté, le stress au travail) et économique (la crise financière récente et la récession qui s'en est suivie). Bien évidemment, plus en amont, les écoles de commerce qui forment les dirigeants de ces firmes ont aussi leur part de responsabilité. Car depuis des décennies, les MBA, diplôme phare standardisé mondialement des business schools, ont une tendance forte à favoriser l'enseignement des techniques de gestion (finance, comptabilité, opérations de production, marketing) au détriment de la réflexion sur la nature même de l'entreprise et sa responsabilité sociale et sociétale.
C'est dans ce contexte qu'est né en 2004 le Globally Responsible Leadership Initiative (GRLI), sous la houlette de l'European Foundation for Management Development (EFMD). C'est cet organisme qui délivre les accréditations EQUIS tant convoitées par les écoles de commerce. Le GRLI rassemble des business schools pour réfléchir sur la manière d'enseigner le management. Sa 4e conférence s'est tenue début octobre à Bordeaux, sur fond de crise économique. Où en est-on ?
Citons d'abord Dr Éric Cornuel, président de l'EFMD. Il fait le constat que les décisions de court terme priment sur les réflexions de long terme. Cette « obsession du court terme » a créé des catastrophes environnementales et sociales. Mais, dit-il, cette approche, orientée vers le profit instantané, est nord-américaine. Les Européens ont « heureusement une appréhension du facteur humain et social beaucoup plus forte ». C'est dans ce contexte que le GRLI s'est penché sur les enseignements de management.
Les débats entre professeurs et directeurs d'écoles ont été animés et vifs, défendant plusieurs visions. D'abord, il y a les traditionalistes, qui pensent que les business schools doivent avant tout former des managers qui ont les deux pieds dans la réalité économique et sociale d'aujourd'hui. Pour eux, il n'y a pas de catastrophe. Tout est une question d'évolution. Ils proposent de rajouter un ou deux modules sur le « développement durable » et « la responsabilité sociale des entreprises » en fin de cursus de MBA. Les traditionalistes ont bon dos. Puis, il y a les partisans de la « dialectique » opposant la thèse, représentée par les enseignements classiques de management, à son antithèse, qui seraient les techniques alternatives de gestion. L'étudiant doit alors faire lui-même le bilan et la synthèse. C'est sa responsabilité. Enfin, il y a les utopistes, les tenants de la révolution immédiate, pour qui il est urgent de renouveler entièrement les MBA. On efface tout et on recommence. On met l'étudiant face à sa responsabilité dans tous les cours : marketing éthique, finance responsable, GRH sociale, etc.
On voit apparaître derrière ces débats une question d'enseignement de « savoirs » techniques versus l'enseignement de « savoir-être » comportementaux. Mais le terme qui a été le plus prononcé lors de la conférence du GRLI est probablement « paradigme », c'est-à-dire des lunettes qu'on met pour regarder le monde : des lunettes de court terme versus des lunettes de long terme ; des lunettes de profit immédiat versus des lunettes de bien-être collectif. Sans prendre position entre traditionalistes et utopistes, il est urgent de changer de vision du monde.

* Professeur à Bordeaux Management School

 

En coopération avec : l'ESA

Les décisions que les entreprises prennent dans le champ de leurs affaires ont de toute évidence des conséquences sur la planète, sur l'environnement, sur les relations sociales entre êtres humains et, même, sur les entreprises elles-mêmes. Ainsi, les entreprises ont leur part de responsabilité dans des catastrophes qui se produisent dans les sphères environnementale (le global warming), sociale (la pauvreté, le stress au travail) et économique (la crise financière récente et la récession qui s'en est suivie). Bien évidemment, plus en amont, les écoles de commerce qui forment les dirigeants de ces firmes ont aussi leur part de responsabilité. Car depuis des décennies, les MBA, diplôme phare standardisé...
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