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Nos lecteurs ont la parole

Soleils éteints

Paul Ph. EDDÉ
En cent jours, le 20 mars 1815, Napoléon, parti de l'île d'Elbe, traversa toute la France et reprit le pouvoir avant de subir son Waterloo. En cent autres jours, nos empereurs locaux n'ont pas été capables de connecter les neurones phagocytés de notre personnel politique pour former un gouvernement ; et nous voici nous aussi à Waterloo.
Avant de nous endormir sur nos victoires inachevées, nous avions ferraillé contre la pensée unique, contre le mensonge érigé en stratégie, contre la dictature de la bêtise, les faux-semblants, la lâcheté. Nous espérions faire articuler la liberté et reconstruire un pays devenu sans mémoire. Mais l'avenir titube encore. La mythique révolution du Cèdre n'aurait-elle été qu'une parenthèse, ou - pire encore - un folklore à exploiter par de versatiles politicards ?  Faute d'imagination et de courage, les défroqués de nos révoltes s'acharnent à dépoussiérer le registre des laissés-pour-compte, en le truffant, entre autres inepties, d'une sidérante innovation : un vaincu électoral (dont l'autoproclamé brio est loin d'avoir été aveuglant) imposé par un trublion narcissique, méprisant un électorat adulé le temps de lui extorquer un inutile bulletin de vote. Ce n'est point cette probable guignolade qui chiffonne le plus, mais bien l'immuable principe du chantage, d'une démocratie à géométrie variable - dite consensuelle - de la dérisoire politique des compromissions chroniques. À cet égard, Chateaubriand recommandait pour les magouilleurs du pouvoir de « distribuer son  mépris avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux ».
On nous demande de comprendre l'incompréhensible, d'attendre l'apaisement des convulsions régionales, peut-être des défis planétaires - les calendes grecques en somme -, alors que les armes des théocraties (sujet tabou) ne cessent de nous adresser un humiliant pied de nez. Tel est l'insistant message d'un Liban de plus en plus désarticulé. L'espoir n'en sort pas indemne. « Le totalitarisme n'est fait que de nos faiblesses », écrivait Bernard Henri Levy. Après des élections volées, les collabos s'avantagent, les communautés se déchirent, la compréhension de l'autre demeure une chimère et l'avenir une illusion. À n'en point douter nous sommes en pleine régression. Nos voisins même ont cessé de nous « aimer » ; il y a en nous quelque chose qui les fatigue. Des décennies de lâcheté ne pouvaient aboutir qu'aux mêmes dérives qui font de nous les mêmes nigauds. Nous n'avons plus de mots, nous n'avons que des déceptions. L'usure de la vérité, c'est avant tout l'usure de soi. Ainsi continue à danser la galère sur les eaux troubles de nos faiblesses nous emportant loin de nous-mêmes. Nous n'avions jamais cru que l'histoire pouvait être menaçante. Aussi, est-il impératif que l'on cesse de leurrer le peuple. Sans la cession à l'armée libanaise des armes du Hezbollah - qui de surcroît servent de providentiel alibi à Israël pour nous attaquer à sa convenance - il n'y aura jamais ni solution ni paix dans ce pays. Il ne s'y trouvera qu'une cancérigène enclave iranienne soutenue par la Syrie aussi longtemps que celle-ci y trouvera son intérêt. S'ouvrir enfin à la réalité sans mensonges ni équivoques est un devoir national. Tous les marionnettistes de la politique libanaise doivent enfin comprendre qu'aucune allégeance autre qu'au Liban ne peut être acceptable.
Ainsi, creusés de doutes, nous en sommes réduits à nous interroger sur le pays que nous transmettrons à nos enfants. Sommes-nous devant un rêve impossible, celui qu'on ne cesse de poursuivre qu'avec des mains de savon ? Le temps qui nous a pris nos amis et nos illusions n'est peut-être plus aux indignations virulentes. Et puis quels sont les mots qui soulagent ? Est-ce qu'ils existent même ? Nous restera-t-il seulement l'acceptation amère et résignée de ce que nos incohérents comportements auront eu d'éphémère ?

Paul Ph. EDDÉ
En cent jours, le 20 mars 1815, Napoléon, parti de l'île d'Elbe, traversa toute la France et reprit le pouvoir avant de subir son Waterloo. En cent autres jours, nos empereurs locaux n'ont pas été capables de connecter les neurones phagocytés de notre personnel politique pour former un gouvernement ; et nous voici nous aussi à Waterloo.Avant de nous endormir sur nos victoires inachevées, nous avions ferraillé contre la pensée unique, contre le mensonge érigé en stratégie, contre la dictature de la bêtise, les faux-semblants, la lâcheté. Nous espérions faire articuler la liberté et reconstruire un pays devenu sans mémoire. Mais l'avenir titube encore. La mythique révolution du Cèdre n'aurait-elle...
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