Nous sommes tous membres d'une communauté nationale et, par là, nous lui sommes pratiquement subordonnés. Entre nous et cette communauté, qui nous permet d'être ce que nous sommes, de vivre dans une sécurité relative à peu près complète et d'organiser, dans ses cadres, nos existences d'hommes civilisés. Entre nous et elle, il y a, depuis des millénaires, un lien consenti, un pacte qui nous engage tous. Ce n'est pas une question de choix. C'est une question de fait... Aussi longtemps que les hommes vivront en société civilisée, les individus ne pourront pas, à leur gré, se prétendre libérés de leurs obligations envers cette société qui les protège et dont ils profitent.
Nous sommes donc, tous, prolétaires ou bourgeois, des membres de la communauté libanaise ; nous y avons pris une place dont chacun de nous tire journellement avantage. Avantage qui a pour contrepartie l'observance d'un contrat social. Or, l'une des premières clauses de ce contrat, c'est que nous respections les lois de la communauté et que nous nous y conformions, même si, dans le cours de nos libres réflexions d'individus, ces lois ne nous paraissent pas très justes. Rejeter ces obligations, ce serait ouvrir une brèche dans l'armature des institutions qui font qu'une communauté nationale devient un organisme déséquilibré et l'édifice social entier est ébranlé. Le désordre qui résulterait de ce rejet a un nom : l'anarchie. Cette révolte anarchique aurait pour l'individu des conséquences tellement néfastes que le fondement d'une société moderne pourrait s'effriter.
Si nous désapprouvons nos lois, la communauté nous autorise à entrer en lutte avec elle par la liberté de penser et d'écrire, et nous avons une arme légale pour combattre : le bulletin de vote. Parlons-en... Belle duperie, au Liban, que ce suffrage universel ! Il suffit de 200 individus armés pour constituer ce qu'on a le front d'appeler la minorité bloquante ou terrorisante. Nous sommes donc 4 millions d'imbéciles soumis à la volonté de 200 voyous, lesquels votent à l'aveuglette sous la pression doctrinale de la religion.
Nous, Libanais, nous n'avons aucun pouvoir politique. Nous ne sommes pas consultés sur les alliances que l'on contracte et qui nous entraînent dans des conflits où nous pourrions laisser notre peau.
Tout le monde sait que nous sommes à la veille d'un cataclysme, et notre soumission est inhumaine et inacceptable. Alors, quoi faire ? Je n'en ai pas la moindre idée. Peut-être nos décideurs ?... Par contre, je suis sûr d'une chose, c'est que nous, Libanais, nous ne nous sommes pas encore engagés dans un pacte national et social.
Pour résumer : moi, Libanais je dois me plier, obéir et subir la loi des voyous.


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