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Nos lecteurs ont la parole

Questions au président arménien Sarkissian

Par Alice BOGHOSSIAN
Je m'appelle Alice Boghossian. Citoyenne libanaise d'origine arménienne, je suis née à Tyr, dans un quartier où les verbes s'aimer et se respecter ne se conjuguaient qu'aux présent et futur de l'indicatif.
Dans cette atmosphère de convivialité où le mot d'ordre prévalant était la tolérance, j'entendais souvent mes parents parler d'un Empire ottoman qui avait perpétré le plus grand génocide du XXe siècle, dans le but d'anéantir toute une nation et de réaliser le rêve d'un certain pantouranisme.
Aujourd'hui, établie à Beyrouth, je me rappelle avec beaucoup de nostalgie l'enfance que j'ai vécue à Tyr. Je fais partie d'une nation que cet empire avait décidé, en l'année 1915, d'anéantir et de rayer de l'histoire. Mais nous avons survécu, enduré, résisté, travaillé, et nous nous trouvons aujourd'hui un peu partout dans le monde, composant une diaspora arménienne forte et fière de son passé et de son présent.
Nous n'avons jamais cru à la force des armes, et avons toujours prôné le dialogue pour résoudre les conflits. La preuve : notre refus de participer à la guerre civile qui a éclaté au Liban en 1975. Bien au contraire, nous avons suivi la politique de la neutralité positive engagée par les trois partis arméniens (Ramgavar, Hentchag, Tachnag), appelant les différentes composantes du peuple libanais à remettre les armes et à dialoguer.
Mardi passé, le président de la République d'Arménie, M. Serge Sarkissian, nous a honorés de sa visite au Liban dans le but d'expliquer aux représentants de la communauté arménienne la nécessité de signer quelques protocoles avec la Turquie, notamment en ce qui concerne les relations diplomatiques et l'ouverture des frontières entre les deux pays.
Dans ce contexte, je me permets d'adresser à M. Sarkissian quelques questions concernant ces protocoles, d'après moi, très suspects.
Pourquoi, Monsieur le Président, avez-vous omis de rappeler aux dirigeants turcs la reconnaissance, de leur part, du génocide perpétré, qui a coûté la vie à plus d'un million et demi d'Arméniens innocents ?
Pourquoi, Monsieur le Président, avez-vous oublié de rappeler aux dirigeants turcs la revendication par les Arméniens de leurs territoires occupés illégalement par la Turquie ? La République que vous  dirigez s'étend sur 30 000 kilomètres carrés, alors que l'Arménie que vous devriez diriger s'étend sur 300 000 kilomètres carrés .
Pourquoi, Monsieur le Président, n'avez-vous pas discuté avec les  dirigeants turcs de la situation qui prévaut dans la région du Nagorny-Karabakh, sachant que le conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan est encore entier et connaissant également l'attitude de la Turquie qui appuie ouvertement l'Azerbaïdjan dans ce conflit ?
Pourquoi, Monsieur le Président, ne vous êtes-vous pas adressé aux citoyens libanais d'origine arménienne présents par milliers devant l'hôtel Habtoor, pour leur expliquer votre point de vue, ô combien controversé ?
Pourquoi, Monsieur le Président, êtes-vous entré en catimini à l'hôtel Habtoor, évitant la juste colère des Arméniens qui refusent la politique d'ouverture que vous envisagez d'entamer avec la Turquie ?
Pourquoi, Monsieur le Président, avez-vous fait la sourde oreille devant les revendications que scandaient les Arméniens à Paris, New York, Los Angeles et Beyrouth ?
À la mémoire de qui déposez-vous, Monsieur le Président, des couronnes de fleurs devant les monuments rappelant le génocide de 1915?
Monsieur le Président, pensez au mont Ararat avant de signer. Pensez à  l'intervention du catholicos Aram 1er Kechichian devant les Arméniens rassemblés le 6 octobre devant l'hôtel Habtoor : « Le génocide arménien ne doit pas rester impuni, et le peuple arménien va demeurer fidèle à la mémoire de ses martyrs. »
Monsieur le Président, ouvrez votre cœur à tous ces appels. Ne signez pas ces protocoles d'humiliation. Laissez-nous continuer à conjuguer les verbes s'aimer et se respecter comme nous l'avons toujours fait, dans nos églises, nos écoles, à travers la diaspora et en Arménie.
Je m'appelle Alice Boghossian. Citoyenne libanaise d'origine arménienne, je suis née à Tyr, dans un quartier où les verbes s'aimer et se respecter ne se conjuguaient qu'aux présent et futur de l'indicatif.Dans cette atmosphère de convivialité où le mot d'ordre prévalant était la tolérance, j'entendais souvent mes parents parler d'un Empire ottoman qui avait perpétré le plus grand génocide du XXe siècle, dans le but d'anéantir toute une nation et de réaliser le rêve d'un certain pantouranisme.Aujourd'hui, établie à Beyrouth, je me rappelle avec beaucoup de nostalgie l'enfance que j'ai vécue à Tyr. Je fais partie d'une nation que cet empire avait décidé, en l'année...
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