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Liban - Texto

Chronique d’une violence ordinaire

Y a-t-il un nombre de victimes à partir duquel il devient admissible de parler de massacre ? Ou bien est-ce la manière dont les victimes ont succombé qui permet de déterminer si oui ou non, il y a eu massacre ? D'ailleurs, y a-t-il une façon plus soft qu'une autre de tuer quelqu'un ? En fait, le simple fait de donner la mort est-il jamais acceptable ? Le débat, la polémique qui entoure la peine de mort en tant que sanction suprême le démontrent d'une manière limpide. En soit, la peine de mort est une démonstration de haine gratuite qui ne fait avancer la société d'aucune manière. C'est conscients de cela que les pays dits civilisés  ont délibérément choisi de l'abolir. À tout jamais, car finalement, tout bien réfléchi, aucun être humain n'est à la hauteur de cet acte qui le dépasse, au fond, totalement.
Or, ici, ce processus de remise en question n'est pas arrivé à maturité encore. La société libanaise, le système carcéral se suffisent d'un moratoire temporaire, provisoire, de facto, sur la peine de mort. Notre société ne s'est pas encore résolue à tirer un trait sur la violence, sur la haine, sur cette méthode sans appel et  archiarchaïque de faire justice. Le tout dans une société qui a été bercée, sur une période de 15 ans, par une violence quasi quotidienne. Alors, ce que les médias et les hommes politiques qualifient pudiquement, mais aussi avec un degré non négligeable d'hypocrisie très, très mal réprimée, d'incident, cet incident n'en est pas un.
Il est le fruit de toutes les négligences, sinon de toutes les incitations, implicites ou explicites, des responsables politiques. De toutes leurs insinuations, de toutes leurs allusions à peine voilée. De toute leur maladresse aussi, de leur inconscience totale parfois.
Il ne s'agit pas ici d'innocenter, d'un trait de plume, les acteurs directs de ce drame, ceux qui ont, de leur propre main, poignardé les victimes de ce qu'il serait fort souhaitable aujourd'hui de qualifier de massacre. Un massacre, à l'instar de tous les autres drames qui se sont produits par le passé dans de banales ruelles résidentielles, que les victimes aient été ou non nombreuses, qu'elles soient tombées par hasard ou parce qu'elles se sont dressées contre une violence urbaine qui, de jour en jour, s'impose comme une inexorable évidence, avec la collusion des responsables politiques locaux. Alors, s'il y avait aujourd'hui une mesure symbolique à prendre, s'il n'y en avait qu'une, ce serait, sans hésitation aucune, l'abolition de la peine de mort. Pour que, pour une fois, la mesure prise pour l'exemple soit positive. Pour que, pour une fois, elle soit aux antipodes de ces habitudes moyenâgeuses qui  imposent la peur comme seul garant de la paix civile. La pacification des esprits commence par le sommet de la pyramide, elle commence par la pacification du discours politique, par sa responsabilisation, et elle s'achève, se peaufine, se célèbre, par l'abolition de la peine de mort et la mise en place d'un système judiciaire, crédible, transparent et imperméable à toute ingérence politique. C'est seulement une fois l'ensemble de processus achevé que les politiques pourront feindre la surprise devant un incident, un massacre, comme celui de Aïn el-Remmaneh.
Y a-t-il un nombre de victimes à partir duquel il devient admissible de parler de massacre ? Ou bien est-ce la manière dont les victimes ont succombé qui permet de déterminer si oui ou non, il y a eu massacre ? D'ailleurs, y a-t-il une façon plus soft qu'une autre de tuer quelqu'un ? En fait, le simple fait de donner la mort est-il jamais acceptable ? Le débat, la polémique qui entoure la peine de mort en tant que sanction suprême le démontrent d'une manière limpide. En soit, la peine de mort est une démonstration de haine gratuite qui ne fait avancer la société d'aucune manière. C'est conscients de cela que les pays dits civilisés  ont délibérément choisi de l'abolir. À tout jamais,...
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